Séance du 19 mai 2026

Communication longue de Michelle Fournié, À la jonction du chœur, du cloître et de la nef. La cathédrale Saint-Étienne du XIVe au XVIe siècle

Le secteur de la cathédrale Saint-Etienne qui se situe à la jonction du chœur, du cloître et de la nef est en travaux constants entre le milieu du XIVe siècle et le début du XVIe. Il accueille cependant des dévotions nouvelles : la Table du Purgatoire puis la confrérie de l’Assomption de la Vierge qui s’installent dans des chapelles voisines d’un espace paroissial en plein remaniement. Comment ces organismes trouvent-ils leur place dans ce chantier où se côtoient chanoines, prêtres prébendés et fidèles de la paroisse ?

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Présents : Mme Czerniak, Présidente, M. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Ledru, Merlet-Bagnéris, Watin-Grandchamp, MM. Catalo, Garland, Garrigou Grandchamp, Mange, Peyrusse, Sournia, Tollon, membres titulaires ; MM. Depeyrot, Dubois, Kerambloch, Peloux, Terrasson, membres correspondants.

Excusés : Mme Balty, MM. Balty, Cabau, Peligry, Surmonne.

Invité : M. Ryckebusch.

Virginie Czeniak ouvre la séance et accueille Fabrice Ryckebusch, invité pour la seconde fois à la SAMF cette année ; l’assemblée se réjouit de voir qu’il vient de remettre un dossier de candidature à notre Présidente. 

Celle-ci rappelle qu’un message a été envoyé hier aux membres annonçant la tenue d’une journée foraine, le 6 juin prochain, à l’abbaye de Beaulieu. C’est sur l’invitation de la Présidente de l’Union des Académies, comme cela a été dit lors d’une séance précédente, que nous irons visiter une exposition d’art contemporain, alors que la présentation de l’abbaye cistercienne sera assurée par notre confrère Emmanuel Moureau. L’espace de restauration étant restreint, la Présidente propose d’opter pour un pique-nique dans le parc. Il sera enfin possible de s’arrêter à Caylus sur le chemin du retour. Virginie Czerniak demande aux membres désirant participer à cette séance foraine de bien vouloir se signaler auprès d’elle.

Elle annonce ensuite que la candidature de Didier Foucault a été examinée en bureau et qu’elle sera présentée lors de la prochaine séance par notre confrère Christian Mange.

Enfin, lors de la dernière réunion de bureau, le problème du coût élevé des envois postaux des Mémoires a été soulevé. Le Trésorier confirme que ceux-ci augmentent constamment, le tarif d’envoi d’un volume est ainsi passé à plus de 11 euros pour la France et à plus de 25 euros pour l’étranger (c’est-à-dire la moitié du prix du volume). Jusque-là, les membres résidant à Toulouse récupéraient leur volume à la Société et il était envoyé aux autres par la Poste. Il propose que dorénavant les Mémoires ne soient envoyés aux membres que sur demande de leur part ; cela sera rappelé par mail lors de la parution du prochain volume. Par ailleurs, jusqu’au 1er juillet dernier, la Poste faisait des tarifs spéciaux pour l’envoi de livres et de brochures à destination de pays étrangers (entre 3 et 5 euros) dans le cadre de la diffusion de la culture française. Ce tarif a été supprimé et le coût s’élève actuellement à 23 euros pour l’Europe et à 29 euros pour les autres pays. Malgré cela, insiste notre Trésorier, nous continuerons à effectuer nos échanges en France et à l’étranger. 

Guy Ahlsell de Toulza poursuit qu’il est possible que nous changions d’imprimeur, les tarifs de l’entreprise Escourbiac ayant également considérablement augmenté. Ainsi, des devis ont été demandés, notamment à une nouvelle imprimerie toulousaine équipée de machines modernes. Une première estimation indiquerait une différence de 3000 euros entre les deux entreprises pour la publication de nos Mémoires. Cette économie permettrait de donner plus de prix aux étudiants qui présentent leurs travaux au concours. Nous attendons donc l’achèvement de la mise en page du prochain volume pour demander des devis précis et faire notre choix, – la qualité proposée restera bien sûr l’argument déterminant. 

Enfin, Guy Ahlsell de Toulza signale que, depuis plusieurs années, le Trésor Public ne demande les reçus fiscaux que dans le cadre de contrôles ; notre Trésorier ne les produira donc plus, mais sera prêt à fournir tous les reçus nécessaires sur demande des membres.

Notre Présidente donne enfin la parole à notre consœur Michelle Fournié pour sa communication longue, À la jonction du chœur, du cloître et de la nef, la cathédrale Saint-Etienne de la fin du XIVe siècle au début du XVIe siècle.

