Communication longue d’Émilie Nadal
Le loup dans la librairie. Guglielmo Libri, catalogueur de la bibliothèque de Toulouse (1842)
En 1841, Guglielmo Libri, spécialiste renommé des livres anciens et des imprimés, est nommé inspecteur général des bibliothèques, et visite dans ce cadre la bibliothèque de Toulouse. Il rédige alors un catalogue des manuscrits des bibliothèques publiques de la ville, document inconnu de l’histoire locale et désormais conservé à la BnF, signalé par Delisle en 1888. Seul problème, Guglielmo Libri n’est pas seulement un honorable spécialiste, il est aussi, comme on le découvre plus tard, un voleur compulsif de livres précieux et d’autographes, découpeur professionnel de cahiers, artiste de la fausse provenance et des ex-libris inventés, brouilleur de pistes, acheteur et surtout vendeur qui fait fortune en revendant à prix d’or des livres dérobés dans les collections publiques. Quelles sont les traces de son passage à Toulouse ?
Présents : Mme Czerniak, Présidente, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe, Mmes Ledru, Nadal, MM. Balty, Cazes, Garland, Macé, Mange, Péligry, Peyrusse, Sournia, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Vène, MM. Depeyrot, Foucault, Kerambloch, membres correspondants.
Excusés : Mmes Fournié, Pradalier-Schlumberger ; MM. Garrigou Grandchamp, Pradalier.
Invité : Ewan Hériveau, étudiant en Master 1 en Histoire de l’art contemporain, UT2J.
Après avoir ouvert la nouvelle année académique, la Présidente présente l’invité du jour, Ewan Hériveau, qui, dans le cadre de son master recherche, va travailler sur les collections médiévales de la Société archéologique du Midi de la France.
Virginie Czerniak rappelle ensuite que, mardi 20 octobre à 18h, les membres sont invités à une visite de l’exposition du Musée Saint-Raymond « Gaulois, mais Romains ». Les inscriptions restent ouvertes.
Puis la Présidente revient sur l’entretien qu’elle a eu, le 2 juillet dernier, avec M. Éric Jean-François, conseiller municipal délégué aux musées, monuments historiques et à la culture scientifique. Au cours de cet échange, Virginie Czerniak a présenté notre projet d’exposition pour le Bicentenaire de la Société. L’élu a manifesté son intérêt et assuré la Présidente de son soutien. Afin de lui faire découvrir les activités de la SAMF, il a été invité à assister à l’une de nos séances. Le programme de l’année 2026-2027 lui a ainsi été transmis.
Virginie Czerniak nous informe également qu’une réunion s’est tenue le 28 septembre à l’Hôtel d’Assézat au sujet des « conditions d’usages, de sécurité et de sûreté de l’Hôtel d’Assézat ». En effet, notre salle des séances ne dispose actuellement que d’une seule issue de secours. Selon les normes, la capacité d’accueil réglementaire de la salle est donc limitée à 19 personnes. L’assemblée est souvent plus nombreuse, ce qui pose de graves problèmes de sécurité. Ce problème de jauge est le même pour les autres académies. L’ouverture de la seconde porte présente dans notre salle des séances est sujet à de vives discussions avec la Direction de la Fondation Bemberg depuis plusieurs années. Consciente du problème, la Mairie a organisé une réunion à laquelle participaient : David Madec et Laurence Pradère, de la Direction des Musées de Toulouse, Christophe Gitton, responsable de la sécurité à la Mairie, Bastien Phélipponneau (RUS : responsable unique de sécurité) et Ana Debenedetti, directrice de la Fondation Bemberg. Brigitte Quilhot-Gesseaume étant dans l’impossibilité d’assister à cette réunion, notre Présidente était présente pour représenter l’Union des Académies. Si les échanges ont parfois été tendus, des solutions ont été proposées. Le Directeur des Musées a attesté qu’en cas de problème dans la salle des séances, la responsabilité relèverait de la Mairie et non de la SAMF. Le compte-rendu de la réunion et le « Plan d’action et gouvernance » rédigés