Société Archéologique  du Midi de la France
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Samedi 22 juin 2019 : journée foraine à Saint-Antonin-Noble-Val

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À 11 h 30 à l’Hôtel de Ville,

le Bureau et les membres de la Société Archéologique du Midi de la France remettront solennellement au maire de Saint-Antonin-Noble-Val, Monsieur Gérard Agam, la médaille d’argent décernée le 4 juin dernier à la municipalité pour l’acquisition de la maison Muratet.

Nous rencontrerons des membres de la Société des Amis du Vieux Saint-Antonin, et l’après-midi sera consacrée à la redécouverte des maisons médiévales de Saint-Antonin, qui nous permettra de prendre connaissance des avancées de la recherche. S’il ne sera pas possible de visiter la maison Muratet en raison de son mauvais état actuel, nous pourrons en revanche examiner en détail la maison du 6 rue Cayssac, en vente actuellement.

Cette visite sera aussi l’occasion de s’interroger sur le devenir d’un patrimoine civil médiéval particulièrement nombreux et remarquable, et sur les moyens de le faire connaître et de le conserver.

Maison "Muratet" : détail de la peinture murale représentant une frise de cavaliers, dont le roi d'Angleterre, le roi de France et le comte de Toulouse.


En présence de membres du conseil municipal, de la Société des Amis du Vieux Saint-Antonin, de la Société archéologique du Midi de la France, d’amis et de M. Gilles Muratet, Émilie Nadal, présidente de la Société archéologique du Midi de la France, remet solennellement au maire de Saint-Antonin-Noble-Val, Monsieur Gérard Agam, la médaille d’argent décernée le 4 juin dernier à la municipalité pour l’acquisition de la maison Muratet :

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« C’est un honneur et un plaisir pour la Société archéologique du Midi de la France, d’être présente aujourd’hui pour remettre la médaille d’argent de notre société à la municipalité de Saint-Antonin-Noble-Val.
Depuis plus de 188 ans, la Société archéologique du Midi de la France encourage toutes les actions en faveur de la protection et de la sauvegarde du patrimoine d’Occitanie. Récemment nous avons apporté notre soutien à l’Association des amis de l’abbaye de Grandselve qui a su créer un petit musée autour des restes de l’abbaye. Quelques mois plus tôt, c’est la municipalité de La Salvetat Saint-Gilles qui a été récompensée pour avoir su acquérir et entreprendre le sauvetage du château des comtes de Toulouse, qui est actuellement toujours en cours de restauration.
C’est dans cette lignée que nous sommes réunis aujourd’hui pour remettre à la municipalité de Saint-Antonin-Noble-Val représenté par M. le Maire, cette médaille. La raison en est simple. La municipalité a récemment fait l’acquisition de la Maison Muratet. Remarquable maison médiévale, remarquable au premier titre pour la fraîcheur de ses peintures, représentant une cavalcade de chevaliers et des tentures médiévales en trompe-l’œil, remarquable aussi pour la conservation de la maison elle-même, puisque les maisons médiévales conservées ne sont pas si courantes et méritent qu’on en prenne soin.
Cette médaille ne vient pas comme un couronnement, pour marquer l’accomplissement d’une action de protection patrimoniale qui serait achevée. C’est au contraire un stimulant, un encouragement à poursuivre les actions en faveur de nos vieux monuments. Tous ne bénéficient pas de l’exposition médiatique de Notre-Dame de Paris, c’est pourquoi c’est l’engagement local de tous qui permettra leur sauvegarde et leur préservation pour les générations à venir. En saluant l’action de Saint-Antonin-Noble-Val, nous espérons susciter d’autres politiques locales allant dans le même sens.
C’est ainsi que j’ai l’honneur, M. le Maire, de vous remettre au nom de la Société archéologique, cette médaille d’argent qui vient saluer l’engagement et l’action de votre municipalité en faveur du patrimoine. »

