Société Archéologique  du Midi de la France
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Séance du 18 octobre 2022

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Communication courte de Bernard Sournia, Observations sur la nef du cardinal Godin aux Jacobins de Toulouse.

On se propose de revenir sur le chantier des Jacobins et sur le moment où s’effectue la suture entre le chœur neuf et la nef du cardinal Godin vers 1324. Par une série de croquis en perspective axonométrique, l’on essaiera d’expliquer le principe des cloisons ayant permis la continuation de la fonction liturgique pendant la durée du chantier. On observera en particulier une importante déliaison dans les maçonneries au contact des deux étapes d’ouvrage, vestige lié au système de cloison utilisé au cours de cette phase cruciale de l’édification de l’église.

Présents : M. Cabau, Directeur, M. Péligry, Bibliothécaire-archiviste, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire-adjointe ; Mme Jaoul, MM. Garrigou Grandchamp, Macé, Penent, Scellès, Sournia, membres titulaires ; Mmes Dumoulin, Rolland Fabre, M. Kérambloch, membres correspondants.
Excusés : Mme Czerniak, Présidente, M. Ahlsell de Toulza, Trésorier ; Mmes Bessis, Fournié ; MM. Cazes, Garland, Peyrusse.

Le Directeur ouvre la séance en l’absence de notre Présidente qui se trouve actuellement à Paris, au Musée de Cluny, pour l’inauguration de l’exposition Toulouse 1300-1400. L’éclat d’un gothique méridional.

Au titre des questions diverses, notre confrère Laurent Macé demande au Bureau de nommer – dans les convocations envoyées pour les séances–, le candidat qu’il soumet à l’élection des membres, de façon à ce que ceux-ci puissent soutenir (ou pas) cette élection, et que soit ainsi assurée une plus grande transparence de l’information. Il ajoute que cela se fait dans d’autres sociétés savantes, certaines envoyant même le curriculum vitae du candidat aux membres. Maurice Scellès rappelle que les candidatures sont habituellement annoncées en séance, raison pour laquelle l’information n’est pas reprise dans la convocation. En relisant le procès-verbal de la séance précédente, cette annonce peut être retrouvée. Il rappelle également que la candidature doit d’abord être examinée en bureau, puis être proposée à la Société et enfin être soumise à l’élection. Cependant, il est effectivement possible de faire un rappel dans la convocation.

Patrice Cabau donne ensuite la parole à notre Secrétaire-adjointe pour présenter la candidature de M. Jules Masson-Mourey comme membre correspondant de notre Société.

Jeune docteur en Préhistoire associé au Laboratoire Méditerranéen de Préhistoire Europe Afrique de l’Université Aix-Marseille, M. Masson-Mourey est spécialisé dans l’iconographie néolithique, son domaine de recherche s’applique plus généralement à l’archéologie des images.
Lauréat du prix Ourgaud en 2022, il était présent en mai dernier lors de notre séance publique pour recevoir cette distinction pour sa thèse de doctorat intitulée Images du corps en Méditerranée occidentale : les stèles anthropomorphes néolithiques du sud-est de la France (Ve-IIIe millénaires av. J.-C.), thèse soutenue en novembre 2021 à l’Université d’Aix-Marseille.
Cette synthèse exigeante s’est distinguée par l’approche méthodologique adoptée et l’utilisation d’un principe d’observation numérique novateur (la RTI).
M. Masson-Mourey est familier de notre Société puisque dès 2019 il était entré en contact avec notre Président d’alors, M. Peyrusse, afin d’examiner les stèles anthropomorphes de Frescaty et des Montels. M. Masson-Mourey a ensuite été chargé de rédiger la notice de la stèle des Montels lorsqu’elle fut exposée au Musée national suisse de Zürich pour une grande exposition inaugurée fin 2021 (Menschen .In Stein gemeisselt.), exposition à la préparation de laquelle il avait pris contribué.
Les missions de terrain effectuées par M. Masson-Mourey se sont étendues au cours de ces 10 dernières années des Alpes au Maroc, au Sahara occidental et à l’Égypte. Il a ainsi été responsable scientifique de prospections et relevés de gravures rupestres de plusieurs sites dans les Alpes-Maritimes, notamment dans la Vallée des Merveilles, dans le Var à Porquerolles ou encore dans le Vaucluse à Pertuis.
Récemment il a aussi été responsable de l’enregistrement numériques des stèles anthropomorphes du site mégalithique de Saint-Martin-de-Corléans dans la vallée d’Aoste (Italie). M. Masson-Mourey a également collaboré à diverses campagnes de prospections et fouilles, entre autres au Maroc entre 2017 et 2019 sous la direction de Gwenola Grapp, ainsi qu’à Assouan en Égypte.
Les travaux de recherches de M. Masson-Mourey ont fait l’objet de nombreuses publications : chapitres d’ouvrages et articles dans des revues spécialisées et internationales, pour ne citer que quelques titres : Gallia Préhistoire, L’anthropologie, Le Bulletin archéologique de Provence, le Bulletin de la Société préhistorique française, dont il est par ailleurs membre.
Ainsi, les recherches de M. Masson-Mourey déjà distingué ici sont parfaitement en adéquation avec les préoccupations de notre Société et ses travaux s’inscrivent pleinement dans le cadre des activités menées.

