Société Archéologique  du Midi de la France
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SÉANCE PUBLIQUE DU 26 MARS 2017

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La séance publique annuelle se tient dans la salle Clémence-Isaure de l’Hôtel d’Assézat.

Allocation du Président :

Mesdames, Messieurs,

Les membres de la Société archéologique du Midi de la France sont heureux de vous accueillir dans cette salle Clémence-Isaure du bel Hôtel d’Assézat et de vous faire part des activités qu’ils ont développées, depuis un an, conformément à une orientation donnée en 1831 par les fondateurs. Reconnue d’utilité publique en 1850, la Société n’a cessé d’œuvrer pour la connaissance et la sauvegarde du patrimoine méridional, souvent face à l’absence de culture artistique, archéologique et historique, à l’indifférence, la destruction, le vandalisme même, un mot terrible qui reste collé à l’épiderme de Toulouse depuis la célèbre invective lancée en 1833 par Charles de Montalembert dans la Revue des Deux-Mondes. « Toulouse m’a paru être la métropole et comme la capitale du vandalisme » écrivait-il alors. Certes, on ne peut tout conserver des temps passés, mais la clairvoyance nourrie par l’étude devrait guider autorités publiques et personnes privées à l’heure de décider de l’intérêt, la conservation et la transmission aux générations futures d’un bien patrimonial commun.

Aujourd’hui, un nouvel obstacle brouille la perception de ce dernier : les outrances de ce que l’on appelle la « patrimonialisation » de tout, indistinctement, dans l’erreur et la confusion, avec parfois des buts inavouables, non dénués de profits sonnants et trébuchants ou électoraux. Ainsi déclare-t-on dans diverses instances certains biens « patrimoine » sans la moindre étude préalable, alors que des édifices ou objets essentiels, classés ou inscrits parmi les Monuments Historiques de la France, des œuvres figurant à l’inventaire d’un musée de France, ne bénéficient pas des soins minimaux de conservation préconisés par l’ICOMOS (Conseil international des monuments et sites) et l’ICOM (Conseil international des musées), organisations non gouvernementales associées à l’UNESCO (Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture). Cela se traduit, par exemple, dans le paysage méridional actuel, par la confection d’une multitude de ridicules et dispendieux ronds-points routiers, de nouvelles « fabriques » comme l’on disait au XVIIIe siècle. Ainsi met-on en scène, au milieu d’un jardin où l’on a transplanté un vénérable olivier venu de la Couronne d’Aragon, un vieux puits, un pressoir, un portail, une façade, quelque fontaine ou colonne, arrachés à leur site d’origine, quand on ne les recrée pas avec une totale fantaisie. Souvent, dans le même temps, les vrais sites archéologiques de la commune sont méconnus, abandonnés, voire détruits, les châteaux, chapelles, églises, maisons d’une authentique valeur sont négligés. Et que dire de ces monuments dénaturés par leur nouvelle utilisation, dont on préserve la façade pour se donner bonne conscience patrimoniale, mais dont on stérilise et modifie l’intérieur à grand renfort de matériaux et d’aménagements irrespectueux des états originaux, vidant l’édifice de sa substance ancienne (planchers, plafonds, cheminées, lambris, peintures et stucs etc.),sans la moindre fouille archéologique, qui eût pourtant apporté quantité d’informations sur l’histoire du lieu.

À longueur d’année, notre Société fait ce constat. Elle appelle donc au discernement, à ne pas engloutir des fortunes d’argent public dans des réalisations dites « patrimoniales » qui soient insuffisamment préparées et justifiées. Elle demande surtout que soient mises en place des structures publiques d’étude et de conservation, dirigées par des personnes compétentes et efficaces, attentives avec équité et constance à l’ensemble du patrimoine digne d’intérêt public, non pour sa seule surface séduisante, mais en profondeur. C’est indispensable pour répondre aux besoins en matière de connaissance, de culture, d’éducation, de sensibilité et délectation esthétiques. Voilà pourquoi les membres de notre Société, soucieux de l’identification du vrai patrimoine, se rassemblent tous les quinze jours en cet Hôtel d’Assézat, font part de leurs recherches, les publient dans des Mémoires abondamment illustrés(en vente à l’entrée de cette salle), s’informent, débattent, vont sur le terrain, rencontrent tous ceux qui ont un lien avec l’objet de leurs études. À ce jour, nous sommes cent huit. Titulaires, correspondants, libres, honoraires, aux compétences patrimoniales diverses, ces membres sont la force de notre Société. Beaucoup sont à vos côtés dans cette salle, prêts à dialoguer avec vous.

