Communication longue d’Etienne Lallau, Le castrum de Saint-Céré.
Depuis 2022, plusieurs opérations, menées tant dans le cadre de fouilles préventives que programmées, ont permis de premières découvertes significatives pour la compréhension et la connaissance du castrum de Saint-Céré (actuel Atelier Musée Jean Lurçat, à Saint-Laurent-les-Tours (Lot)). Ces recherches, toujours en cours, ouvrent la voie vers une lecture inédite de ce site aristocratique de hauteur jusque-là très peu étudié.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mme Ledru, MM. Balty, Catalo, Cazes, Garrigou Grandchamp, Mange, Péligry, Penent, Peyrusse, Sournia, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Balty, Charrier, MM. Kerambloch, Lallau, Séraphin, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : MM. Tollon, Depeyrot.
Après avoir ouvert la séance, la Présidente dresse un bilan des candidatures au concours 2026. Les mémoires ont été transmis aux relecteurs. Un seul, portant sur la préhistoire, reste à attribuer ; un spécialiste a été contacté par la Présidente. Les rapports sont attendus pour le 17 mars. Les résultats de la commission seront exposés lors de la séance du 24 mars.
La Présidente annonce ensuite la tenue, mardi 24 février, salle Clémence-Isaure, d’une journée d’études intitulée : « L’enluminure au XIXe siècle. De nouvelles perspectives pour la recherche ». Elle est organisée par Lorenzo Carras-Pugibet, doctorant en histoire de l’art contemporain de l’UT2J sous la direction de Jean Nayrolles et de Virginie Czerniak. Le programme sera envoyé aux membres.
Puis il est rendu compte de la correspondance reçue : Madame Silvia Sandrone, administratrice du Musée des Merveilles à Tende, nous fait parvenir 5 exemplaires du catalogue de l’exposition « Sorcier & Friends » (12 décembre 2025-31 octobre 2026). Ce don intervient en remerciement du prêt de la stèle de Montels. Il est encore fait lecture d’un courrier émanant d’une étudiante en Master 1 Histoire de l’art moderne à l’UT2J qui travaille, sous la direction d’Adriana Sénard, sur le domaine de Rochemontès (XVIIe-XVIIIe siècles). Ses recherches portent plus particulièrement sur l’aménagement du site et l’architecture du château. Après avoir consulté l’ouvrage publié par nos confrères Guy Ahlsell de Toulza, Louis Peyrusse et Bruno Tollon, Châteaux en Haute-Garonne (éd. Briand, 1994), elle souhaite savoir si la Société conserve des archives ou documents ayant trait au domaine de Rochemontès et aux familles Du Bourg, Lombrail ou Chalvet qui se sont succédé à sa tête. Guy Ahlsell de Toulza se charge de répondre à cette demande.
Enfin, la Présidente rappelle qu’un « week-end forain » est organisé les 21 et 22 février. À l’invitation de Valérie Dumoulin, la Compagnie visitera à Lunel la tour des Prisons et le Musée Médard. Le dimanche sera consacré à la découverte des fortifications d’Aigues-Mortes.
La parole est ensuite donnée à Bernard Sournia, qui nous présente la communication courte initialement programmée pour le 6 janvier, intitulée Élie Lambert et les deux cathédrales sœurs de Bayonne et de León : éléments pour une datation.
La Présidente remercie notre confrère pour sa présentation. Citant les écrits de Christian Freigang sur la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, elle relève que le principe de travail de cet historien de l’architecture est orienté vers la « déconstruction » des idées reçues.
Gilles Séraphin rappelle que la démonstration de ce jour s’inscrit dans une opposition entre Jacques Gardelles et Marcel Durliat au sujet d’un « retard méridional ». Le premier a montré que, dès 1220, l’architecture méridionale adoptait le vocabulaire français. Notre confrère cite le chevet de l’église Saint-Pierre de La Réole, qui présente un même type que celui présenté par Bernard Sournia. Il ajoute que cette filiation se retrouve également à Cahors. La diffusion de ce type rémois avait été associée par Jacques Gardelles à la prise de possession par Louis VIII d’une partie de la Gascogne. Cependant, il semblerait plutôt que cela soit dû à la génération suivante. À Cahors, les mêmes passages champenois desservant les coursières sont visibles. Ils se retrouvent, du reste, dans les églises à file de coupoles, complète Gilles Séraphin. Virginie Czerniak demande si la datation de 1258 peut correspondre pour Cahors. Gilles Séraphin précise que la datation de Cahors n’est pas connue ; toutefois d’un point de vue stylistique il avait proposé les années 1250-1260. La Présidente ajoute que le seul repère est 1288 pour la voûte et le signalement des portes.