Le brillant cursus que l’on vient de résumer brièvement résumé ici confirme l’intérêt de cette candidature au poste de membre-correspondant pour notre Société, qui ne compte à ce jour, malheureusement, que peu de préhistoriens.

Pierre Garrigou Granchamp voudrait connaître le lieu de résidence du candidat. Coralie Machabert répond qu’il habite actuellement à Marseille, en attente de postes ou de missions. Donc, si l’intérêt de la candidature est manifeste sur le plan de la recherche, reprend notre confrère, on ne peut être assuré de sa présence régulière à nos séances. Notre Secrétaire-adjointe déclare que M. Masson-Mourey propose déjà des communications en lien avec le travail de thèse que la Société a primé, mais qu’il est actuellement dans l’incertitude du lieu où ses futurs travaux de recherches le mèneront.
La candidature de Jules Masson-Mourey est donc soumise au vote. Celui-ci est élu à l’unanimité membre correspondant de notre Société.

Notre Directeur signale à l’assemblée un don de Jean Penent à la bibliothèque de la Société, celui d’un ouvrage qu’il a récemment publié, Les peintures du Languedoc au XVIIe siècle (éd. Collegi d’Occitania 2022). Il remercie notre confrère au nom de tous les membres. Jean Penent déclare que, pour réaliser ce travail, il a reçu l’aide du Musée des Augustins et de tous les musées de la région sous forme de photographies gratuites et exemptes de droits. Certains tableaux, sortis de l’oubli et récemment restaurés, n’ont pas encore été présentés au public. L’ouvrage a également bénéficié pour son illustration de l’aide efficace de l’Inventaire de la région Occitanie, au-delà même de son champ d’action.
Pierre Garrigou Grandchamp signale aussi la parution prochaine d’un ouvrage de Quitterie Cazes et Chantal Fraysse, Le cloître et le portail de Moissac, en souscription jusqu’au 18 novembre 2022 au prix de 31,50 euros (éd. Sud-Ouest, 2022).
Maurice Scellès propose de faire l’annonce de ces deux ouvrages sur le site de notre Société et invite les membres à lui transmettre les références de leurs publications – où de celles qui leur ont paru importantes – pour les signaler de la même façon. Il faut alors fournir un texte de présentation et une ou deux planches pour l’illustrer.