à l’issue de la visite circulent parmi les membres. Le déploiement de ce plan est programmé dans le courant de l’année 2027. Les Académies se sont engagées à désigner en leur sein deux référents sécurité. Ces représentants serviront d’interlocuteurs avec le PC sécurité. Un système de sécurité très élaboré va être installé, les portes seront automatisées pour s’ouvrir en cas d’incendie. La Présidente précise que la possibilité d’installer un escalier à l’extérieur est également envisagée. La Société archéologique doit cependant renoncer à l’idée d’accéder à la salle des séances par le grand escalier. Ce compromis apparaît indispensable pour apaiser les tensions et avancer dans ce projet de sécurisation des lieux. Si nous ne coopérons pas, l’accès à la salle pourrait nous être interdit, alerte la Présidente. Notre Trésorier relève que, juridiquement, suivant le testament Ozenne, cet accès ne peut pas nous être interdit. Virginie Czerniak propose que la Présidente et le Directeur soient désignés « représentants sécurité ». Avant et après chaque séance, ils seront chargés de signer un registre auprès du PC sécurité et de récupérer et déposer une clef permettant l’accès aux espaces de secours. Au cours de la visite, il a également été rappelé que les portes coupe-feu devaient impérativement rester fermées, et qu’il est interdit de fumer dans les locaux et dans la cour. Le Trésorier rappelle qu’autrefois les membres se rendaient dans la salle des séances en passant par le grand escalier. Il ajoute que la nouvelle Directrice de la Fondation a bloqué, sans concertation, l’usage de cet accès à son seul profit. Guy Ahlsell de Toulza souligne également que le RUS est employé par la Fondation. Daniel Cazes rappelle que, pendant sa présidence, en début d’année académique une sorte de convention était passée avec Philippe Cros. Le programme des séances lui était communiqué et, lui s’engageait à débloquer la porte permettant l’accès au grand escalier. La circulation de la Fondation n’était pas empêchée. Virginie Czerniak précise que la convention avec la Mairie relative à l’occupation de l’Hôtel d’Assézat va être relue et vérifiée. Les réglementations en termes de sécurité ont en effet évolué et la mise en conformité est une obligation pour la Mairie. Daniel Cazes fait remarquer que les normes de sécurité imposent une limite de 19 personnes si la salle n’a qu’une issue de secours. Si elle dispose de deux portes d’évacuation, le nombre n’est pas limité. Il conclut que le problème de ces dernières années est surtout dans la manière dont nous considère la nouvelle directrice de la Fondation Bemberg. Virginie Czerniak a fait valoir cette ancienne manière de procéder avec l’ancien directeur. Il semblerait que les travaux effectués récemment ont modifié la circulation dans la Fondation et que l’ouverture de la porte bloquerait désormais le passage. Daniel Cazes considère, qu’outre les relations difficiles avec la Directrice de la Fondation Bemberg, du côté des services administratifs de la Mairie la cohabitation entre les Sociétés savantes et la Fondation n’a jamais été acceptée. Il pense que nous avons tort d’abandonner l’accès et la sortie par le grand escalier car, même si la Mairie assume la responsabilité d’un seul accès à notre salle des séances, le risque existe désormais avec le seul passage étroit par la salle de lecture pour les participants aux séances.
Après ces échanges, la Présidente poursuit avec les actualités et nous annonce qu’une journée d’étude transversale du séminaire TERRAE (laboratoires FRAMEPSA et TRACES de l’UT2J), co-organisée par notre consœur Clémentine Stunault-Moncet, se tiendra dans la salle des séances le 21 octobre. Elle a pour thème : « Toulouse dans son environnement : appréhender la vie économique et matérielle d’un socio-écosystème urbain du Moyen Âge à l’époque moderne ». Le programme circule parmi les membres.