Nos rangs se sont renforcés cette dernière année grâce à l’élection de six nouveaux membres correspondants : mesdames Sarah Muñoz, Laurence Benquet, Ingrid Leduc, Adriana Sénard, messieurs Colin Debuiche et Philippe Renoux. Geneviève Bessis et Émilie Nadal ont été promues membres titulaires. Monsieur Georges Cugullière est entré dans le collège de nos membres honoraires. Au cours de cette année, moins heureusement, quatre membres ont cessé de vivre. Le 7 juin, une minute de silence nous a rassemblés autour de la mémoire de Denis Milhau, décédé à Balaruc-les-Bains le 1er juin 2016. Ancien conservateur en chef du musée des Augustins, il en avait obtenu la rénovation complète, réalisée entre 1976 et 1980, après y avoir organisé des expositions temporaires mémorables, comme Picasso et le théâtre, Chagall et le théâtre, Les grandes étapes de la sculpture romane toulousaine. Il fut aussi un propagateur inlassable, passionné et enthousiaste de la connaissance de l’art contemporain à Toulouse, lançant le premier l’idée que cette ville devait créer un musée spécifique. Lors de notre séance de rentrée, le 8 novembre, nous avons dû nous recueillir en souvenir de Claude Péaud-Lenoël, directeur de recherche honoraire au CNRS, décédé le 11 août 2016 à Albi. Attiré par les questions wisigothiques, il avait également aidé la Société de son travail bénévole. Le 21 février dernier, nous avons déploré le décès d’Yvette Carbonell-Lamothe, survenu quelques jours auparavant à Céret. Maître de conférence honoraire des universités de Toulouse et Perpignan, ancien conservateur des antiquités et objets d’art des Pyrénées-Orientales, elle avait déployé une recherche et un enseignement exceptionnels, persuadant ses étudiants, suivis de près, que l’on ne peut étudier l’art du moyen-âge occidental sans connaître également ceux de Byzance et de l’Islam. Elle parvint à enseigner les trois, ce qui était remarquable à cette époque. Le 21 mars dernier enfin, nous rendions hommage à Robert Manuel, décédé le 11mars : un homme paisible, généreux intellectuellement, attaché à Cordes, où il s’occupait du musée Charles-Portal. Non loin de cette célèbre ville médiévale tarnaise, il avait participé, aux côtés de l’abbé Marius Bessou, aux fouilles de la nécropole haut-médiévale de Vindrac.

Revenons vers l’essentiel, la sève qui irrigue notre corps savant, ces communications, ces questions diverses, ces débats, ces sorties, ces colloques qui ne seraient possibles sans l’implication de tous les membres, auteurs comme auditeurs. Dix-sept communications d’abord, dont dix furent consacrées au moyen-âge : Emmanuel Garland s’est intéressé aux églises romanes du Pays de Toy, Catherine Viers a mené une remarquable étude archéologique du château gersois du Garrané, puis donné les résultats de ses sondages de diagnostic opérés place du Fil, à Caussade, à l’emplacement du château des vicomtes de Saint-Antonin, vassaux des comtes de Toulouse. Bernard Sournia nous a savamment guidés, débusquant ses subtils arrière-plans historiques, dans le projet avorté d’un châtelet royal bien méconnu à la tête occidentale du pont d’Avignon, dont nos membres se sont même demandé si l’on dansait dessus ou dessous ! Parfois, nous nous amusons… Hiromi Haruna-Czaplicki a présenté deux livres d’heures enluminés à Toulouse dans la seconde moitié du XIVe siècle, Diane Joy le château de Saint-Côme d’Olt en Aveyron, Anne-Laure Napoléone deux maisons à pans de bois du XVe siècle en Rouergue, Sophie Cassagnes-Brouquet des fantaisies calligraphiques de notaires toulousains à la fin du Moyen Âge, Michèle Pradalier-Schlumberger plusieurs peintures murales gothiques du Couserans. Les temps modernes ont fait l’objet de quatre communications : Jean Penent a expliqué un dessin retrouvé d’Antoine Rivalz qui représente la Révocation de l’Édit de Nantes, puis évoqué un peintre mystérieux originaire du Puy-en-Velay et mort à Paris en 1650, Jean François ; Jean-Michel Lassure a étudié des céramiques du sud-est de la France et de la Ligurie trouvées au Port Saint-Sauveur toulousain, Christian Darles un rare pressoir à grand-point de Parisot, dans le Tarn. Antiquité et protohistoire, plus lointaines, ont cependant suscité trois communications : Christian Darles, avec la collaboration de Michel Vidal, a envisagé la restitution de la porte nord de l’enceinte antique de Toulouse, Philippe Gardes a fait le point sur quinze ans d’archéologie protohistorique en Midi-Pyrénées, Jean-Luc Boudartchouk et Didier Rigal nous ont permis d’entrevoir le castellum du Bas-Empire de Saint-Cyr dominant Cahors.

