Société Archéologique  du Midi de la France
FacebookFlux RSS

SÉANCE DU 6 FEVRIER 2018

Séance privée
separateur

Communication longue de Bernard Sournia :
« Sculpteurs et stucateurs lombards au XVIIIe siècle dans le lointain Sud-Ouest : les frères Mazzetti au bourg de Laurède en Chalosse ».

Représentants typiques de cette diaspora des artisans du marbre du pays des lacs, les frères Mazzetti, Bernard-Virgile et Jacques-Antoine, marbriers et stucateurs natifs du Tessin, établissent leur entreprise, plutôt spécialisée dans le mobilier liturgique, dans la cité d’Avignon, aux approches de 1740. Au cours des décennies suivantes, ils étendent le champ de leur activité en direction du couchant, créant une filiale dans le pays landais, où l’on observe des dizaines de réalisations de leurs mains pouvant aller de la simple création d’un autel à la refonte complète du lieu liturgique : bâti, marbres et revêtements muraux.

L’une de leurs réalisations les plus développées et abouties se trouve dans une modeste église de Chalosse, Saint-Jacques de Laurède (1769-1780).

La récente restauration de cet ensemble a donné l’opportunité d’un examen rapproché de l’ouvrage, permettant notamment d’observer les changements de parti et repentirs divers survenus en cours d’ouvrage. On se propose de décrire le déroulement de ce chantier et d’évoquer les circonstances de cette réalisation.

 

 


Présents : Mme Nadal, Présidente, MM. Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire général, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Andrieu, Bessis, Cazes, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, MM. Balty, Boudartchouk, Cazes, Garrigou Grandchamp, Julien, Peyrusse, Stouffs, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Bossoutrot, Cazes, Queixalós, MM. Rebière, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : Mme Napoléone, Secrétaire-adjointe, Mme Jaoul.

La Présidente fait part à la Compagnie du décès de notre confrère Louis Latour, auquel Daniel Cazes rend alors hommage :
Hommage à Louis Latour
(Toulouse, 14 novembre 1928 – Auterive, 2 février 2018)

