Communication longue de Sylvie Caucanas, Femmes à Cordes au XIVe siècle.
Quelle était la condition des femmes à Cordes au XIVe siècle, un siècle après la fondation de ce castrum par le jeune comte de Toulouse, Raymond VII ? Le dépouillement systématique des registres notariaux de cette période permet d’approcher, dans toute sa complexité, ce qui constituait l’identité de ces femmes, dans le mariage et dans la mort, dans la richesse et dans la pauvreté. Et à défaut d’apporter toutes les réponses, cette analyse nous conduit à envisager autrement et de manière plus sensible l’exploitation que l’on peut faire de ces documents qui visent principalement à assurer une garantie juridique aux transactions entre particuliers et laissent peu de place aux considérations affectives.

Présents: Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Brouquet, Fournié, Ledru, Pradalier-Schlumberger, MM. Catalo, Cazes, Garland, Garrigou Grandchamp, Le Pottier, Macé, Mange, Péligry, Penent, Peyrusse, Pradalier, Testard, membres titulaires ; Mme Caucanas, M. Kérambloch, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Cazes, MM. Balty, Depeyrot, Sournia, Tollon.
Invitée : Emma Gélin, étudiante en Master 1 d’études médiévales sous la direction de Quitterie Cazes.
La Présidente, après avoir ouvert la séance et accueilli notre invitée du jour, annonce à l’assemblée la parution des actes du dernier congrès de la Société Française d’Archéologie. Elle rappelle que notre Société a été partenaire du congrès et que plusieurs de nos membres ont contribué à ce volume (Gilles Séraphin, Diane Joy, Pierre Garrigou Grandchamp et Virginie Czerniak, directrice scientifique). La publication fait le point sur « les lieux de pouvoir en Gascogne aux XIIIe-XIVe siècles ». La SFA ne s’était pas rendue dans le Gers depuis 1970, aussi les études présentées apportent-elles un regard nouveau, particulièrement celles consacrées à l’abbaye de La Romieu, souligne Virginie Czerniak. Deux exemplaires sont remis pour intégrer la bibliothèque.
La Présidente donne ensuite la parole à Sylvie Caucanas pour une communication longue consacrée aux Femmes à Cordes au XIVe siècle.
Virginie Czerniak remercie notre consœur pour sa présentation particulièrement intéressante et la questionne sur la définition de « gasaille ». Le contrat de gasaille est une sorte de contrat d’élevage, explique Sylvie Caucanas. À Cordes, les actes notariés en faisant mention sont très nombreux ; une étude approfondie serait nécessaire. Notre consœur illustre son propos : un homme investit et donne à élever des animaux (des moutons par exemple) et les gains et les pertes sont partagés avec la personne qui s’occupe du cheptel. Cela concerne-t-il tous types d’animaux ? interroge Virginie Czerniak. Sylvie Caucanas répond par la négative, puis elle fait remarquer que l’étude des groupes professionnels de tanneurs, de bouchers et d’éleveurs révélerait des aspects intéressants de la société à Cordes. En effet, ces trois activités sont logiquement liées. La Présidente revient ensuite sur un contrat de legs décrit durant la communication : la deuxième et la troisième personne recevant un garde-corps sont-elles les belles-filles de la défunte ? Elles n’ont aucun lien de parenté, répond Sylvie Caucanas. Lorsqu’il s’agit de membres de la famille, cette information est mentionnée. Dans ce cas les noms ne sont même pas indiqués. Aussi, ce legs – d’un objet précieux et personnel – témoigne probablement de l’existence d’une sociabilité de femmes, relève notre consœur.
Louis Peyrusse est surpris : pourquoi n’y a-t-il pas de traces de meubles ou de vaisselle ? Notre collègue précise que les meubles sont en réalité peu présents. Des tables, des tréteaux, des coffres figurent bien dans les actes, mais ces objets ne sont pas spécifiques aux femmes : ils se retrouvent également chez les hommes. Notre consœur indique avoir trouvé des mentions de meubles fixés au sol (des bancs) dans une aula. La Présidente prolonge la question : des livres ont-ils été repérés, y compris dans les testaments masculins ? Sylvie Caucanas répond n’en avoir trouvé cités qu’à l’Hôpital de la Trinité. Elle évoque toutefois la mention d’un « psalteri », qui se trouve dans un testament d’homme, sur la traduction de laquelle elle s’interroge toujours : est-ce que ce terme désigne un psautier ou un psaltérion ? L’assemblée est convaincue qu’il s’agit d’un psautier.
