Société Archéologique  du Midi de la France
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Séance du 8 mars 2022

Séance privée
separateur

Communication d’Emmanuel Garland et Jean Marc Stouffs : Les peintures d’Eget

Le décor de l’abside de l’église d’Eget (Hautes-Pyrénées, commune d’Aragnouet), dont nous avons présenté la découverte en janvier 2018 a fait l’objet depuis lors d’une grande campagne de restauration que Jean-Marc Stouffs vient de mener à bien. Il a ainsi mis au jour plusieurs décors peints partiellement superposés dont le plus ancien, de style roman, se révèle de grande qualité, mais incomplet. Un casse-tête pour le restaurateur qui a dû faire des choix délicats. Un casse-tête également pour l’historien de l’art car si ces décors enrichissent singulièrement notre connaissance de la peinture murale dans les églises de la vallée d’Aure, ils soulèvent également encore beaucoup de question.


Présents : Mme Czerniak Présidente, MM. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjointe ; Mmes Bessis, Cazes, Fournié ; MM. Cazes, Garland, Garrigou Grandchamp, Lassure, Peyrusse, Sournia, Stouffs, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Ledru, Machabert, Rolland ; MM. Kérambloch, Mattalia, Rigault, membres correspondants.

Excusés : Mmes Balty, Caucanas, Jaoul, Pradalier, MM. Balty, Tollon.

Après avoir ouvert la séance, la Présidente annonce qu’elle a contacté Xavier Lhermite, responsable des fouilles du parking du boulevard Armand Duportal, qui l’a informée que les fouilles dureraient jusqu’au mois de mai. Elle lui a fait part de notre souhait de visiter le chantier. Celui-ci a répondu favorablement ; il est cependant en attente de nouvelles d’une organisation en liaison avec l’université de Toulouse Capitole – aménageur des travaux –, à laquelle il a demandé d’organiser des journées portes ouvertes. Celles-ci se dérouleront vraisemblablement un samedi. Nous sommes donc en attente d’informations supplémentaires.
Elle fait circuler ensuite : un bon d’annonce de publication d’un ouvrage de Jean-Michel Lassure, Potiers et poteries du groupe de Cox (Haute-Garonne), volume I. Deuxième moitié du XVIe siècle-début du XVIIIe siècle, 408 pages ; un ouvrage offert à la bibliothèque par notre Trésorier : Rabastens, son histoire, son patrimoine écrit par Daniel Brouzes, édité dans Les veillées rabastinoises ; un livre offert par Pierre Garrigou Grandchamp : Gilles Bresson, Monastères de Grandmont. Elle remercie nos confrères pour ces dons généreux.
Elle nous informe ensuite que la commission s’est réunie le 24 février pour décerner les prix aux ouvrages reçus. Elle soumet le classement à l’ensemble des membres de la société.

1.- MAXIME Gazaud, Le premier siège de Toulouse (1211). Début de l’affrontement entre le Lion et la Croix, UT2J, master 2.
2.- Jules Masson Mourey, Images du corps en Méditerranée occidentale : les stèles anthropomorphes néolithiques du Sud-Est de la France (Ve - IIIe millénaire), thèse de Doctorat soutenue à l’Université d’Aix-Marseille.
3.- Valentine Bacconnier, L’église Saint-Andéol de Bourg-Saint-Andéol en Ardèche (07), Master 1 soutenu à l’université de Montpellier 3.
4.- Quentin Sintès, La submersion des vignes et la trajectoire de la monoculture viticole pendant la crise du phylloxéra dans les Pyrénées-Orientales (1871-1885), master à l’Institut d’études politiques de Paris.
5.- Coline Polo, Les résidences aristocratiques dans le Comtat Venaissin, XIVe, XVe siècles, université d’Avignon.
6.- Marion Ortiz, Les plafonds peints du château de Pomas (Aude), mémoire de master II, UT2J.