Louis Peyrusse revient sur la longueur des chantiers des cathédrales en France et rappelle qu’à Rodez, par exemple, la construction s’étend sur trois siècles. De nombreux facteurs liés au contexte général peuvent suspendre ou ralentir les travaux. D’ailleurs, des parties de l’ancien édifice sont en général conservées pour abriter les offices, ajoute Gilles Séraphin.
Daniel Cazes salue la démonstration de notre confrère et demande si les deux plans des cathédrales de Bayonne et de León ont pu être mis à la même échelle. En effet, León est une grande capitale politique et religieuse, tandis que Bayonne occupe une place plus modeste historiquement. Cette différence se retrouve-t-elle dans les dimensions des cathédrales ? Bernard Sournia souligne que la construction de l’édifice de Bayonne est pensée de façon originale, puisqu’il a été décidé de se calquer sur le gabarit de la cathédrale romane antérieure. Or elle est sensiblement plus petite que celle de León. Daniel Cazes, qui connaît bien les deux édifices, avait gardé le souvenir d’espaces plus vastes à León. Cette impression doit sans doute être due aux verrières qui donnent de l’ampleur alors que Bayonne est, à l’inverse, très sombre.
La seconde communication du jour, présentée par Étienne Lallau, porte sur Le castrum de Saint-Céré.
La Présidente remercie notre confrère pour sa présentation magistrale puis demande quelles sont les prochaines étapes de la fouille. Une dernière campagne reste à mener, répond Étienne Lallau. Elle sera consacrée à la fouille de la partie du potager Jean-Lurçat et de l’aire de circulation qui n’ont encore été que partiellement explorées. L’objectif est notamment d’essayer de comprendre l’imbrication des réfections de la courtine, dont on dénombre a minima cinq états dans ce secteur de l’enceinte. Parallèlement, notre confrère espère trouver des informations permettant de localiser la chapelle. Son implantation est vraisemblablement à proximité de la zone fouillée, comme le suggère la présence d’une aire funéraire Xe/XIe siècle. L’hypothèse qu’elle soit au-dessus de la porte de l’église semble peu probable car des textes du XVIIIe siècle mentionnent la dernière porte, surmontée d’une guérite en ruine ainsi que d’une chapelle en ovale voûtée d’ogives avec la sacristie associée. La chapelle est donc de toute évidence distincte de la porte. Notre confrère nous indique être en contact avec Michel Dabas, directeur de recherche au CNRS et archéologue spécialiste de la prospection géophysique. Cette méthode peut permettre de restituer les phasages de murs. À la fin du mois d’avril, une prospection géoradar de toute la plateforme va donc être réalisée. Étienne Lallau espère identifier des bâtiments pouvant s’apparenter à la chapelle, mais aussi, pourquoi pas, des bâtiments semblables à la maison élitaire du XIIe siècle trouvé sur la brèche sud. Ces éléments seraient déjà très intéressants dans la perspective d’autres fouilles préventives qui pourraient être prescrites dans le cadre de futures restaurations, notamment à l’ouest de la plateforme. Notre confrère souhaite ensuite pouvoir rédiger une synthèse monographique sur le site.
Anaïs Charrier souhaite des précisions sur les dix coseigneurs. Ils sont mentionnés en 1178, précise Étienne Lallau. L’aula qui abrite actuellement le Musée Jean-Lurçat est-elle postérieure ? demande notre consœur. Une approche stylistique laisse à penser qu’elle est plutôt édifiée au XIIIe siècle, répond Étienne Lallau. Il ajoute qu’un texte du XVIIIe siècle, conservé aux Archives nationales, indique la présence de quatre grandes cheminées dans ce bâtiment. Notre confrère signale qu’aucune étude de l’intérieur de l’édifice n’a encore été menée.
Louis Peyrusse demande si beaucoup de chapelles « en ovale » sont connues. Étienne Lallau suppose que ce qui est désigné comme « chapelle en ovale » correspond à une chapelle à simple nef sans transept, avec un chevet dans la continuité de la nef. Cela représente environ soixante pieds de circonférence, soit approximativement 19 mètres de pourtour, ce qui n’est pas très grand.