La lecture des courriers reçus durant l’été est remise à la séance suivante afin de laisser place à la communication longue du jour proposée par Émilie Nadal et intitulée : « Le loup dans la librairie. Guglielmo Libri, catalogueur de la bibliothèque de Toulouse (1842) ».
La Présidente remercie notre consœur pour l’enquête extraordinaire qu’elle nous a présentée. La découverte de ce chaînon manquant doit être un apport important pour la connaissance de la bibliothèque de Toulouse. La recherche va-t-elle se poursuivre ? demande-t-elle. Magali Vène indique qu’un grand programme de recherche sur Guglielmo Libri va être mené à l’École des Chartes et à la Bnf.
Magali Vène aborde ensuite la piste, non évoquée durant la communication, du recueil canonique d’Albi, plus ancien manuscrit de la bibliothèque de Toulouse (ms. 364), dont neuf feuillets sont actuellement conservés à la Bibliothèque nationale (latin 8901). L’hypothèse d’une intervention de Libri est envisagée, mais il semble que des cahiers avec le même contenu et la même datation se trouvaient déjà à Tours en 1826 (ils sont décrits par Haenel), donc avant le passage de Libri à Toulouse (voir la partie « Historique de la conservation » du ms. 364 dans le Catalogue général des manuscrits en ligne).
Virginie Czerniak demande si la collection Ashburnham est toujours en main privée. Elle a été en partie rachetée par la ville de Florence, explique Émilie Nadal. Des pièces provenant de bibliothèques françaises se trouvent ainsi à la bibliothèque Laurenziana. Par ailleurs, la Bnf en a aussi acheté une partie avec l’aide financière de l’Allemagne, en échange de la récupération du codex Manesse qui lui avait été volé au XVIIe siècle.
Le catalogue de Léopold Delisle correspond donc en partie aux récupérations de la collection de Lord Ashburnham ? demande Magali Vène. Émilie Nadal confirme. Lorsque Delisle commence à accéder aux livres, il peut confirmer les hypothèses qu’il avait formulées à partir de catalogues dont les informations étaient limitées et entretenaient le doute.
Magali Vène ajoute que Libri réalisait lui-même des copies avec un certain talent, comme en témoignent les faux ex-libris montrés par notre consœur.
Magali Vène informe l’assemblée que « L’Évangéliaire de Saint-Sernin » (Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits – Manuscrit. NAL 1203) donné à Napoléon Ier en 1811 et revenu une première fois à Toulouse en 1989 à l’occasion de l’exposition « Patrimoine public et Révolution française : constitution des collections toulousaines » organisée par la Bibliothèque municipale de Toulouse, sera à nouveau exposé au musée Saint-Raymond à l’automne 2027, grâce à un partenariat entre la Ville et la Bnf. L’exposition reviendra sur l’histoire de ce manuscrit.
Quelle est la postérité de Guglielmo Libri en Italie ? demande Laurent Macé. Notre consœur ignore ce qu’il en est aujourd’hui, mais ajoute que ses biographies indiquent, qu’avant même sa disgrâce en France, il a été interdit d’entrer dans les bibliothèques à Florence où ses méthodes et agissements étaient connus.
À ne prendre que des feuillets, ne serait-il pas cleptomane ? suggère Emmanuel Garland. C’est sans doute par discrétion qu’il ciblait des fragments, note Virginie Czerniak. Son système est très organisé. Émilie Nadal complète : Libri est un grand bibliophile et il a ainsi développé un grand talent de faussaire, c’était donc sans doute un jeu pour lui.
Laurent Macé est surpris par le fait qu’il soit parvenu à « abuser » des personnalités telles que François Guizot ou Prosper Mérimée. Le personnage était sans doute brillant, remarque Virginie Czerniak. Émilie Nadal ajoute que Mérimée a même effectué quinze jours de prison pour avoir défendu son ami devant des juges.