Les deux premiers recevront un prix et les quatre autres une médaille.
Le classement et l’attribution des prix et des médailles ont été votés à l’unanimité. Virginie Czerniak fait remarquer qu’une médaille peut avoir son poids dans le CV d’un étudiant et c’est dans l’immédiat un encouragement à poursuivre.
Par ailleurs, notre trésorier nous informe que le prix d’une médaille est de 100 euros. Le prix de l’argent et de la frappe à Paris ayant été multiplié par trois ces dernières années, ce n’est donc pas un prix négligeable.

La Présidente donne la parole à Emmanuel Garland pour un hommage à Gérard Rivère, décédé le 15 janvier dernier.

Hommage à Gérard Rivère (1947-2022)
Évoquer la vie de Gérard Rivère est tâche ingrate. Car comment résumer l’action, la détermination, la soif de justice et le sens du bien public (au risque de bousculer parfois les institutions, lui qui était huissier de justice), et plus encore peut-être le Commingeois amoureux de son pays et de son patrimoine ? Toujours pour le bien commun. Jamais pour en tirer gloire ou profit personnel.
Évoquer la vie de Gérard Rivère, c’est évoquer
- le serrurier saint-gaudinois, fils d’un artisan du fer,
- le coacquéreur d’un restaurant toulousain rapidement transformé en café-théâtre,
- le co-fondateur des Amis de la collégiale de Saint-Gaudens en 1979,
- le co-fondateur des Amis de Bonnefont en 1983,
- le co-fondateur de la revue éphémère Relief,
- l’inventeur du cloître de la collégiale de Saint-Gaudens,
- l’artisan de la recréation de son carillon, riche de 36 cloches,
- le président de la Société des Études du Comminges de 1993 à 1998,
- l’artisan du remontage in situ de la façade de la salle capitulaire de Bonnefont, etc.
J’en passe pour ne pas finir de vous lasser. Car la liste de ses actions est bien plus longue que celle de ses écrits, réduite à un ouvrage et moins d’une vingtaine d’articles, mais ô combien essentiels : la plaquette sur la collégiale de Saint-Gaudens éditée par la collection Zodiaque (et qui restitue la place de celle-ci dans le concert des réalisations majeures de l’époque romane) ; et sa série d’articles sur le cloître de la collégiale, acte fondateur qui fit sortir celui-ci de l’oubli, et lui fit traverser l’Atlantique à la recherche des vestiges dispersés.
Maître Rivère était avant tout un homme de conviction, d’action et de réseau. Le plus souvent dans l’ombre, mais n’hésitant pas à s’exposer lorsque nécessaire, à solliciter les uns ou les autres, toujours pour la bonne cause : celle de la défense du patrimoine commingeois, saint-gaudinois en particulier. Expert à ouvrir une porte fermée à clef, au propre comme au figuré, à débroussailler archives ou terrains envahis, tel le théâtre antique de Saint-Bertrand-de-Comminges, à lessiver nuitamment les chapiteaux de la collégiale de Saint-Gaudens pour en faire disparaître l’épais badigeon qui les défigurait, il se mettait en retrait quand il fallait rédiger un article, préférant laisser à d’autres, qu’il estimait plus légitimes (à tort, car un diplôme n’a jamais garanti la compétence ni le talent) le soin de faire connaître ses trouvailles. C’est ainsi qu’il vint me chercher pour co-rédiger avec Nelly Pousthomis l’article sur la collégiale de Saint-Gaudens dans les Actes du Congrès de la Société Française d’Archéologie de 1998 en Pays toulousain.
Gérard Rivère, Maître Gérard Rivère, savait mobiliser ses amis, son réseau, pour faire avancer ses causes. Vous me permettrez de garder mes souvenirs personnels pour moi, mais je terminerai en rappelant que si je suis devant vous ce soir, à évoquer sa mémoire, c’est à lui que je le dois. Gérard estimait en effet qu’il était indispensable que le Comminges soit représenté au sein de la Société archéologique du Midi de la France, mais il ne s’en estimait pas suffisamment légitime. Il me poussa à demander à vous rejoindre.
Pour tout cela, pour son humour quelquefois surprenant, et pour bien d’autres choses, merci Gérard.