Le maire de Saint-Antonin remercie la Société pour cette distinction qui honore la municipalité. Il la reçoit comme la reconnaissance du travail effectué par la commune pour le patrimoine dans son ensemble et souligne l’importance des investissements mobilisés pour la restauration de l’hôtel de ville.
Il dresse ensuite un bref historique de l’acquisition de la maison Muratet. Une société immobilière avait acheté la maison pour y faire des appartements il y a plusieurs années, mais le projet n’avait pas abouti. Le temps passant, l’état de l’édifice s’est dégradé considérablement, ce qui suscitait l’inquiétude de la commune. Cependant, celle-ci ne pouvait émettre d’arrêté de péril, le danger imminent étant avéré pour les intérieurs mais pas pour les élévations extérieures donnant sur la voie publique. La municipalité et les monuments historiques (la maison est classée au titre des monuments historiques par arrêté du 23 novembre 1989) ont été confrontés de concert à une situation financière et juridique complexe. Finalement, la saisie par la banque portant le financement de l’opération immobilière a accéléré la résolution du problème. Une vente aux enchères a eu lieu et la mairie s’est portée acquéreur en exerçant son droit de préemption pour 63 000 euros.
En parallèle, la commune fait réaliser une étude pour établir le projet scientifique et culturel du musée de la ville, jusque-là abrité dans la maison dite « maison romane ». Le projet, en cours de rédaction, inclut la maison Muratet dans le futur espace muséal. Il s’agit d’une démarche longue, qui comprend le déplacement des collections, actuellement inventoriées et conditionnées dans l’attente de leur redéploiement.
Actuellement, des travaux pour établir un cheminement mis en sécurité, afin que les entreprises puissent travailler dans la maison, sont menés sous la houlette de Pierre Yves Caillault, architecte en chef des monuments historiques. Dans quelques mois les travaux pourront débuter, avec la perspective de l’intégration de la maison restaurée dans l’espace muséal défini par le projet scientifique et culturel en cours.
Le maire souligne enfin la cohérence de l’action de la municipalité. La Ville de Saint-Antonin porte en effet un projet de Site Patrimonial Remarquable avec les communes de Bruniquel, Montricoux, Caylus, Saint-Antonin, et Penne dans le Tarn. Dans ce cadre, le centre de Saint-Antonin est appelé à faire l’objet d’un Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur dans les prochaines années.

L’après-midi est consacré à une visite de la maison du n° 6 rue Cayssac ainsi qu’à une rapide découverte de la ville.
La maison du n° 6 rue Cayssac est présentée par son propriétaire, M. Le Maréchal, ainsi que par Alexia Aleyrangues, chargée d’étude de la mission d’inventaire du patrimoine du Pays Midi-Quercy. Outre la notice réalisée dans le cadre de l’inventaire général, la maison a fait l’objet d’une étude effectuée par les étudiants de l’école de Chaillot à l’occasion d’un séminaire de terrain en 2011 et publiée dans le Congrès archéologique de Tarn-et-Garonne en 2014.
La maison est implantée en cœur d’îlot et ses façades sont enchâssées dans un tissu très dense. Le commanditaire en est peut-être Guillaume de Laporte, mentionné dans un acte de 1272. Cette date est cohérente avec les décors observés, ainsi qu’avec l’étude dendrochronologique qui a conclu à une date d’abattage à peu près similaire pour les différents bois analysés, aux environs de 1265-1270.
La maison est remarquable par l’exceptionnel état de conservation de ses structures et de ses décors médiévaux, elle n’a subi que peu de modifications après la fin du Moyen Âge. Elle possédait au moins neuf fenêtres géminées : deux sont intactes, mais les traces des autres sont incontestables. Les deux chapiteaux en place présentent des décors de feuillages naturalistes disposés en deux couronnes sur un tailloir élancé. Ses dispositions intérieures sont largement conservées : les aménagements muraux, dont des latrines aux deux étages, ménagées dans le passage entre deux corps de bâtiments ; les enduits peints aux motifs de faux appareil et de faux marbre du XIIIe siècle ainsi que des enduits à faux appareil de la fin du Moyen Âge, et enfin une partie des planchers ainsi qu’une cloison en pan-de-bois du XIIIe siècle, datés par dendrochronologie. Des vestiges de sa couverture initiale en lauzes de calcaire sont également encore en place au sommet de l’élévation sud.

La visite de Saint-Antonin permet ensuite de découvrir quelques-uns de ses édifices les plus significatifs. La ville est un exceptionnel conservatoire de maisons médiévales, comme le rappelait Pierre Garrigou Grandchamp dans sa présentation pour le congrès de la Société française d’archéologie (voir Congrès archéologique de Tarn-et-Garonne, 2014). Il ainsi dénombré 150 maisons antérieures à la guerre de Cent ans.
L’attention se porte en premier lieu sur les maisons du XIIe siècle. Il est rappelé qu’à cette période la ville semble déjà constituée autour de l’abbaye bénédictine fondée au IXe siècle au confluent de l’Aveyron et de la Bonnette. Un acte de partage de la vicomté de Saint-Antonin de 1155 en donne les grands contours et en cite les principaux éléments constitutifs.

