Société Archéologique  du Midi de la France
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JOURNÉE FORAINE DU 16 JUIN 2018 : À MINERVE ET QUARANTE

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Présents : Mme Nadal, Présidente, MM. Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone, Secrétaire-Adjoint ; Mmes Bessis, Merlet-Bagnéris, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp ; MM. Balty, Boudartchouk, Cazes, Surmonne, membres titulaires ; Mme Balty ; M. Chabbert, membres correspondants.
Invités : MM. Frédéric Mazeran, architecte du patrimoine du Département de l’Hérault et membre de la Société Archéologique, Scientifique et Littéraire de Béziers, Jacques Coupat, érudit de Quarante, Pierre Cèbe, président de l’association « Histoire et patrimoine de Quarante », Henri Barthès, président de la Société Archéologique, Scientifique et Littéraire de Béziers, des amis et des membres de l’association Menerbés et de l’association « Histoire et patrimoine de Quarante ».


Minerve

Vue de Minerve.

La compagnie se retrouve à l’église de Minerve où Marie Vallée-Roche lui avait donné rendez-vous. Après nous avoir rassemblés, notre consœur nous guide sous les remparts de la ville pour illustrer son propos de présentation générale du site et de son histoire. À cette occasion, elle nous signale que Minerve porte les traces d’une occupation probablement quasi continue depuis 6000 ans. Puis elle donne la parole à Frédéric Mazeran qui retrace pour nous les différentes étapes des travaux et des restaurations effectués sur le rempart. Il nous présente également les résultats des sondages effectués en 2007-2008, lors de la première tranche de travaux, s’attardant sur les vestiges d’époque wisigothique qui pourraient indiquer la présence d’un habitat important à la fin du Ve siècle et dans la première partie du VIe siècle. Cette hypothèse semble être confirmée par les sondages effectués préalablement aux travaux actuels. En effet, les vestiges de probables édifices aristocratiques sont mis en parallèle avec le caractère particulièrement défensif du site pour évoquer la citadelle imprenable de Minerve. On signale encore la nécropole wisigothique du Pech, à 1 km de là, où deux tombes ont été fouillées. Puis la compagnie descend vers le puits Saint-Rustique protégé par une barbacane. En observant la porte très restaurée et l’importance du système défensif, on évoque la communauté cathare, le siège de 1210 et la reddition de Guilhem de Minerve. Marie Vallée-Roche nous conduit alors vers les parties basses du site pour observer les fortifications d’un autre point de vue. Elle nous fait remarquer à quel point les murailles ont souffert des guerres de religion et l’ampleur des reprises qui ont été effectuées au début du XVIIe siècle. En passant sous le pont construit en 1913, nous réalisons l’aspect insulaire que le site a pu avoir jusque-là. Nous arrivons ensuite à l’ouest du cimetière Saint-Nazaire, là où des fouilles furent effectuées en 1932. Les rapports succincts de cette campagne évoquent les vestiges de deux bâtiments, peut-être paléochrétiens. Doit-on y voir l’emplacement d’une ancienne église ? En remontant vers la ville, notre consœur nous fait remarquer que le portail haut a été détruit au XIXe siècle et que des traces d’archères sont toujours visibles sur le mur d’une maison située près de la pointe du rocher. Frédéric Mazeran ajoute qu’une tour-donjon triangulaire appartenant au château s’élevait à cette extrémité.Les vestiges de maçonnerie de cet ensemble montrent un bel exemple d’appareil à bossage. Il nous fait remarquer par ailleurs que la rue principale qui dessert le village à ce niveau-là est bâtie sur les salles du château. Frédéric Mazeran suppose enfin qu’un fossé sec taillé dans la roche devait compléter le système défensif.

Devant l'entrée du musée de Minerve.

La troupe s’achemine vers le Musée comprenant six salles réparties sur deux niveaux. Les deux premières sont réservées aux fossiles et à la préhistoire. Le matériel exposé provient essentiellement des grottes alentours où se trouvaient les réserves d’eau. Mais la région regorge de vestiges, possédant entre autres une quarantaine de mégalithes et deux sites probablement chalcolithique, La Gasque et Minerve-La-Vieille, qui conservent des structures bâties. Marie Vallée-Roche déplore que ce patrimoine exceptionnel ait été encore si peu étudié. En passant dans la grande salle où sont exposés les matériels antiques et wisigothiques, notre consœur nous fait remarquer les signes de dégradation des pièces métalliques. En effet, l’absence de conservateur et le désintérêt progressif de la commune pour le Musée mettent les collections en danger de conservation.
Pourtant, ce musée abrite des pièces exceptionnelles et de grande valeur comme les boucles provenant des tombes wisigothiques de la nécropole du Pech qui sont malheureusement en train de se dégrader. On note par ailleurs que les informations données sur les étiquettes sont caduques puisqu’elles n’ont pas été pour l’essentiel mises à jour depuis 1967. Les pièces du niveau supérieur montrent une muséographie plus moderne. Le matériel découvert lors des fouilles de 2007-2008 y est exposé, ainsi qu’une ancienne maquette du siège de Minerve en 1210.
Frédéric Mazeran nous dirige ensuite vers l’église située tout près de là et nous présente son architecture. L’édifice a connu plusieurs campagnes dont deux à l’époque romane. Ces dernières se caractérisent par l’utilisation de matériaux de deux couleurs différentes pour les archivoltes des baies comme le montrent d’autres édifices romans de la région. Marie Vallée-Roche nous présente l’autel en marbre de Carrare, daté de 456 et de ce fait le plus ancien à ce jour à être daté (cf. Marie Vallée-Roche, « Notes à propos des graffitis de l’autel de Minerve », dans M.S.A.M.F., t. LXXIII, 2013, p. 85-108).