Virginie Czerniak remercie notre confrère et lui propose, ainsi qu’à Jean-Marc Stouffs, de prendre la parole pour la communication du jour : L’église d’Eget et son décor peint .

La Présidente remercie les communicants pour cette présentation très intéressante qui pourrait constituer un excellent cas d’étude pour les étudiants. Il montre en effet la difficulté à travailler sur la peinture murale lorsque plusieurs couches picturales sont superposées. Elle s’étonne cependant que notre confrère ne se soit pas franchement positionné sur la datation. Emmanuel Garland répond qu’il avait proposé, en 2018, de dater l’ensemble du milieu du XIIIe siècle en référence notamment au devant d’autel de Cardet, et d’autres devants d’autels encore, qui sont en général très tardifs. Il maintient, au vu d’éléments stylistiques, une période avancée pour la réalisation de ces peintures. Malheureusement, il y a peu d’éléments de comparaison dans les Pyrénées pour cette époque-là. Qu’en est-il au-delà des Pyrénées ? demande Virginie Czerniak. Rien de très évocateur non plus répond notre confrère. Pour la Présidente, certains éléments pourraient indiquer la fin du XIIe siècle, comme les plis en queue d’aronde, le pied des archanges que l’on trouve traité de la sorte dès le début du XIIe siècle (Rocamadour), mais aussi jusqu’à la fin du XIIe siècle (feuillets d’enluminure clunisienne), mais on ne peut exclure en effet la première moitié du XIIIe siècle. Les éléments retenus par notre confrère sont le décor de l’arbre, le lion (dont la représentation ne trouve aucun écho dans la région) et le rinceau de la frise supérieure. S’agissant du cul-de-four, reprend la Présidente, pourquoi ne pas imaginer que les pieds, que l’on voit au-dessus de l’ange thuriféraire, ne soient non pas les pieds de l’Homme de saint Matthieu, mais plutôt ceux d’un autre ange ? Ainsi les symboles des autres évangélistes seraient sur les côtés. Notre confrère acquiesce : pour lui, il est clair que tout le cul-de-four était entièrement peint. Cependant, il n’a rien trouvé de semblable et les vestiges du Christ en majesté indiquent qu’il n’en occupait qu’une petite partie. Ce n’est pas une mandorle mais une gloire circulaire fait remarquer Virginie Czerniak. Jean-Marc Stouffs attire notre attention sur le fait que le saint Luc se trouve au même niveau que le taureau mais à droite, là où se trouve la trace d’un sabot. L’aigle et l’Homme ont pu donc se trouver de l’autre côté et des anges ont pu occuper la partie supérieure reprend la Présidente. Par ailleurs, si l’on date la peinture du milieu du XIIIe siècle, on doit noter de fortes réminiscences du style du XIIe siècle. Pour notre confrère, il est difficile d’imaginer un tel décor avant l’extrême fin du XIIe siècle. On s’accorde par ailleurs sur la pertinence des comparaisons avec l’église de Bourisp pour le motif des fleurs de lys et le traitement de l’archange saint Michel. Puis, s’adressant à Jean-Marc Stouffs, Virginie Czerniak demande si le fond blanc correspond à l’enduit de réserve. Ce fond est celui sur lequel a été fait la peinture, répond notre confrère, il s’agit d’un badigeon qui a été passé sur l’enduit frais et il n’y a pas eu de couleurs intermédiaires.
Bernard Sournia demande ce qu’il est advenu du retable. Emmanuel Garland répond que le retable du XVIIIe siècle a été restauré et comme l’église a été agrandie au XIXe siècle, on a pu le disposer non loin du chœur. Louis Peyrusse félicite nos confrères pour l’étude et la restauration, et note que ces peintures ont été effectuées par de bons peintres et le saint Michel est remarquable. Ne peut-on pas imaginer d’enlever et de déposer les couches picturales postérieures pour mettre en valeur ce premier décor ? Jean-Marc Stouffs répond que l’opération est très incertaine et, par ailleurs, on ne sait pas ce que l’on va trouver dessous. En revoyant la photographie du Christ, notre confrère nous montre deux taches colorées avec une petite dépression par-dessus laquelle passe un enduit. En faisant des sondages plus loin, il a pu constater l’arrêt de cet enduit ce qui trahissait très vraisemblablement une reprise de maçonnerie de la voûte. Du côté de la fleur de lys en revanche, l’enduit médiéval semble conservé. Le saint Michel a été peint au-dessus d’une ancienne ouverture donc on est sûr qu’il ne recouvre rien, de même pour les fleurs de lys à côté desquelles l’enduit médiéval s’interrompt. La dépose des enduits récents ne permettrait donc pas de découvrir des plages importantes de peinture médiévale ; de plus, une telle opération est déontologiquement déconseillée aujourd’hui. Enfin, ce serait un travail énorme et coûteux. Emmanuel Garland demande si des sondages ont été faits dans la partie supérieure, sous les enduits modernes. Au niveau de la mandorle, répond Jean-Marc Stouffs, on a pu isoler une couche qui n’est ni celle du Moyen Âge, ni celle du XVIe siècle, mais les recherches n’ont pas été poussées au-delà. Par ailleurs de très nombreuses consolidations ont été nécessaires au niveau de la voûte ; le mieux pour les peintures qui la recouvre est sans doute de ne plus y toucher.