Virginie Czerniak remercie notre consœur pour sa communication passionnante et donne la parole à Olivier Testard qui demande à revoir un des plans de la cathédrale qui a été projeté ; il précise que le mur ouest de la sacristie englobe un contrefort de la nef Raymondine (il doit donc être représenté de la même couleur). Il est par ailleurs particulièrement intéressé par les éléments figurés sur le plan de la fin du XIVe-début XVe siècles, car il donne à voir une mise en scène qu’il n’avait pas imaginée jusque-là, alors qu’il se demandait justement comment le culte pouvait fonctionner avec deux églises. On a en fait utilisé cette situation un peu tératogène, poursuit-il, pour mettre en valeur l’office et la messe paroissiale. L’hypothèse de la situation de l’autel de la chapelle Notre-Dame lui paraît tout à fait convaincante puisque la vieille nef devient alors église paroissiale. De plus, lorsque l’on assiste à la messe, il est possible de voir l’office par la trouée du nouveau chœur. On est donc bien dans une mise en scène de l’espace. Il se demande enfin combien de personnes peuvent assister à une représentation théâtrale si celle-ci se déroule dans la chapelle paroissiale Notre-Dame ? Michelle Fournié reconnaît s’être également posé la question car ces spectacles avaient beaucoup de succès. Comme l’avait vu également notre consœur Françoise Merlet-Bagnéris, ceux-ci pouvaient même générer des accidents ou des échauffourées. Dans le cas présent, poursuit-elle, les spectacles bénéficiaient de l’espace laissé par l’inachèvement de la chapelle paroissiale ouverte sur la vieille nef. Olivier Testard recommande de ne pas oublier dans cette réflexion les travaux des parties hautes : comment se superposent les éléments architecturaux ? À quel moment sont lancées les voûtes ? Si les voûtes sont inachevées que met-on au-dessus ?…

Jacques Dubois voudrait revenir sur le problème des travaux attribués à Jean d’Orléans, soulevé par notre consœur. Il pense qu’il faudrait plutôt parler de travaux effectués « sous Jean d’Orléans » dans la mesure où ils commencent bien au début du XVIesiècle à l’initiative du chapitre. En effet, dans les registres du Parlement, un différend porté par les syndics du chapitre et des paroissiens en 1505 porte sur la participation financière de l’évêque aux travaux. Il signale également la localisation précise de la reprise de la maçonnerie faite au début du XVIe siècle dans la chapelle paroissiale sur le plan projeté. Michelle Fournié demande alors si l’escalier en vis de la chapelle fait bien partie de la campagne du XVIe siècle. Jacques Dubois répond par l’affirmative. La chapelle aurait donc été laissée inachevée au XIVe siècle, reprend notre consœur ? Jacques Dubois répond que Christian Freigang a fait l’hypothèse que ce massif était l’amorce d’une chapelle, mais on ne sait pas si la construction de celle-ci était réellement prévue au XIVe siècle. Virginie Czerniak se souvient que cette hypothèse s’était appuyée sur une lecture plastique de la modénature : le repérage des moulures du XIVe siècle avait conduit Christian Freigang à repérer l’amorce de la construction de la chapelle. Jacques Dubois localise bien ces moulures sur le premier pan de la chapelle en question qui ne lui semble pas figurer cette amorce. Il signale également des parties de triforium associées à un escalier en vis accolé au « pilier d’Orléans » qui menait au triforium avec différents paliers. Michelle Fournié déclare être montée dans cet escalier qui aboutit au niveau des toits et qui permet de voir un petit édicule au-dessus du « pilier d’Orléans » que Jean-Louis Rebière appelle la chapelle de l’Attrape dans son article (MSAMF 2014)

Jacques Dubois demande quelles sont les sources qui ont permis de restituer les autels A et B figurés devant le jubé sur le plan de la fin du XIVe siècle. Michelle Fournié répond qu’elle en a eu connaissance en consultant l’ouvrage de Lahondès, mais elle reconnaît ne pas avoir très bien compris s’il évoquait leur présence au XIVe ou au XVe siècle puisqu’il est question à la fois du crucifix et des orgues. Jacques Dubois recommande de se méfier car à l’époque de Jules Lahondès on pensait que le crucifix provenait de la cathédrale. Ensuite, concernant l’appellation de chapelle, il rappelle que la présence d’un autel peut amener à utiliser cette appellation pour désigner l’espace qui se trouve autour ; il ne s’agit donc pas forcément d’une construction. Enfin, la construction du triforium est antérieure à l’installation de la clôture (cf. les trois panneaux conservés datés vers 1380), ce que confirme la sculpture des chapiteaux de la claire-voie (vers 1350). Jacques Dubois propose enfin à notre consœur de consulter le catalogue de l’exposition Toulouse Renaissance (Musée des Augustins 17 mars 24 septembre 2018) où il a effectivement abordé la question des travaux de la cathédrale.

Louis Peyrusse se demande ce qu’il existait entre la vieille nef et la cathédrale en travaux. Michelle Fournié pense qu’il y avait certainement un grand fouillis et la Présidente imagine que seules des fouilles sédimentaires pourraient donner des indications sur ce sujet. 