Quarante

Vue de Quarante. Cliché Frédéric Mazeran.

L’après-midi est consacré à la visite de l’église et du Musée de Quarante. Un diaporama permet de prendre connaissance de l’étude du porche de l’église abbatiale de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert et de la restitution en trois dimensions de son état du XIIe siècle réalisée par Frédéric Mazeran. M. Christian Blasco, auteur d’un ouvrage sur l’histoire du bourg abbatial de Quarante, en donne un bref résumé. Avant de laisser l’assemblée visiter l’église, Jacques Coupat en présente l’historique et les différentes phases de construction, illustrant son propos de modélisations en trois dimensions, réalisées par M. Joël Roure, projetées sur l’écran. Des fouilles anciennes effectuées dans l’église et ses propres observations lui ont permis d’étayer ses hypothèses pour la restitution des premiers états du bâtiment (exposées dans une publication en ligne : https://fr.calameo.com/books/002365010f7d7ab3e0553).

Modélisation en 3D de l'abbatiale de Quarante. F. Mazeran et J. (...)
La place et l'église abbatiale de Quarante. Cliché Christian Douillet.

L’église de Quarante était un des plus grands édifices de la région au XIe siècle, avec l’église abbatiale de Gellone. Elle devait son importance aux nombreuses reliques de martyrs qu’elle possédait (40 selon la tradition, ce qui serait selon la légende, l’origine du nom de la ville). Elle était par ailleurs desservie par 13 chanoines qui avaient pour mission de prier pour la famille vicomtale qui avait fondé l’église.

 

Quarante. Autour de la table d'autel... Cliché Christian Douillet.
Quarante. Le sarcophage du IIIe siècle. Cliché Christian Douillet.

La visite s’achève en petits groupes. Pierre Cèbe commente les principales pièces du trésor. Le sarcophage à clipeus daté du IIIe siècle suscite bien des interrogations et des débats, et Jean Balty envisage d’en reprendre l’étude. Le groupe qui entoure la table en marbre du maître-autel convient que la datation du XIe siècle ne peut plus être retenue, après l’identification par Marie-Vallée Roche de signatures gravées très similaires à celles gravées sur l’autel de Minerve (Vidbertus et Alaricus) ou qui évoquent le nom de clercs (Durandus presbiter, Deusdedit) présents dans les chartes aux alentours de l’an mil. Frédéric Mazeran entraîne quelques membres du groupe au nord de l’église, voir les vestiges des bâtiments conventuels qui mériteraient une étude et une mise en valeur.

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La compagnie est ensuite conviée à visiter le petit musée archéologique installé dans un bâtiment communal adossé à la grande abside de l’église Sainte-Marie. Créé en 1982 par quelques bénévoles particulièrement compétents, il regroupe un ensemble de collections remarquables de l’époque chalcolithique, de l’Âge du Fer, de l’époque gallo-romaine et du Moyen Âge. Ces collections proviennent du territoire de Quarante et celles du Moyen Âge sont le plus souvent en lien avec le passé prestigieux de l’ancienne église abbatiale. Parmi les objets présentant le plus d’intérêt, on citera une collection de des pointes de flèches, deux récipients cerclés de cordons saillants du chalcolithique ou des vases avec parures en bronze de l’Âge du fer. Pour la période antique : deux intailles du Ier siècle, des manches d’outils chirurgicaux, des poids de balance d’époque romaine, dont un de ces poids curseurs figurant Hercule couvert d’une peau de lion, mais aussi un chapiteau en marbre, deux cadrans solaires, des fragments d’inscriptions funéraires et une plaque de tombeau du Ier siècle, qui mériterait une étude épigraphique approfondie. Le musée doit enfin sa notoriété à la présentation d’une belle collection de monnaies romaines et du Moyen Âge, dont une monnaie en or d’époque mérovingienne.

A l'Hôtel de Ville de Quarante. Cliché Christian Douillet.

À l’invitation de la municipalité, la compagnie gagne l’Hôtel de Ville, où elle est accueillie par Mme Élisabeth Dauzat, adjointe au maire et vice-présidente chargée de la culture et du patrimoine à la Communauté de communes du Sud-Hérault. Au nom de notre compagnie, Émilie Nadal remercie tout particulièrement notre consœur Marie Vallée-Roche à qui nous devons l’organisation et le succès de cette journée, et tous ceux qui nous ont fait découvrir ou redécouvrir en bénéficiant de leurs recherches ces sites patrimoniaux majeurs de l’Hérault que sont Minerve et Quarante. Après avoir excusé monsieur le maire, contraint de partir, Mme Élisabeth Dauzat remercie la Société Archéologique du Midi de la France de son intérêt au patrimoine de Quarante, en souhaitant que cette visite contribue à sa reconnaissance, mais aussi à faire connaître à un large public l’abbatiale et le village. Alors que Mme Élisabeth Dauzat invite l’assemblée à profiter des rafraîchissements, des échanges nombreux et cordiaux s’engagent entre les participants.


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