Daniel Cazes remercie nos confrères pour leur présentation et cette belle découverte qui vient enrichir, après Ourjout, le corpus des peintures romanes des Pyrénées. Pour sa part en effet, ces peintures sont « romanes », bien qu’il reste très difficile de déterminer la part de l’archaïsme. Il verrait une date plus haute que celle proposée, qui resterait dans le XIIe siècle, pour des raisons iconographiques et plastiques. Il évoque le trône architecturé du Christ en majesté, motif ancien qui renvoit à la Jérusalem céleste, une certaine schématisation des visages qui ramène à la peinture romane classique catalane avec ces bichromies aux tonalités très franches. Il y a aussi des caractères byzantinisants dans la draperie et les voiles des femmes. Cela correspondrait selon lui au premier courant byzantinisant de la sculpture romane et non à celui des années 1200 qui est beaucoup plus complexe et raffiné dans les tons et les teintes ainsi que dans les détails des tissus des draperies. Il reconnaît cependant que la part de l’archaïsme reste à définir. Il lui semble que dans les devants d’autels plus tardifs, on est en présence d’un art plus raffiné et plus précis que dans ces peintures. Pour la datation, on pourrait penser par ailleurs à utiliser le mobilier – le lit de la Vierge est en effet très curieux –, ou le costume – le bonnet du saint Joseph a une forme très particulière. Des comparaisons pourraient aider à mieux situer l’œuvre dans le temps. Emmanuel Garland avoue que plus il cherche des éléments de comparaison plus les choses se compliquent. Par exemple, on retrouve un lit assez proche au portail de Moissac. Par ailleurs, la tige ondulée décorée de palmettes qui court à la base du cul-de-four est un motif qui apparaît à la fin du XIIe siècle et qui connaît un grand succès au XIIIe siècle, notamment dans la sculpture du Val d’Aran. Celui-ci n’a jamais été utilisé dans le décor avant cette période, c’est ce qui le pousse à proposer une datation aussi tardive. Il faut savoir enfin qu’Eget est un village important au Moyen Âge – c’est le village maître jusqu’à la Révolution –, un élément important à prendre en compte.
Pourquoi aller vers le XIIIe siècle ? demande Louis Peyrusse. Il apparaît clairement que l’on a affaire à un véritable artiste qui ne se contente pas de copier des systèmes, quand on voit le mouvement des plis de l’habit de Joseph, il semble que l’on est dans le monde de la création romane et pas de l’imagerie post-romane.
Quitterie Cazes remercie également les conférenciers pour leur présentation et leurs photographies. Sur le problème de la datation, notre consœur est frappée par cette manière de traiter les carnations et d’effectuer les ombres sur les visages avec un procédé typiquement roman. Le fond blanc par ailleurs, comme cela a été souligné, est très rare à cette époque. On sent cependant que l’artiste est pétri de ces conventions romanes, il en a la culture et la pratique. Il peint d’une manière active, les motifs ne sont pas des modèles réitérés (la bouche, les triangles sur les joues…). Pour elle, on est dans le monde roman, au XIIe siècle. Emmanuel Garland fait remarquer qu’il a toujours utilisé le mot « roman » pour qualifier ces peintures, mais qu’il n’arrive pas à les situer vraiment car il y a beaucoup de petites contradictions. Peut-on imaginer un peintre qui vient d’ailleurs ? On note cependant qu’il y a un enracinement très clair au niveau de représentation de l’Annonce aux bergers qui est vraiment une scène pastorale « naturaliste » (le joueur de flutiau, les animaux, et d’autres détails), notamment si on la compare à celle représentée au Panthéon des rois de Léon.