Au titre des questions diverses, la Secrétaire générale présente à l’assemblée le dernier volume de nos Mémoires. La Présidente rappelle que nous avions décidé, l’année dernière, de changer d’imprimeur afin de réaliser des économies. Le tome LXXXIV (2024) est donc le premier tiré par ce nouveau prestataire. L’exigence de qualité a été maintenue. Le Trésorier réexpose le contexte de ce changement : il avait reçu une proposition de la part d’un intermédiaire offrant de réduire le coût de la parution de plus de 2000 € avec un engagement de qualité égale. Le seul changement concerne le rabat qui a été remplacé par une couverture plus épaisse. Ce volume a été édité à 300 exemplaires. Lors d’une réunion avec ce nouvel imprimeur le 11 juillet, il a été discuté de réduire le nombre à 250 pour l’année prochaine, cette quantité constitue un palier « basique » pour des tirages et, au-delà, le coût augmente. Or, de nombreux membres ne récupèrent pas leur volume et nos ventes sont limitées. Notre Trésorier détaille : les échanges constituent environ 120 volumes par an, les ventes une quinzaine d’exemplaires ; il reste donc 100 volumes pour les membres, sachant que nous en comptons 106. Ces économies pourraient servir à créer de nouveaux prix ouverts aux étudiants. Les membres sont invités à faire leur retour sur ce nouveau format lors de l’AG annuelle qui se déroulera le 2 février. Louis Peyrusse appuie sur la nécessité de réduire au minimum le tirage papier de nos Mémoires puisque nous déposons à la Bnf un exemplaire numérique. Si notre stock devait être épuisé, l’édition numérique pourrait toujours être communiquée. Laurent Macé suggère de profiter également de ces économies pour publier des numéros hors-séries ou des actes de colloques et autres journées d’étude dans le cadre d’événements organisés en partenariat avec notre Société. Il souligne que dans le contexte budgétaire délicat que rencontre l’Université française – et de son devenir incertain –, il est important que les sociétés savantes telles que la nôtre s’investissent dans le domaine de la publication scientifique de haute qualité.
Daniel Cazes communique ensuite des nouvelles relatives à la boucle du sentier de randonnée Via Garona, qui circule en lisière de nos propriétés de Chiragan. Notre confrère avait rendu les textes et la conception des trois panneaux devant figurer sur notre terrain il y a fort longtemps. La situation s’est finalement débloquée cet été et un graphiste a été désigné : : monsieur Christian Staebler, installé dans le Haut Comminges. Ce dernier a achevé la composition des panneaux. Daniel Cazes pourra nous en montrer des tirages. L’étape suivante est l’impression de ces panneaux d’information, qui mesureront 1, 40 m de longueur sur 60 cm de hauteur. La primauté a été donnée aux plans du site, qui permettront à tous les visiteurs de se repérer quel que soit leur sens de circulation. Notre confrère exprime par ailleurs son inquiétude concernant l’état du chemin. Il échange en ce moment à ce sujet avec la Communauté de Communes et le Département pour que le sentier soit stabilisé et gravillonné et qu’un entretien pérenne en soit assuré. D’autre part, le logo EDF, qui avait été oublié, doit être rajouté. Pour rappel, le sentier traverse une parcelle qui appartient encore à l’entreprise. Faute de signature chez le notaire de notre part, la cession prévue de ce terrain à la SAMF n’avait pu être actée et EDF la refuse aujourd’hui, malgré nos demandes réitérées. Daniel Cazes rappelle enfin qu’il avait demandé à l’ancien maire de Martres-Tolosane que l’inauguration des panneaux soit programmée en 2026, année marquant les 200 ans de la découverte exceptionnelle de sculptures antiques à Chiragan en 1826. Des conférences et visites auraient pu être organisées pour l’occasion. Malheureusement, le nouveau maire semble moins sensible à Chiragan, regrette notre confrère.