Notre cher confrère Louis Latour vient de nous quitter, au début de sa quatre-vingt-dixième année. Il y a à peine trois mois, lors de sa séance du 7 novembre 2017, notre Société unanime le nommait membre honoraire, pour ses cinquante ans de présence. Louis en avait été très heureux. Il avait prévu d’être ce jour-là avec nous, mais des difficultés de mobilité l’en avaient empêché. Hommage lui était aussi rendu quelques jours plus tard à la médiathèque d’Auterive. Il avait contribué à la faire naître et lui avait donné livres, documentation, objets archéologiques rassemblés au cours de sa vie.
Nous ne répéterons pas tout ce qui a été dit le 7 novembre et l’on s’y référera pour avoir plus de détails sur cette vie bien remplie. Peut-on trouver plus synthétique, pour caractériser notre confrère, que le titre donné par Diane Masclary à l’article publié sur lui dans La Dépêche du Midi du 17 juillet 2016 : « Louis Latour, l’instituteur du patrimoine » ? Elle lui avait fait dire : « J’ai été un simple instituteur, celui qui institue, qui fonde l’homme dans l’enfant ». Sa mission de maître de cours complémentaire, dès 1954, à Auterive, où il résida ensuite la majeure partie de sa vie, lui commandait d’enseigner les mathématiques et l’histoire. Si les premières s’accordaient avec l’abstraction d’une salle de classe, Louis jugea que la seconde requérait d’autres moyens.
Il voulut, pour l’enseigner, s’appuyer sur celle d’Auterive et le riche patrimoine de cette petite ville. Il lança même des chantiers de fouille archéologique. Tour à tour, les puits dits funéraires – alors un mystère –, une villa romaine et bien d’autres choses occupèrent pendant plus de dix ans mercredis et samedis après-midi, vacances de Pâques et d’été de Louis et de ceux qui, élèves ou amateurs, partagèrent sa passion. De là lui vint aussi l’idée de créer un foyer de jeunes, dans le cadre de la Ligue de l’enseignement. L’archéologie y eut une place essentielle. Un lieu d’exposition des objets découverts s’y constitua peu à peu et Louis y fit découvrir à tous, pendant des générations, la Préhistoire et l’Antiquité.
Il ressentit la nécessité parallèle de sa propre formation. Michel Labrousse était alors à la fois professeur d’histoire, d’épigraphie, de numismatique romaines à l’Université de Toulouse, Président de notre Société et directeur de la Circonscription des Antiquités historiques, à laquelle Louis devait demander ses autorisations de fouille. Il comprit et aida Louis. Ce dernier l’admira toujours profondément. Un lien s’établit : Michel et Jacqueline Labrousse, avec laquelle l’épouse de Louis, Michèle, avait fait ses études, vinrent souvent à Auterive, et Louis à Toulouse, où il devint membre de notre Société en 1967. Louis m’a souvent dit combien celle-ci a compté dans sa vie. Elle était pour lui le lieu d’une sorte de recyclage permanent, où il apprenait beaucoup, connaissait des personnes compétentes dans divers domaines. Il y rompait l’isolement parfois ressenti dans sa petite patrie. En contrepartie de ce que la Société lui apportait, il estimait qu’il devait lui donner en retour ses travaux et son aide.
Ainsi y présenta-t-il de nombreuses communications sur Auterive, publiées dans les Mémoires. Un premier article de lui, sur un puits funéraire, y parut en 1966. En 1970, il y écrivit un long texte sur les fouilles gallo-romaines. En 1985-1986, il y ouvrit le champ de ses curiosités à l’orgue de l’église Saint-Paul ; en 1987, à la confrérie de la Sainte-Trinité. En 1989 il y publia une remarquable étude du grand pont roman de la ville. En 1994, y prit place une synthèse sur le castrum ; en 1996, l’analyse d’une grille de communion du XVIIIe siècle de Saint-Paul ; en 1999, des recherches campanaires ; en 2006, de nouveaux apports sur les fouilles gallo-romaines ; en 2007, un article sur les lampes à huile et en 2013 un autre sur les céramiques sigillées. Ce n’est qu’une partie des publications de Louis, qui exprima ses travaux dans d’autres revues. On lui doit aussi un livre sur « Les églises du canton d’Auterive », publié en 2001.
Plusieurs d’entre nous n’oublieront pas les journées d’étude organisées grâce à lui : à Auterive sur le marbre, à Venerque pour découvrir le « Fonds patrimonial de la basse vallée de l’Ariège », déposé par lui à la médiathèque de cette commune. Fondamentale fut aussi son action comme Bibliothécaire-Archiviste de la Société, de 1993, année du décès de Georges Fouet auquel il succéda dans le poste, jusqu’en 2004, année où il fut remplacé par Bernadette Suau. Il joua un rôle essentiel lors de la réinstallation de la bibliothèque et des archives dans nos nouveaux locaux, dans l’informatisation du fichier et dans la reconstitution de séries de revues alors incomplètes pour diverses raisons, sans compter les dons d’ouvrages qu’il fit.
Lorsqu’il ne put plus assister régulièrement à nos séances, il continua à nous aider, en envoyant régulièrement, jusqu’à l’année dernière, les convocations aux séances, ce qui lui permit également d’assurer un lien de correspondance électronique permanent très apprécié par tous les membres. Les derniers Présidents de la Société ont eu en lui un soutien fidèle et même un véritable ami. Il était attachant, généreux, s’informant sans cesse des nouvelles de tous et de la vie de la Compagnie. Nous savions son intérêt pour l’humanité, l’éducation, l’aide internationale. Il y a moins d’un mois, nous bavardions longuement encore au téléphone, évoquant Jacqueline Labrousse, récemment disparue, et son époux. Cette conversation s’acheva sur une promesse qui, malheureusement ne pourra maintenant se réaliser, celle de se retrouver à Auterive au printemps, pour visiter ensemble la nouvelle médiathèque récemment inaugurée, où Louis avait toute raison de penser qu’il était un peu chez lui…
Comme un dernier don de soi, après tant d’autres, Louis a offert son corps à la Science. Une cérémonie aura lieu en sa mémoire à l’église Saint-Paul d’Auterive samedi prochain à 14 heures.
Soyez remerciés de votre attention.
Daniel Cazes, 5 février 2018

Nicole Andrieu rappelle l’aide formidable que Louis Latour lui a toujours apportée dans sa fonction de conservateur des Antiquités et Objets d’Art, et les journées organisées par notre confrère aux Archives départementales sur l’art campanaire entre autres. Pour Louis Peyrusse, Louis Latour était l’un des derniers représentants des hussards noirs de la République, et d’une génération qui était aussi celle de Georges Fouet ; empruntant à Gramsci, il voit en Louis Latour un de ces « intellectuels organiques », qui s’est appliqué à être au service de sa région et d’Auterive.
La Présidente invite la Compagnie à observer une minute de silence en mémoire de notre confrère disparu.