Pierre Garrigou Grandchamp remarque que l’orateur a montré beaucoup de panneaux provenant de Catalogne et demande si des analyses de dendrochronologie ont été effectuées sur ceux-ci. Il rappelle que les prélèvements effectués sur les plus beaux meubles romans de Valère (Suisse) ont suscité une grande surprise puisqu’ils sont tous du début du XIIIe siècle. Il pense qu’en l’absence d’une datation absolue, il reste difficile de proposer une datation plus précise qu’à 50 ans près pour cette époque. Emmanuel Garland sait que des recherches de datation par dendrochronologie sont en cours mais il n’y a pas de courbe de référence précise pour les Pyrénées pour cette période-là ; les laboratoires sont actuellement à la recherche de vieux bois datés pour établir cette courbe. Celle-ci permettra, en outre, de dater la superbe charpente conservée à l’abbaye de Bonnefont.
Jérôme Kérambloch demande si le geste de l’âne tirant la couverture de l’Enfant Jésus trouve des comparaisons. Une fois de plus, répond Emmanuel Garland, ce geste est surtout fréquent au XIIIe siècle, donc a-t-on un peintre en avance sur son temps ? Ce qui est possible puisque c’est un très bon peintre. La question reste ouverte.
Louis Peyrusse pense que la seule idée qu’il faut garder c’est que l’on est dans la création romane et pas dans la duplication de schémas déjà établis. Cela n’empêche pas bien sûr qu’elle ait pu être produite au XIIIe siècle.
La Présidente demande à Jean-Marc Stouffs si l’analyse technique de la peinture n’a pas donné des pistes. Notre confrère confirme que celle-ci a montré une très bonne technique, très bien maîtrisée. Quant au problème, souvent soulevé, de savoir s’il s’agit de fresque ou pas, il pense qu’à partir du moment où l’artiste a compté sur la carbonatation de la chaux pour fixer ses pigments en tout ou en partie, on peut alors parler de fresque. Ensuite, il est fort possible que des rajouts aient été faits à sec ; ils auront sans doute en partie disparu. On a pu noter par ailleurs que l’enduit était particulièrement chaotique au niveau de la fenêtre. En effet, il n’a pas été aussi bien lissé qu’ailleurs, mais ici, il a été vu en éclairage rasant. En utilisant le même processus sur le reste du mur, on pourrait avoir des surprises car l’enduit n’est pas parfaitement étalé, ce qui est une caractéristique courante. Celle-ci supporte malgré tout une exception à Ourjout où l’enduit est parfaitement lissé. Ailleurs, on peut noter que l’enduit est chaotique, il suit les aspérités du mur, puis il est recouvert d’un badigeon. Dans la fenêtre, on observe les stries du large pinceau qui a servi au badigeonnage. Le travail qui a été fait ensuite est en partie calcifié, c’est une peinture très résistante, ce qui a permis un nettoyage au carbonate d’ammonium. Le peintre avait donc une très bonne technique et une grande rapidité d’exécution (il avait son schéma en tête), il œuvrait dans l’enduit frais jusqu’à la fin. Il faut par ailleurs contextualiser le travail : l’enduit pouvait rester frais plus longtemps ainsi qu’à Ourjout, grâce au climat. Par ailleurs, les joints sur ce type d’enduits restent difficiles à voir (contrairement à Ourjout). Enfin, le travail du motif du rocher fait remarquer notre confrère est extraordinaire et unique, c’est un travail d’abstraction et de géométrisation tout à fait étonnant.
Émeric Rigault demande quelle est l’histoire de l’église, son statut et son vocable et si ces informations ne pourraient pas aider à mieux contextualiser ces peintures. En aucune façon répond Emmanuel Garland ; l’église est de nos jours sous le vocable moderne de Saint-Pierre-aux-liens, on ne sait rien de son vocable du XIIe siècle et enfin, les vestiges médiévaux se résument à ce bout d’abside. Il n’y a malheureusement que très peu d’archives dans la vallée d’Aure. Les seuls éléments historiques notables sont l’importance du bourg au Moyen Âge et la proximité du pont d’Aragnouet et des Hospitaliers, sachant qu’Aragnouet dépendait d’Eget. Aussi loin que l’on puisse remonter, c’était une communauté de communes avec deux consuls.
Revenant sur les aspects techniques, Jean-Marc Stouffs tient à souligner que si la peinture a été faite sur enduit frais, des adjonctions ont pu être faites dans la couche picturale, ce que l’analyse ne permet quasiment pas de voir, surtout quand il s’agit d’œuvres aussi anciennes. Cependant, il peut y avoir des adjonctions d’œuf ou de caséine qui vont donner une très bonne solidité à la couche picturale (cf. peintures sur badigeon à la caséine appliqué à même la pierre de la chapelle axiale de la cathédrale de Narbonne et de la cathédrale d’Angers).