L’étude de la maison dite « maison romane », par Maurice Scellès (voir en dernier lieu la publication en ligne de sa conférence donnée pour la Société des amis du vieux Saint-antonin en 2018 : http://savsa.net/wp-content/uploads/2019/01/Maison_romane_bulletin-2018.pdf), a permis notamment d’en situer la construction vers 1150. Maison de justice avant de devenir maison consulaire, remarquable par la qualité de sa sculpture et la cohérence du programme iconographique, par les bacini incrustés dans sa façade et ses colonnettes de bronze… elle constitue aussi un jalon important pour la datation de maisons dont la mise en œuvre est semblable à celle de son élévation arrière, avec arc monolithes et en moellons équarris tandis que la façade sur la place est en pierre de taille.
Pierre Garrigou Grandchamp signale que les maisons ainsi datées du XIIe siècle sont au nombre de six actuellement. Elles sont caractérisées principalement par leurs ouvertures, fenêtres et arcades, couvertes d’arcs monolithes en plein-cintre. La maison située à l’angle de la rue Cayssac et de la rue du Pont-de-l’Aveyron a particulièrement retenu l’attention par la présence en rez-de-chaussée d’une ouverture bouchée qui semble avoir été une fenêtre géminée et dont la présence à ce niveau sur rue interroge.
Rue Guilhem-Peyre, l’observation des maisons des n° 14 et 16 est l’occasion de présenter les grandes lignes de l’architecture civile de Saint-Antonin au XIIIe siècle : des élévations à deux étages, plus un comble ouvert le plus souvent postérieur, des façades en moyen ou grand appareil de pierre de taille, percées de grandes arcades brisées au rez-de-chaussée et de fenêtres géminées à oculi sur cordons régnants aux étages, avec des portes-bannes à anneaux parfois conservés. Les modifications les plus couramment apportées à la fin du Moyen Âge sont l’introduction de l’escalier en vis derrière une porte en neuve en façade et la transformation des fenêtres géminées en fenêtres à croisée en conservant les modénatures des premières.
La déambulation dans la ville permet ensuite d’observer les deux seules maisons pourvues de fenêtres à réseaux sur la place de la Halle, à l’entrée de la rue de la Porte-Rodanèze et de s’interroger sur l’absence d’architecture du XIVe siècle à Saint-Antonin.

Devant le 6 de la rue de la Pélisserie, Alexia Aleyrangues explique que c’est à la suite de la demande de l’architecte des bâtiments de France, qui souhaitait avoir des précisions sur le dessin des arcades disparues du rez-de-chaussée, qu’une rapide étude en a été faite, en moins d’une journée. Toutes les divisions intérieures et les enduits avaient d’ores et déjà disparus, néanmoins la plupart des éléments du XIIIe siècle ont pu être restitués. Des dessins ont ensuite été produits par le service de l’UDAP afin de procéder à leur localisation. Le plus souvent, c’est à l’occasion de l’examen des projets de travaux présentés par les propriétaires que des observations ponctuelles, limitées à quelques photographies et à l’ouverture d’une notice inventaire, peuvent être faites. Il faut en outre rappeler que le service du patrimoine du Pays Midi-Quercy assure le même suivi à Caylus, Puylaroque, Bruniquel, Caussade, etc. Plusieurs personnes se demandent si ces bourgs qui possèdent un patrimoine architectural aussi riche et semblable n’auraient pas intérêt à se doter d’un service commun, la mutualisation des moyens leur permettant de disposer de personnels à même de conduire des études archéologiques et de mettre les résultats de leurs investigations à disposition du public.

Rue Droite, un exemple de maison avec une façade en pan-de-bois est présenté par Anne-Laure Napoléone. Très comparable à une maison de La Canourgue en Lozère, la structure de la façade est faite de poteaux formant les encadrements des fenêtres à croisées et portant chacun une des solives de plancher de l’étage supérieur. A.-L. Napoléone souligne cette particularité qui suppose que la façade n’était pas montée au sol, comme cela est souvent le cas pour le pan-de-bois, mais directement en élévation.
L’observation des plusieurs maisons comportant des modillons romans en façade a fait naître une nouvelle hypothèse. Pierre Garrigou Grandchamp a exposé que les modillons de la façade de la maison n° 56 rue Droite sont en remploi, mais qu’ils seraient vraisemblablement dans leur emplacement initial au-dessus du premier étage, à porter l’encorbellement d’un étage en pan-de-bois, comme sur la maison n°1 place de Payrols. Cependant, après avoir fait un rapide inventaire des modillons romans visibles depuis la voie publique et remployés dans les façades des maisons, Daniel Cazes, qui souligne la qualité de leur sculpture, propose d’y voir plutôt les vestiges en remploi d’un portail roman de l’abbatiale. Il suggère qu’une étude complète des modillons soit réalisée, en établissant des parallèles avec les collections lapidaires du musée, pour examiner plus avant cette hypothèse.

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