Les questions diverses ne furent pas moins intéressantes. Inocencia Queixalòs nous a informés des mesures récentes agrégeant la profession de restaurateur d’œuvres d’art et d’objets archéologiques aux métiers d’art. Jean-Luc Boudartchouk a rendu compte du livre Toulouse. Naissance d’une ville et évoqué un morceau de l’épitaphe de Sidoine Apollinaire conservé à Clermont-Ferrand. Geneviève Bessis a apporté du nouveau sur l’imprimeur du XVIe siècle Guyon Boudeville. Pascal Julien a fait des observations sur les sculptures de Nicolas Bachelier réutilisées dans le retable du XVIIIe siècle du chœur de l’église Saint-Nicolas. Christian Landes et le biogéographe Marcel Delpoux ont exposé la situation, préjudiciable à l’avenir du patrimoine et du tourisme, provoquée par le projet d’installation d’une carrière à Montmaurin, ce qui a conduit la Société à saisir le préfet de Région, qui nous a assuré des multiples précautions prises. Cependant, le maire de Montmaurin, madame Silvia Belair, la population, les admirateurs de l’extraordinaire villa romaine fouillée par Georges Fouet, l’un de nos anciens membres, sont inquiets.
L’aménagement des abords de la basilique Saint-Sernin à Toulouse nous préoccupe fortement depuis plus de deux ans. Une commission, au sein de notre Société, suit ce projet pour le moins discutable. Remercions-la, particulièrement Olivier Testard et Bernard Sournia pour leurs plans et dessins. Ils ont été insérés dans le fascicule édité par notre compagnie, qui vous a été distribué augmenté d’un dernier « décryptage », pour informer le public de ce que pourrait être ce projet avec un schéma directeur et une vision à long terme. Certes, la basilique n’est pas en danger et son environnement sera probablement plus flatteur après l’intervention de l’urbaniste Joan Busquets. Ce que notre Société dit, c’est qu’il faut aller plus loin car c’est du plus haut intérêt pour l’avenir. Saint-Sernin n’est pas un monument figé, le culte qui s’y célèbre le montre déjà. Mais ce monument majeur d’Europe peut dans l’opération acquérir une importante valeur historique et artistique ajoutée, le contraire même de la « patrimonialisation » sans visées éducatives et culturelles évoquée précédemment. Il suffit de s’intéresser à cela, par la fouille archéologique, qui augmente nos connaissances, la mise en valeur des vestiges, l’extension du musée Saint-Raymond, la création d’un musée de l’œuvre, l’intégration de l’Hôtel Dubarry et d’un auditorium au projet. Un monument rayonne d’autant plus que le travail de recherche et de mise en perspective se développe autour de lui. La Société a appris récemment avec satisfaction comment la petite commune de La-Salvetat-Saint-Gilles venait de prendre en charge le célèbre château des comtes de Toulouse. Souhaitons qu’elle y mène une action exemplaire. Nous avons enfin signé un accord avec le Département et la commune de Martres-Tolosane, qui rendra accessible, dans le cadre de l’ouverture l’été prochain du chemin de randonnée « Via Garona », le site de la villa romaine de Chiragan, dont la Société est en grande partie propriétaire.

Notre mission est également de mieux nous faire connaître. La séance publique à laquelle vous assistez aujourd’hui joue ce rôle. Les visites, comme celle de l’exposition « Manuscrits médiévaux des dominicains de Toulouse », qui nous a été présentée par nos consœurs Magali Vène et Émilie Nadal, favorisent le contact avec les établissements patrimoniaux. Les colloques et rencontres auxquels nous participons, que nous aidons aussi, contribuent aussi à cette présence. Ce fut le cas, en 2016, des journées du Minervois sur les traces des Wisigoths, organisées par Marie Vallée-Roche, du colloque « Retour au pays de Cocagne. Nouvelles perspectives sur l’histoire du pastel », pour lequel notre confrère Bruno Tollon a présenté l’Hôtel d’Assézat, de la journée commémorative, à Montauban, du cent-cinquantième anniversaire de la fondation de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, qui a réuni les sociétés archéologiques du Midi de la France, ou encore des journées d’étude du groupe franco-espagnol Ars picta, des réunions et cours qui ont trouvé un lieu propice dans notre salle des séances.