La Présidente remercie nos confrères pour cette belle communication.
Au titre des questions diverses, Jérôme Kérambloch s’intéresse au pieu qui nous a été donné et le lieu où il a été trouvé.

Étude du pieu à sabot ferré donné à la Société archéologique par Mme Jover, récupéré il y a une trentaine d’années dans le lit de l’Ariège.
L’objet est assez commun, vous le voyez ici. Il se présente sous la forme d’un vestige de pieu, dont rien ne permet de juger de la longueur initiale. Il est très abimé par l’érosion et la plus large section qu’il présente encore mesure 16 cm. La longueur totale de l’objet est de 60,5 cm, pour un poids de 4,5 kg. L’extrémité est renforcée par un sabot métallique de 30,5 cm de long, constitué d’une pointe de 11 cm et de quatre ailettes de fixation de 19,5 cm, maintenues chacune par trois clous de section carrée, dont la plupart sont encore en place. Il s’agit bien entendu d’un objet très courant dans nos rivières, que l’on retrouve dans toutes sortes d’aménagements en milieu aquatique comme les fondations de bâtiments ou de ponts, mais surtout dans les nombreux pontons, débarcadères, chaussées et autres passes-lit qui jalonnaient autrefois les cours d’eau du territoire. Les prospections menées depuis quelques années par les groupes Archéo-Garonne le long du fleuve, depuis les frontières du Val d’Aran jusqu’à la confluence du Tarn, ont révélé d’innombrables pieux semblables encore en place dans le lit du fleuve. Sur certains sites on peut en dénombrer plus de cent. Ces objets ont été utilisés depuis au moins le Moyen Âge et encore au tout début du 20e siècle, dans des formes et des techniques qui ont assez peu varié, mais avec semble-t-il toutefois des particularismes régionaux dans la forme des sabots, et il est donc très difficile de les dater. Pour celui que nous avons sous les yeux, disons tout de même que sa corrosion peu avancée n’incite pas à première vue à le croire très ancien. Comparons-le à trois pieux semblables conservés au musée du Vieux-Toulouse. Les deux premiers ont été récupérés en 1984, par l’intermédiaire de Gérard Villeval et Jean-Pierre Suzzoni, lors de travaux de réparations sur la chaussée des anciens moulins du Château-Narbonnais. Ils mesurent respectivement 2m et 2m20 de long, pour une section de 20 cm. Leur dossier d’œuvre indique une datation au 18e siècle, qui reste néanmoins hypothétique. On est frappé par le relativement bon état de conservation de ces objets et on remarque que leur pointe ferrée est presque identique à celle du pieu que nous avons ici. Je n’ai pas pu comparer les dimensions de ces pointes, car les objets, que vous voyez ici photographiés en 2007, sont depuis difficilement accessibles et il faut notamment déplaces plusieurs objets très lourds avant d’y accéder. Le troisième pieu a été donné au musée en 1960 par monsieur Lucien Babonneau, ingénieur de l’EDF, et provient lui de la chaussée du Bazacle. D’une taille conséquente, il mesure 1m54 de longueur, pour une section de 26 cm et un poids de 24kg. Ici aussi le dossier d’œuvre indique une datation au XVIIIe siècle assortie d’un point d’interrogation, mais on remarque aisément que cet objet est beaucoup plus érodé que les précédents et que sa pointe est nettement plus corrodée, indices probables d’une immersion beaucoup plus longue de cet objet. Ici encore le sabot métallique est tout à fait comparable à celui du pieu qui nous occupe, y compris dans ses dimensions puisqu’il mesure, pour le pieu du Bazacle, 27 cm de long, dont 11 cm pour la seule pointe. La comparaison des deux pointes montre clairement une fois de plus que celle du pieu dont on nous propose le don est finalement assez peu corrodée. On peut enfin aussi faire la comparaison avec ces deux sabots ferrés, aujourd’hui conservés au musée de la Médecine à l’Hôtel-Dieu, et qui proviennent du site de l’hôpital de La Grave, sans que l’on puisse en dire plus. Ils ont été collectés en 2017, sur un tas de gravats dans les sous-sols de la chapelle Saint-Joseph, alors qu’il y avait des travaux de restauration sur le site. Si leur