La Présidente rend compte de la correspondance, qui comprend principalement des invitations à diverses manifestations, et donne la parole au Directeur pour les suites de notre différend avec l’Académie des Sciences et Arts de Carcassonne : un mail de la Secrétaire générale de l’Académie nous demande d’excuser le retard de leur réponse, dû à des difficultés internes, et nous annonce une prochaine reprise de contact ; réponse a été faite par Maurice Scellès, acceptant les excuses dans l’attente du courrier du Président de l’Académie.

Plusieurs dons viennent enrichir notre bibliothèque :
- de Maurice Scellès, Ordonnances synodales de Mgr Jean-Louis de Bertons de Crillon, archevêque de Toulouse, Toulouse, 1729 ;
- de l’Association des Amis de Saint-Exupère, le fascicule intitulé La mémoire des Carmes déchaussés, maquette de l’exposition présentée du 16 au 30 septembre 2017 ;
- de Louis Peyrusse, les plaquettes «  Site patrimonial remarquable. Patrimoine habité. Patrimoine protégé », éditées par la Mairie de Toulouse.

La Présidente et Guy Ahlsell de Toulza rendent compte de la réunion d’information organisée par la Mairie de Toulouse sur la plantation d’arbres dans le cadre du projet d’aménagement du Grand Saint-Sernin. Réunion d’information et non de débat, pour lever les doutes du quartier, comme cela a été clairement dit, la décision ayant déjà été prise. Une trentaine de personnes y assistait, en présence de Mme Annette Laigneau, adjointe au Maire déléguée à la coordination des politiques d’urbanisme et d’aménagement, et Vice-Présidente de Toulouse Métropole déléguée à la Coordination des politiques de l’urbanisme et de projets urbains, et Mme Julie Escudier, maire de quartier. On a donc eu un exposé sur les tilleuls, le géogrille, les racines contenues… Pierre Pisani a indiqué que les sondages seront faits en accord avec Quitterie Cazes, et que si des vestiges archéologiques apparaissaient, on reboucherait et on ferait un trou ailleurs… Ceux qui ont voulu discuter les propositions ont pu avoir l’impression de se faire gronder par l’adjointe au Maire. Quelle durée pour le géotextile sensé contenir les racines ? 30 ans. Et après ? Pas de réponse. Etc. Une heure et demie pour rien.
Daniel Cazes se désole de constater qu’une réunion d’une telle importance n’a attiré qu’une trentaine de personnes, dont la moitié, d’ailleurs, en service commandé. Il y a de plus grandes participations citoyennes dans d’autres villes.
Quitterie Cazes considère que ce qui se passe aujourd’hui ne peut étonner personne. Plus important sans doute est le fait que nous nous sommes engagés dans une collaboration avec la Ville et Pierre Pisani, en espérant un minimum d’écoute, et que nous n’en avons eu aucun retour. Plus grave : nous avons servi de caution, et c’est plus généralement notre Société qui est présentée comme caution de ce qui se fait et va se faire à Saint-Sernin.
Guy Ahlsell de Toulza a un point de vue plus nuancé. Son impression au cours de la réunion a été celle d’une certaine gêne de Pierre Pisani, qui était là missionné par son employeur. Il est clair que tout au long des sondages d’évaluation, il avait ordre de ne pas aller au-delà du premier vestige archéologique mis au jour. Jean-Luc Boudartchouk fait observer que les interventions archéologiques du Service de Pierre Pisani sont tout à fait dans le cadre des règles de l’archéologique préventive. Il n’en demeure pas moins que notre Société se trouve en effet prise au piège.
La discussion sur ce qu’il y a lieu de faire se poursuit encore un peu.
L’ordre du jour appelle l’élection d’un membre correspondant de notre Société. Jean-Luc Boudartchouk donne lecture de son rapport sur la candidature de M. Fernand Peloux à ce titre. Il est procédé au scrutin. À l’unanimité des suffrages des 22 membres titulaires votants, M. Peloux est élu membre correspondant de la S.A.M.F.