Patrice Cabau donne enfin la parole à Bernard Sournia pour une communication courte, Observations sur le chantier de la nef du cardinal Godin à l’église du couvent des Jacobins : nouveaux éléments.
Notre Directeur remercie notre confrère pour cette « relecture » du monument. Il lui demande si le niveau de la naissance de l’arc dont il a été question est bien très au-dessus du sommet des retours que l’on avait conservés de l’ancienne nef. En effet, répond Bernard Sournia, les retours étaient à 13 m, qui est la hauteur des murs gouttereaux du vaisseau de 1230, et la naissance de l’arc s’élève à environ 20 m : les deux retours du vieux vaisseau ont donc bien été augmentés en hauteur comme le suggèrent les pointillés sur le croquis projeté, mais il est vrai qu’aucune vérification archéologique n’est possible sous les enduits. Maurice Scellès note que le ressaut n’est pas lié à la maçonnerie « A », à l’endroit où on peut voir une fissure, et demande si ce ressaut est ancré dans le contrefort, au moins ici ou là, en refouillant la maçonnerie. Bernard Sournia suppose qu’il doit en effet exister quelques éléments de liaison, sur la face latérale du contrefort, mais seule une investigation très rapprochée permettrait de les reconnaître. Il ajoute que l’interprétation du ressaut comme lié à la présence d’une cloison de chantier n’est qu’une tentative, purement hypothétique, d’expliquer une anomalie constructive : l’on adoptera toute autre explication s’il s’en trouve de plus satisfaisante. Cependant, reprend Maurice Scellès, pendant les 28 années qui séparent les deux chantiers, l’ancienne nef est-elle restée debout ? Les comptes signalent-ils sa démolition ? Dans ce cas le problème de l’espace serait sans doute différent, sans que cela invalide l’hypothèse proposée. Bernard Sournia pense que dès que la communauté s’installe dans le chœur, la vieille nef devient inutile et il est probable que l’on commence à la démolir. Patrice Cabau rappelle que l’église des Jacobins sert aussi d’église paroissiale. Bernard Sournia montre les traces de deux piédroits de la porte, dans le mur du chœur, qui permettait l’accès des laïques, ce qui montre que le seul accès extérieur vers cet espace se trouvait là et ce qui atteste bien que le nouveau chœur avait pris le relai de l’ancienne église pour assumer la fonction liturgique. Donc la moitié méridionale du chœur aurait été affectée aux offices paroissiaux demande Patrice Cabau ? C’est l’évidence même pense Bernard Sournia. Il ajoute que le couvent des Jacobins assumait aussi une fonction universitaire : le vieux vaisseau, pendant les vingt-huit années qui précèdent l’édification de la nef, n’aurait-il pas été affecté à cette fonction ? On sait, note Valérie Dumoulin, que des cours avaient lieu dans la salle capitulaire au XIVe siècle. Était-elle déjà bâtie dans l’intervalle de la construction du chœur et de la nef demande Bernard Sournia ? Si ce n’est pas le cas, il devait nécessairement y avoir une salle du chapitre fait remarquer Patrice Cabau. Dès 1229 en effet, reprend Valérie Dumoulin, des cours se tiennent dans le couvent, mais on ne sait pas si l’ancienne église était utilisée pour cette fonction. Ce qui est surprenant, poursuit notre consœur, c’est qu’une nef plus étroite que celle de la première église ait été projetée dès le début. Bernard Sournia a la conviction que le projet d’ensemble de l’église, chœur et nef, est homogène avec une largeur dans œuvre sensiblement moindre que celle du vieux vaisseau de 1230. Hortense Rolland Fabre voudrait revenir sur la cloison que l’on suppose placée derrière la troisième colonne du chœur, avant que l’on construise la nef ; celle-ci était-elle bien adossée à la colonne ? Oui répond Bernard Sournia, elle était accolée à la colonne, sur les deux ressauts dont il a été question et sans doute fixée à ceux-ci par des tenons métalliques. Il renvoie au croquis qu’il avait présenté lors de sa précédente intervention sur le sujet. Hortense Rolland Fabre pense que la présence de cette cloison pourrait expliquer une anomalie : sur les colonnes, une frise a été peinte sous les chapiteaux et sur la troisième colonne, cette frise n’est peinte que du côté est. Bernard Sournia est enchanté de cette forte observation qui va dans le sens de son hypothèse. Cela induit que le chapiteau est pris dans l’épaisseur de la cloison, reprend Maurice Scellès. Pierre Garrigou Grandchamp demande si d’autres exemples de cloisons de chantier sont connus et développés par des publications. Bernard Sournia cite les cloisons des cathédrales de Cologne, de Narbonne et de Beauvais ; des parallèles peuvent également être établis avec la cathédrale de Bourges. On sait qu’il a existé aussi une cloison à la cathédrale de Toulouse devant la nef « raymondine » pendant que l’on construisait le chevet de Bertrand de L’Isle Jourdain. Cependant, aucun texte, aucun auteur n’a décrit le