emplacement d’origine exact n’est pas connu, ce qui est intéressant ici c’est de constater leur forme très proche de celle de notre pieu et leur très forte corrosion. Ceci nous amène à la question cruciale du lieu et des circonstances de la découverte de cet objet il y a une trentaine d’années. C’était les informations que j’attendais encore la semaine dernière et je remercie la donatrice d’avoir eu la patience de rassembler ses souvenirs sur ce sujet. L’objet a donc été collecté à la confluence précise de l’Ariège et de la Lèze. Il était alors encore en place, sa pointe fichée dans le sol, et il y avait d’autres pieux semblables autour. L’époux de la donatrice, ingénieur en travaux-publics et intéressé par l’objet, a descellé celui-ci, plutôt facilement, pour le conserver. La confluence de l’Ariège et de la Lèze se fait en rive gauche de la première, entre les communes de Labarthe-sur-Lèze et de Clermont-le-fort, près du lieu-dit « le Massacre », à environ deux cents mètres en aval du pont qui traverse, au moins depuis le début du XXe siècle l’Ariège en direction de Clermont-le-Fort. On remarque aisément que l’Ariège est beaucoup plus large que son tributaire et si la Lèze a autrefois pu être navigable sur certains tronçons de son parcours, elle ne l’était pas sur l’ensemble de celui-ci. Je me suis rendu sur place voici deux semaines et voici comment les lieux se présentent aujourd’hui. Vous avez l’Ariège dans le fond, la Lèze arrivant de la droite et ici la pointe formée par la confluence. On remarque immédiatement cet ancien aménagement fluvial constitué de trois petits ilots maçonnés et séparés de la berge, de manière à former comme un petit canal. Chacun de ces ilots présente une petite structure en briques et blocage de galets et mortier, dont les parties exposées au courant de la rivière ont bien souvent été emportées. Pour l’instant je ne sais pas encore comment interpréter ces structures qui ne semblent pas correspondre à un ancien moulin. Aménagement pour un bac ? Pour la pêche ? D’après la donatrice, notre pieu n’était pas seul lorsqu’il fut ramassé. Il y en avait d’autres autour qui formaient comme les piles d’un petit ponton permettant de traverser la Lèze à son embouchure et de maintenir la continuité d’un chemin de halage sur la rive gauche de l’Ariège. Comme on le voit sur les photos lorsque je me suis rendu sur place il y avait trop d’eau et celle-ci était trop trouble pour pouvoir constater malgré l’exploration que j’ai faite, la présence de pieux ou d’autres structures dans le fond de la rivière. Quoi qu’il en soit de cette structure et de son utilisation, celle-ci n’est cependant pas très ancienne car le plan du cadastre napoléonien de 1808 ne montre absolument aucun aménagement à cet endroit et cela rejoint les considérations émises au début à propos de la corrosion assez faible de l’objet incitant à proposer une datation de celui-ci dans le courant du 19e siècle. On remarque d’ailleurs que la forme de la pointe faite par la confluence des cours d’eau a été modifiée, très certainement justement lors de l’aménagement de ces trois ilots. La partie constituée par la terre ferme proprement dite (c’est-à-dire sans les ilots) est aujourd’hui plus pointue que ce que l’on voit sur ce plan. Il serait certainement facile de savoir quel type d’aménagement occupait autrefois ces lieux en consultant les cadastres plus récents, mais ceux-ci ne sont pas disponibles en ligne (ou je n’ai pas su les trouver) et j’avoue n’avoir guère le temps actuellement de me rendre aux archives départementales pour cela.
Néanmoins, je pense que le don de ce modeste pieu à sabot ferré reste intéressant pour la Société archéologique en ce qu’il garde la mémoire des aménagements nombreux qui existaient autrefois sur l’Ariège ou sur la Garonne. L’avantage de cet objet est que le lieu de sa découverte est précisément situé. Quant à sa datation et son utilisation, si celles-ci restent pour l’instant incertaines, des recherches en archives devraient permettre à l’avenir de répondre assez facilement à ces questions.