La parole est à Bernard Sournia pour sa communication consacrée à des Sculpteurs et stucateurs lombards au XVIIIe siècle dans le lointain Sud-Ouest : les frères Mazzetti au bourg de Laurède en Chalosse.

Représentants typiques de cette diaspora des artisans du marbre du pays des lacs, les frères Mazzetti, Bernard-Virgile et Jacques-Antoine, marbriers et stucateurs natifs du Tessin, établissent leur entreprise, plutôt spécialisée dans le mobilier liturgique, dans la cité d’Avignon, aux approches de 1740. Au cours des décennies suivantes, ils tendent le champ de leur activité en direction du couchant, créant une filiale dans le pays landais, où l’on observe des dizaines de réalisations de leurs mains pouvant aller de la simple création d’un autel à la refonte complète du lieu liturgique : bâti, marbres et revêtements muraux.
L’une de leurs réalisations les plus développées et abouties se trouve dans une modeste église de Chalosse, Saint-Jacques de Laurède (1769-1780).
La récente restauration de cet ensemble a donné l’opportunité d’un examen rapproché de l’ouvrage, permettant notamment d’observer les changements de parti et repentirs divers survenus en cours d’ouvrage. On se propose de décrire le déroulement de ce chantier et d’évoquer les circonstances de cette réalisation.

Après avoir remercié notre confrère pour cette très agréable excursion, qui nous menés du « pays des lacs » au pays de Chalosse, la Présidente lui pose la question des moyens d’éclairage du sanctuaire de l’église de Laurède. M. Sournia indique l’existence d’une fenêtre unique, dans la partie droite du chœur, garnie de verre blanc à l’origine ; au XIXe siècle, la mise en place d’un vitrail représentant saint Jacques a privé le décor du siècle précédent de la lumière blanche pour laquelle il avait été conçu et réalisé.
Pierre Garrigou Grandchamp ayant mentionné la présence du lanternon qui somme la toiture et qui peut faire supposer un éclairage zénital, Bernard Sournia signale que cet édicule est destiné seulement à abriter une petite cloche.
Pascal Julien intervient pour décrire le système complexe mis en place par la diaspora des marbriers italiens pour diffuser les produits de leurs industries, depuis Gênes, plaque tournante du commerce du marbre de Carrare, vers Marseille, Bordeaux, voire la Bretagne. Il est ainsi bien probable que les pièces composant les autels de Laurède ont fait le « grand tour » par l’Alantique. M. Julien note l’importance du circuit des marbres en matière de style : les autels « à la romaine » sont dits tels parce qu’ils sont conformes au rit romain ; par leur style, ils sont génois. Bruno Tollon complète ces informations en évoquant les familles des Mazzetti, des Fossatti... Bernard Sournia remercie les deux intervenants pour les précisions qu’il lui ont apportées.
Guy Ahlsell de Toulza nous rappelle la communication faite naguère par Jean-Luc Boudartchouk sur la carrière d’Aubert, où une société italienne a repris l’exploitation du « grand antique » ; à ce propos, il évoque les pratiques qui ont cours dans le milieu des marbriers, organisés telle une « maffia ».

Au titre des questions diverses, Daniel Cazes appelle l’attention de la Compagnie sur les travaux en cours sur deux secteurs de l’enceinte romaine de Toulouse : il s’agit, d’une part, d’un chantier ouvert dans la rue du Poids-de-l’Huile, sur l’emplacement d’un immeuble dont seule la façade sera conservée (siège de l’ancienne agence Fram), d’autre part, d’une grosse opération menée sur le site de l’ancienne prison des Hauts-Murats, où deux tours antiques ont subsisté en élévation, ainsi qu’une portion de la courtine.
Jean-Luc Boudartchouk donne ensuite les renseignements suivants : le premier site a récemment donné lieu à un sondage d’évaluation et à une prescription de fouille (intervention d’un mois pour le sous-sol menée par Vincent Geneviève) ; le second site a fait l’objet d’une intervention plus ancienne (rapport de diagnostic établi par Jean Catalo).
Concernant le site des Hauts-Murats, Louis Peyrusse rappelle qu’il s’agit d’un lieu de mémoire, important pour l’histoire de notre ville.

Haut de page