Michelle Fournié rappelle que ce secteur de la cathédrale a fait l’objet de travaux sous Jean d’Orléans puis de l’architecte Levesville, après l’incendie de 1609 ; elle demande à Françoise Merlet-Bagneris si la situation qu’elle a décrit dans ses travaux – postérieurement aux travaux de Levesville -, a beaucoup changé. Notre consœur avoue ne pas pouvoir répondre précisément à cette question, mais elle pense qu’il faudrait peut-être travailler d’abord sur le plan liturgique pour établir les liens entre la Vierge et les âmes du Purgatoire entre le XIVe et le XVe siècle ; ce serait là, peut-être, une spécificité de Saint-Étienne, qui n’est pas celle de la Daurade par exemple, car il fallait que chaque confrérie se démarque. Elle fait l’hypothèse qu’il pourrait exister un passage ou une ouverture, dans le petit mur de la chapelle Notre-Dame, qui aurait permis de créer un plancher sur le sommet de la chapelle du Purgatoire, de façon à faire passer la Vierge pour qu’elle puisse apparaître. Cela aurait du sens, pense-t-elle, car lorsqu’il y a manipulation de tentures, poulies…, il y a toujours des passages dans les murs. À la Daurade, le théâtre se serait établi plus tard quand les moines, gênés dans leur activité monastique, ont voulu chasser les confréries qui désiraient mettre en place ce type de cérémonies. À la cathédrale, on peut faire l’hypothèse que les montements se soient déroulés côté nef. Elle demande s’il y a des mentions de liens ou de communications dans la chapelle du Purgatoire ? Il y a bien un lien entre la chapelle de la Vierge et celle du Purgatoire à Saint-Étienne, répond Michelle Fournié, mais cette association ne semble pas régulière selon les sources. Elle rappelle par ailleurs que la chapelle du Purgatoire de l’église de la Daurade est indépendante de celle de la Vierge. Dominique Watin-Grandchamp voudrait rappeler, concernant les travaux de Levesville, que la date de 1613 est portée dans la chapelle haute de deux travée, accessible depuis l’escalier, ainsi qu’un décor floral accusant les XVIe-XVIIe siècles ; on a donc un jalon pour les travaux du XVIIe siècle, peu après l’incendie de 1609.

Virginie Czerniak voudrait des précisions sur la peinture que notre consœur a qualifiée de « macabre ». Michelle Fournié répond que la mention se limite à figuratio mortis. Cette représentation est localisée dans la quatrième partie du cloître ; les bayles du Purgatoire étaient responsables de son entretien. Elle ajoute que cette représentation ne devait plus être visible au XVIIe siècle puisque Catel n’en parle pas. Notre Présidente voudrait savoir également si un membre de notre compagnie a une idée de la configuration de l’autel dit « du crucifix haut ». Prenant l’exemple sur l’église de Rabastens et d’après une description de 1609, notre Trésorier répond qu’au moment de l’achèvement du chœur dans les années 1320, on a divisé la chapelle d’axe par un plancher où se trouvait l’autel de la Vierge (cf. tribune des reliques à la Sainte-Chapelle), accessible par deux escaliers en vis latéraux. Au-dessus, la clé de voûte de la chapelle représente une vierge à l’enfant entourée de deux anges portant un cierge chacun (cette sculpture date des environs de 1315). La clé de voûte de la chapelle de la Vierge de la Cathédrale de Toulouse représente une Vierge à l’enfant avec deux anges qui prient. Virgine Czerniak demande si aucune trace de support de plancher n’est visible dans la chapelle Saint-Laurent, au-dessus de la porte donnant sur le cloître. Dominique Watin-Grandchamp dit avoir remarqué des encoches dans le glacis, mais cela ne lui paraît pas très cohérent. Est-il possible alors d’avoir une structure en bois totalement autonome comme à la chapelle des reliques de la Sainte-Chapelle, demande la Présidente ? Michelle Fournié fait remarquer qu’il existe bien un escalier dans le massif ouest de la chapelle, il est signalé sur le plan de notre confrère Jean-Louis Rebière, mais il est détruit et son accès côté cloître est aujourd’hui condamné. Par ailleurs, ajoutent Jacques Dubois et Olivier Testard, les petits jours destinés à l’éclairer sont toujours conservés ; on ne sait où il conduisait.

Notre Trésorier fait remarquer que ces représentations commencent à se diffuser au XIIIe siècle et qu’au XVIe siècle on apprécie encore des manifestations théâtrales comme les montements. Michelle Fournié précise que les montements ne débutent pas au XIIIesiècle mais dans la deuxième moitié du XVe siècle. À Rabastens c’est la confrérie de Notre-Dame qui est signalée au XIIIe siècle et non celle du montement. Ce n’est qu’en 1662-1664 que ces représentations sont interdites à Toulouse et progressivement ailleurs ; la seule qui se maintienne est celle d’Elce en Espagne.

Virginie Czerniak remercie notre consœur et la félicite pour cette communication passionnante et qui pose encore beaucoup de questions.

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