Société Archéologique  du Midi de la France
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SÉANCE DU 29 MAI 2018

Séance privée
separateur

Communication longue de Colin Debuiche :
« Les séjours de l’architecte et ingénieur Dominique Bachelier en Aragon à la fin du XVIe siècle ».

Gravure sur bois représentant la pile d'un pont. De architectura de Vitruve (1511), f°56.Du XVIe au début du XXe siècle, la mobilité des artisans de la construction a été une source de fierté à maintes reprises agitée comme un signe de grandeur nationale. Déjà en 1578, en s’appuyant sur une liste d’artisans, Jean Bodin vantait le caractère « actif & serviable » du Français opposé à celui de son rival espagnol « paresseux à merveilles hors le fait des armes & de la trafique ».
Depuis la publication en 1922 d’une lettre adressée par Philippe II à son ambassadeur en France pour obtenir d’Henri III l’autorisation d’employer un architecte toulousain à la réparation du pont de Saragosse, le nom de Dominique Bachelier fut brandi aussi bien au plan national que local, sans que ne soit posée la question de sa réelle intervention, pour souligner les compétences des artistes français ou illustrer la proximité de la capitale languedocienne avec l’Espagne.

Fig. 2. Juán Bautista MARTÍNEZ DEL MAZO, Vue de Saragosse, 1647, huile sur toile, 181 x 331 cm. Madrid, musée du Prado. À la lumière de multiples sources, inédites pour certaines, il est désormais possible de confirmer la venue de Bachelier à Saragosse, mais aussi de clarifier les circonstances dans lesquelles elle s’est faite, la composition et l’organisation de son atelier, ainsi que la nature de ses interventions et de ses apports au foyer aragonais. L’occasion est ainsi offerte de revenir sur un pan singulier de la culture savante architecturale qui a accaparé les maîtres toulousains tout au long du XVIe siècle, mais également d’apporter un éclairage sur des questions d’un intérêt plus général, comme le rôle des charpentiers sur les chantiers d’ingénierie, ou de nuancer certaines constructions historiographiques selon lesquelles l’itinérance serait nécessairement le signe de l’excellence.

 


Présents : Mme Nadal, Présidente, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjoint ; Mmes Andrieu, Bessis, Haruna-Czaplicki, Merlet-Bagnéris, Wattin-Grandchamp ; MM. Cazes, Garrigou-Grandchamp, Julien, Peyrusse, Sournia, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Muños, ; MM. Debuiche, Penent, Suzoni, membres correspondants.

Excusés : Mmes Cazes, Fournié, Fradier et Queixalos ; MM. Ahlsell de Toulza, Scelles et Tollon.

Invitée : Mme Sophie Dumoulin.

Notre présidente félicite notre confrère Colin Debuiche qui vient d’être recruté à l’Université de Rennes à un poste de maître de conférence. Elle nous annonce également que Benjamin Marquebielle vient de présenter sa candidature à un poste de membre correspondant dans notre société. Nous nous réjouissons tous de voir arriver un préhistorien parmi nous. Anne Bossoutrot-Rebière fait don à la société de quatre volumes portant sur les études archéologiques de Saint-Bertrand-de-Comminges.
Revenant sur le problème du plagiat de notre logo par la société archéologique de Carcassonne, Émilie Nadal nous informe que nous ne pouvons déposer notre logo dans la mesure où il a été divulgué depuis plus d’un an mais la société audoise étant dans le même cas, ne peut pas le faire non plus.
Après la lecture du procès verbal de la dernière séance, l’assemblée l’adopte après une petite modification.

Michel Roquebert est élu membre honoraire de notre société.

Sophie Duhem est élue membre correspondant.