Virginie Czerniak remercie notre confrère pour ces nombreux éclaircissements sur cet objet et passe la parole à Guy Ahlsell de Toulza pour évoquer le dossier de l’église de Saint-Amans de Rabastens. Aux dernières nouvelles, l’acquéreur tient toujours à l’achat et à la modification de l’édifice pour y habiter. Celui-ci a participé il y a huit jours à une réunion où étaient également présents : deux agents de l’Inrap, un architecte, la propriétaire, un entrepreneur maçon, dans le cadre de la mise en place de l’échafaudage qui permettra de renforcer les deux angles ouest de l’édifice (notre confrère Olivier Testard avait donné une première expertise). À l’issue de ces travaux de mise en sécurité, le diagnostic archéologique de l’édifice pourra être effectué. Nous avons donc les informations issues des travaux de diagnostic du cimetière dont les vestiges sur mille ans sont remarquablement conservés (dernière sépulture en octobre 1793). La deuxième phase comprenant l’étude du bâtiment et de ses peintures se fera une fois les travaux de consolidation achevés. Nous proposons donc que la Société fasse une seconde demande de classement M.H. du bâtiment à la DRAC. La première demande avait été faite en 2012 lors d’un premier projet d’aménagement ; celui-ci ayant été abandonné, le dossier a été clos. On demande donc la réouverture du dossier pour une protection de l’édifice et de son cimetière.
Guy Ahlsell de Toulza précise que l’Association des amis et riverains de Saint-Amans va faire la même demande.

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