Tout cela ne s’est fait qu’avec le travail de tous. C’est le sens d’une action collective, même s’il y faut aussi quelques membres un peu un plus actifs que les autres, au sein d’un Bureau renouvelé, par élection, chaque année, lors de notre assemblée générale de janvier. Cette année, notre ancien directeur et président, Henri Pradalier, auquel nous devons une particulière gratitude, a cédé sa place à Maurice Scellès, lequel a laissé la sienne de secrétaire général à Patrice Cabau, qui enfin a été remplacé comme secrétaire-adjoint par Anne-Laure Napoléone. Christian Péligry, le bibliothécaire-archiviste, que vous allez entendre dans quelques instants, Guy Ahlsell de Toulza, le trésorier que j’ose dire « perpétuel » car personne ne se risquerait à le remplacer tant il est efficace, et qui prononcera en plus la conférence de ce jour, et le président restent en place pour une nouvelle année. À leurs côtés, plusieurs membres assument aussi une partie des tâches indispensables à notre fonctionnement : notre ancienne présidente Michèle Pradalier-Schlumberger, notre ancien bibliothécaire Louis Latour, Émilie Nadal, Geneviève Bessis, Jacques Surmonne et Georges Cugullière. Que tous soient remerciés.

Pour terminer et faire le lien avec ce qui va suivre, ajoutons quelques mots sur le Concours de cette année. Dix travaux ont été présentés à notre appréciation. Nous avons consacré une séance spéciale aux rapports établis, après lecture et critique des manuscrits, par plusieurs de nos membres, que nous devons remercier bien vivement. Le résultat, Christian Péligry va maintenant vous le révéler, et nous nous réjouissons d’accueillir les lauréats dans cette salle.

Il ne me reste plus maintenant qu’à vous redire, comme le faisaient nos prédécesseurs, la devise de notre Société : Gloriae majorum ! À la gloire des ancêtres ! J’ajouterai : aux Hombres buenos, à ces« hommes de bien », pour reprendre le titre d’un roman récent d’Arturo Pérez-Reverte tout à l’honneur des académiciens du Siècle des Lumières qui ont su ouvrir la voie dans laquelle nous cheminons encore. Merci de votre attention.

Daniel Cazes

Remise des prix du concours :

Le prix de Clausade est attribué à M. Fernand Peloux pour sa thèse intitulée Les premiers évêques du Languedoc. Construction et déconstruction d’une mémoire hagiographique au Moyen Age, Toulouse 2 - Jean Jaurès, 2016.

Le Grand prix spécial de la S.A.M.F. est attribué à M. Julien Foltran pour sa thèse intitulée Les monastères et l’espace urbain et périurbain médiéval en Pays d’Aude : Lagrasse, Alet et Caunes, Toulouse 2 - Jean Jaurès, 2016.

Le prix spécial de la S.A.M.F. est attribué à
Mme Sophie Fradier pour sa thèse intitulée Les frères Souffron (vers 1554 - 1649). Deux architectes ingénieurs entre Guyenne et languedoc, au temps de l’annexion de la Navarre, Toulouse 2 - Jean Jaurès, 2016,
et à
Mme Agathe Roby-Sapin pour sa thèse intitulée La prostitution en Midi toulousain à la fin du Moyen âge (XIIIe-XVIe siècles), Toulouse 2 - Jean Jaurès, 2016.

Une médaille d’argent d’encouragement est attribuée à
Mme Claudine Chatty pour mémoire de Master 2 intitulé Jules Bourdais (1835-1915), un ingénieur chez les architectes, Toulouse 2 - Jean Jaurès, 2016,
à
Mme Oriane Pilloix pour son mémoire de Master 2 intitulé Les parties romanes de l’ancienne cathédrale Sainte-Marie de Saint-Bertrand-de-Comminges, Toulouse 2 - Jean Jaurès, 2016,
et à
M. Pierre Péfau pour son mémoire de Master 2 intitulé Bâtir dans le Bassin Garonnais à l’âge du Fer. La question des constructions sur sablières et en pan de bois, Toulouse 2 - Jean Jaurès, 2016.

Conférence de GUY AHLSELL DE TOULZA :

Le château de Reynerie et les demeures toulousaines des Dubarry.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus : Guy AHLSELL DE TOULZA et Pierre FUNK, "Le château de Reynerie au temps de Guillaume Dubarry", Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, TOME LXX (2010) p. 249-272 (Édition numérique)

 


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