Gilles Séraphin demande ensuite : le texte du XVIIIe siècle situe-t-il la tour romane à droite ou à gauche ? Étienne Lallau précise que le texte évoque la droite et la gauche par rapport à l’entrée du castrum, de sorte que quand les auteurs voient la tour romane qui est à gauche, ils parlent de la chapelle qui est à droite de la tour romane, soit au Nord.
Puis Gilles Séraphin cite les travaux de Christian Remy. L’historien a beaucoup étudié la vicomté de Turenne et la question des rapports avec les rois de France ainsi que celle des confiscations. En effet, à différentes périodes, les castra des vicomtes de Turenne n’ont pas pu être occupés par les vicomtes. Étienne Lallau indique qu’à Saint-Céré ce n’est pas le cas. Des récits du XIVe siècle confirment que, sous le duché de Guyenne, on est toujours chez les vicomtes de Turenne.
Gilles Séraphin s’intéresse ensuite au terme oppidulum. Notre confrère note que ni castellum, ni castrum ne sont employés. Il trouve étonnant que toutes les sépultures aient été découvertes à l’intérieur alors qu’il y a, à quelques mètres, une église paroissiale avec un cimetière. Doit-on en déduire qu’il existe deux paroisses distinctes ? s’interroge Gilles Séraphin. Étienne Lallau remarque que la présence d’une église paroissiale en 901 n’est pas attestée. Il est admis que l’édifice est probablement de la fin du XVe siècle (Saint-Laurent) et qu’il reprend peut-être un édifice paroissial mentionné au XIIe siècle (église Saint-Sérénus, succursale de la chapelle Saint-Sérénus, qui est, elle, paroissiale). Toutefois, aucune trace antérieure n’est connue. À partir de quand la paroisse Saint-Laurent existe-t-elle ? demande alors Gilles Séraphin. Pas avant le XVe siècle, répond Étienne Lallau. Donc cela suppose que l’église paroissiale est dans l’oppidulum, poursuit Gilles Séraphin. La chapelle est paroissiale, ajoute Étienne Lallau. L’église qui est en dehors est une « annexe », c’est elle qui dessert le bourg. Ce type de configuration se retrouve dans les castra du Quercy, remarque Gilles Séraphin. La chapelle, tardivement nommée castrale, est alors chef-lieu d’archiprêtré. C’est le cas à Fumel, à Pestilhac, à Luzech et à Flaugnac où la chapelle privée du châtelain est le chef-lieu d’archiprêtré. L’église paroissiale – qui apparaît au moins au XIIIe siècle – occupe, elle, une position hiérarchique annexe. Guillaume Terrasson demande si, au XIIIe siècle, on ne trouve pas trace d’une église à l’extérieur, mais aux abords immédiats du castrum. Étienne Lallau indique qu’il est fait mention de l’église Saint-Céré, en plus de la chapelle éponyme. Il est possible que l’actuelle église Saint-Laurent, à plusieurs centaines de mètres du castrum, prenne le relais et corresponde à l’ancien emplacement de l’église Saint-Céré, annexe de la chapelle paroissiale du même nom, qui est quant à elle située dans l’enceinte fortifiée sommitale du castrum.
Gilles Séraphin fait observer que les vicomtes de Turenne, qui ont pourtant des moyens considérables, construisent leur tour suzeraine (celle du XIVe siècle) dans des dimensions qui lui semblent relativement « modestes ». Cela laisse penser qu’ils sont contraints dans l’espace et qu’ils n’ont pas la disposition de l’ensemble du foncier sur l’enceinte. Des bâtiments les limitent, conclut notre confrère. Étienne Lallau souligne que ces bâtiments ne sont pas visibles, ils sont déjà détruits lors de la construction de la tour. Alors pourquoi contraindre la tour dans un coin de l’enceinte ? s’interroge Gilles Séraphin. Étienne Lallau suggère que cela soit pour des raisons ostentatoires. Au bout de l’éperon, elle domine tout le territoire. La construction correspond à une période d’accalmie entre 1350 et 1380. Après les conflits avec Castelnau se dessine une période propice. Une clef de voûte montre d’ailleurs le mariage entre Beaufort et Turenne. Les textes montrent qu’à la fin du siècle, du moins dans la première décennie du XVe siècle, toute la contrée est soumise aux exactions et rançonnages de garnisons anglaises. Le chantier devient dès lors impossible.