Louis Peyrusse demande si des images de dévotion ont été découvertes. Aucune n’a été identifiée, dit Sylvie Caucanas. Une seule mention a été trouvée dans un testament d’homme indiquant que l’héritier doit faire peindre l’image de la Vierge sur le portail de la Bouteillerie à Cordes.
Michelle Fournié s’interroge : il a été avancé que la dot représente le double du sponsalicium, ne serait-ce pas plutôt l’inverse ? Sylvie Caucanas ne le croit pas au regard de la manière dont la dot est constituée, par des rajouts notamment. Michelle Fournié argumente : dans un mariage la priorité semble pourtant de définir la dot. Nos consœurs s’accordent pour affirmer que, la chose est sûre, c’est une affaire de famille avant tout.
Pierre Garrigou Grandchamp souhaite savoir si d’autres noms de pièces que l’aula sont cités ? Sylvie Caucanas évoque les mots camera, ainsi que la coquina pour la cuisine, le penus, l’operatorium qui est l’atelier, enfin la botiga pour la boutique. Les termes récurrents sont aula et camera, précise notre consœur. Trouve-t-on beaucoup de mentions de cuisine, ou est-ce rare ? questionne Pierre Garrigou Grandchamp. Elles apparaissent assez fréquemment, répond Sylvie Caucanas. Elle n’a toutefois pas travaillé sur le nombre et il est difficile de connaître leur localisation dans la maison.
Puis Laurent Macé souhaite savoir si des armoiries sont signalées sur les parures de lit. Il n’en a pas été trouvé, par contre, pour les testaments d’hommes, des pavois sont cités sans que les armoiries soient décrites, signale Sylvie Caucanas.
Virginie Czerniak demande ensuite si des mentions de toiles peintes existent, y compris dans les testaments d’hommes comme Véronique Lamazou-Duplan a pu en trouver dans les inventaires toulousains. Ce n’est pas le cas, mais la société de Cordes n’est pas aussi raffinée et riche que celle de Toulouse, justifie notre consœur. De plus les découvertes de Véronique Lamazou-Duplan concernent le XVe siècle.
Guy Ahlsell de Toulza est étonné par les différents types de monnaies utilisées : des écus d’or, des florins, des livres, des francs. Sylvie Caucanas explique que la livre et le franc sont pratiques à définir, les textes indiquent toujours qu’un franc est égal à une livre soit un sou. Pour l’écu d’or et le florin d’or, les équivalences sont plus difficiles à évaluer. La monnaie d’or est nettement dévaluée au XIVe siècle. D’autre part, la livre n’est qu’une monnaie de comptes, tandis que les écus et florins d’or sont des monnaies de paiement. Notre Trésorier poursuit alors : où sont frappés les florins en France ? Michelle Fournié cite par exemple Avignon. La circulation est donc très importante, note Guy Ahlsell de Toulza, surpris que tant de florins soient présents à Cordes par rapport à des écus. Laurent Macé complète : le florin est une monnaie d’or assez répandue au XIVe siècle, les papes et certains princes en font régulièrement frapper.
Dans les testaments, les femmes précisent-elles près de qui elles veulent être inhumées ? interroge Jean Catalo. Il est seulement question des lieux, en l’occurrence le cimetière, mais pas de détails concernant les caveaux, indique Sylvie Caucanas. Elle a toutefois rencontré des mentions de ventes de tombeaux pour une ou deux livres.
Laurent Macé revient sur les contrats de gasaille évoqués au début des échanges et rappelle qu’ils sont caractéristiques des XIVe et XVe siècles. En effet avec la Guerre de Cent ans et autres bouleversements de la période, des changements interviennent dans les pratiques liées à l’élevage. Ces contrats sont importants, particulièrement pour les ovins qui, on le voit ici, circulent beaucoup. Ces baux concernent aussi le travail de la laine, du cuir, ainsi que les métiers de bouche.
Au titre des questions diverses, Louis Peyrusse suggère de demander à Anaïs Charrier si elle possède des informations relatives à la proposition de la municipalité de Cahors concernant l’aménagement du palais Duèze. Notre ancien Président a appris dans un article paru dans La Dépêche du Midi que la Mairie avait pour projet de prendre en charge le bâtiment – actuellement propriété privée – pour y établir, entre autres, un restaurant en haut de la tour. Aucune date de réalisation n’est avancée dans l’article, et le projet semble à l’état de discussion. Ce programme n’est pas sans rappeler celui envisagé pour le palais de Via. L’assemblée est surprise de cette tendance qui se dessine à Cahors.