Émilie Nadal donne enfin la parole à Colin Debuiche pour sa communication longue : Entre excellence et opportunisme : l’architecte-ingénieur Dominique Bachelier en Aragon à la fin du XVIe siècle.
Notre présidente remercie le conférencier de nous avoir fait découvrir ces monuments aragonais et demande des précisions sur le registre qu’il a utilisé pour son étude du pont de Sarragosse. Il s’agit répond-il de comptes rédigés sur le terrain et mis au propre par la suite ; y figurent notamment les actions supplémentaires au projet avec les rémunérations effectuées. Dominique Wattin-Grandchamp s’interroge sur les processus de formation et de qualification des gens qui composent les équipes et demande à Colin Debuiche si les sources qu’il a consultées donnent des informations à ce sujet. Ce dernier répond que rien ne permet de répondre à ces questions mais on devine des connexions, des préférences et des associations de circonstances et d’intérêt. Bachelier s’est formé au contact de son père, précise-t-il, le chantier important du pont neuf a certainement permis la formation de nombreux individus. Il souligne enfin le rôle important joué par les charpentiers dans les chantiers en évoquant notamment Dominique Bertin, et conclue en évoquant la très probable polyvalence de ces artisans. En rappelant le manque de solidité des travaux effectués par Bachelier sur le pont de Sarragosse, Daniel Cazes fait remarquer que ce pont monumental a toujours été en travaux, victime à toutes époques des violentes crues de l’Ebre. L’intérêt ici répond Colin Debuiche est de pointer l’état du savoir technique et du savoir faire à cet instant précis. Les faiblesses qui ont conduit à l’effondrement d’une partie du pont de Sarragosse sont les mêmes que celles qui ont été décelées au pont neuf de Toulouse. Louis Peyrusse trouve notre conférencier sévère avec Dominique Bachelier et lui fait remarquer que l’architecte-ingénieur avait été recommandé par le roi et que peu de spécialistes pouvaient se prévaloir de telles qualifications à l’époque. Colin Debuiche répond qu’il aurait aimé avoir un peu plus d’informations sur le contexte de cette venue de Dominique Bachelier à Sarragosse.

Émilie Nadal passe ensuite la parole à Patrice Cabau qui nous montre, dans le cadre d’une question diverse, un fragment de couvercle de sarcophage en marbre dégagé dans la petite rue des cuves à l’occasion des travaux qui touchent toute la place Saint-Sernin. Ayant été laissée sur place, adossée contre le mur d’une maison, on a coulé du béton autour de celle-ci après l’avoir garnie d’une collerette en plastique. Il nous montre ensuite les photographies d’une maison donnant également sur la place, repérée depuis longtemps par nos confrères puisqu’elle est bâtie avec des matériaux de récupération du cloître. Malheureusement, elle est entièrement enduite et seules quelques dalles de pierre jaune sont visibles à la base de l’édifice sur l’élévation donnant sur la rue des cuves. Daniel Cazes rappelle qu’il avait informé la mairie et la DRAC de l’intérêt de cette maison il y a quelques années de cela mais qu’aucune réponse ne lui avait été donnée. Il poursuit sur les travaux de la place Saint-Sernin, déplorant que le suivi archéologique soit effectué avec autant de « légèreté », c’est-à-dire avec peu de photographies et de relevés. Il remarque que les sondages ne font pas l’objet de fouilles et que le projet de restauration du massif occidental se fait indépendamment des travaux actuels. Il regrette que l’on n’ait pas pris le temps d’observer l’emmarchement apparu sous l’actuel qui nous aurait informé sur la dénivellation existant à l’origine entre la basilique et l’actuelle place Saint-Raymond. Celui-ci a été en effet rapidement recouvert par des dalles amovibles coulées sur place contre l’emmarchement en pierre qu’il faudra peut-être détruire quand les travaux du massif occidental débuteront.
Dominique Wattin-Grandchamp informe Daniel Cazes que des sondages archéologiques ont été faits, même si on peut déplorer que les rapports ne soient pas encore rendus. Elle ajoute que bon nombre de ceux qui travaillent au service public font de leur mieux, souvent avec peu de moyens et que le travail qui a été fait est rarement reconnu.

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