processus. Hortense Rolland Fabre revient encore sur la cloison des Jacobins car sa datation bouleverse celle des peintures ; quand peut-on situer sa mise en place ? Au moment de la consécration, en 1292, la nécessité de fermer cette partie de l’édifice s’impose, répond Bernard Sournia. Martine Jaoul voudrait revenir sur le ressaut et sur l’arc brisé situé au-dessus. S’il repose derrière le contrefort, il n’aura pas la même largeur que s’il repose sur le ressaut, et cela crée donc forcément une dissymétrie et une rupture dans la régularité des arcs. En effet, répond Bernard Sournia, l’arc est plus étroit que les autres d’environ 45 cm, mais cela reste imperceptible. En construisant les deux cintres, on a dû tenir compte de cette différence d’épaisseur. Il y a également un changement de rythme des arcs dans le chevet. Il faudrait cependant pouvoir réfléchir à ce problème sur un relevé précis ; celui-ci est en cours d’élaboration par l’architecte chargé des restaurations. Il faudra donc le consulter.
Patrice Cabau propose de terminer avec quelques images complétant l’exposé qu’il avait fait sur l’aqueduc de Guilheméry lors de la séance du 24 mai dernier. Des éléments nouveaux ont pu être recueillis grâce aux travaux entrepris et avancés dans la région du « Monument aux Morts » (qui doit être déplacé de quelques mètres vers le Grand Rond en juillet prochain) pour la construction de la troisième ligne de métro. Reprenant le tracé de l’aqueduc, il nous montre des vestiges de la galerie en partie effondrée située dans la hauteur de Guilheméry, datée de 1546. Elle fut démolie dans les années 1970 avec la construction d’un égout. Il montre également une photographie qu’il avait pu prendre dans les caves de l’hôtel néoclassique qui s’élève au n° 26 des allées François-Verdier. Les travaux récemment entrepris aux abords, dans l’actuelle rue Sainte-Anne, ont fait apparaître une galerie qui a cessé d’être en fonction à partir des années 1820 puisque l’eau provenait dès lors du nouveau « Château d’eau ». Cette galerie présente les mêmes caractères constructifs que celle repérée sous la rue de l’Aqueduc et sous la place Saint-Étienne. Ces vestiges permettent par ailleurs de préciser le tracé de la conduite, qui restait un peu incertain dans cette zone.
Notre Directeur tient à remercier Laure Krispin, présente lors de la communication, qui lui a signalé les travaux nécessitant la surveillance du Service archéologique de Toulouse-Métropole et qui l’a mis en contact avec l’archéologue en charge de cette mission, Christophe Clamès. Celui-ci lui a communiqué des photographies et l’a informé du suivi du chantier. On s’en était inquiété lors de la communication mais notre confrère a pu constater que le suivi a été fait dans les règles.
Patrice Cabau nous montre enfin un cliché du massif occidental de Saint-Sernin, emballé dans un voile, au-dessus des échafaudages qui l’enveloppent. Il ne connaît pas le projet des travaux qui se préparent ; il avait été question à une époque de réaliser une « création contemporaine » dans la rose. Le Directeur espère que les travaux seront faits avec sens et que les maçonneries resteront « lisibles » après cette intervention. Bernard Sournia demande si la rose est actuellement visible de l’intérieur. Elle reste en effet visible, répond Patrice Cabau, même si les grandes orgues l’occultent un peu. Sera-t-elle garnie de réseaux, demande Maurice Scellès ? On espère bien que non ! Le Directeur rappelle que la porte occidentale était appelée la porte de l’« O » à cause de cette rose vide (munie cependant d’une grille et de verre blanc).
Jean Penent voudrait rappeler que deux peintres importants, Jacques Boulbène et Nicolas Tournier, avaient leur sépulture aux Jacobins, dans la chapelle Saint-Luc, saint patron des peintres. Les sols de l’église ayant été refaits que sont devenues ces tombes ? La légende dit que Maurice Prin avait recueilli pieusement les ossements. Valérie Dumoulin rappelle que tous les os qui ont été récupérés se trouvent actuellement sous la chapelle Saint-Antonin, dans l’ossuaire de la crypte. Ces os sont malheureusement en vrac ; on ne peut donc les attribuer à tel ou tel défunt. C’est Maurice Prin qui les a rassemblés à cet endroit. On a trouvé récemment de petits os sous l’autel majeur, sous la châsse de saint Thomas d’Aquin. Il y a donc encore des interventions à l’intérieur de l’église s’inquiète Patrice Cabau ? Oui, répond Valérie Dumoulin ; on prépare en ce moment l’inhumation de Maurice Prin. S’agit-il de la dernière chapelle du chœur, au Nord, là où se font des fouilles actuellement, demande Bernard Sournia ? En effet, répond Valérie Dumoulin, le dallage a été découpé avec une scieuse et une archéologue va intervenir ensuite ; ce sont la directrice et le directeur adjoint de l’ensemble conventuel des Jacobins qui suivent cette opération.

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