Communication courte de Jules Masson Mourey, Une curieuse figurine néolithique (?) au musée du Colombier (Alès)
Supposément découverte en 1936 par un érudit local devant une grotte des environs d’Alès, dans les Cévennes gardoises, l’étrange petite figurine en pierre verte exposée au musée du Colombier est restée totalement inédite depuis. Tandis que son style évoque certaines productions néolithiques des îles de la Méditerranée centrale et orientale, une récente analyse spectroradiométrique destinée à déterminer la nature du matériau sculpté a livré un résultat inattendu.

Communication courte de Christian Mange, Le peintre Antoine Roucole (1848-1918), artiste modeste …
L’artiste Antoine Roucole (1848-1918) est l’auteur d’une peinture monumentale, réalisée en 1908 dans la salle du Conseil municipal de Toulouse, le lieu le plus politique de la cité : L’Entrée de Louis XI à Toulouse (1463). La singularité de la toile détonne dans ce décor où dominent, au plafond, les compositions allégoriques, sur les murs, les scènes de genre et les paysages. Seule peinture abordant un épisode réel du passé toulousain, la toile propose comme formule décorative d’élever la miniature, telle qu’on peut la trouver dans les enluminures des Annales, au rang d’une peinture d’histoire. Dans cette tradition, l’artiste insère une série de portraits réalistes, représentant notamment les édiles municipaux de son époque.
La communication (recherche encore en cours) est l’occasion de dire un mot sur la carrière du peintre, carrière modeste caractéristique de tous ces artistes consciencieux qui animent sous la Troisième république la vie culturelle de la cité (professeur à l’école des Beaux-Arts, portraitiste de la bonne société toulousaine …).
Légende : L’Entrée de Louis XI à Toulouse (1463), détail. Cliché Félix Ralli.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, M. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Ledru, Watin-Grandchamp, MM. Garrigou Grandchamp, Mange, Péligry, Peyrusse, Sournia, Stouffs, Testard, membres titulaires ; MM. Kerambloch, Masson-Mourey, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Cazes ; MM. Balty, Cabau, Directeur, Tollon.
La Présidente débute la séance par le rappel de deux rendez-vous. Le mercredi 3 juin à 17h00, Claire Rousseau propose une visite de l’exposition « Enluminer l’amour : le manuscrit secret » qui se tient à la Maison Seilhan jusqu’au 30 juin. Elle dévoile l’histoire du livre d’Heures peint par Adélaïde Louise d’Eckmühl en 1841-1842 pour le prince de Joinville. Ce manuscrit inédit est un bel exemple du renouveau de l’enluminure médiévale au XIXe siècle.
D’autre part, notre prochaine journée foraine se tiendra le samedi 6 juin à Beaulieu-en-Rouergue. La journée, organisée par Brigitte Quilhot-Gesseaume présidente de l’Académie des Sciences et de l’Union des Académies de l’Hôtel d’Assézat, débutera par la présentation de l’abbaye cistercienne par notre confrère Emmanuel Moureau. Elle sera suivie d’une visite de l’exposition consacrée à Eugène Gabritschevsky (1893-1979) par Jean-François Arnal, administrateur de l’Association culturelle de l’abbaye de Beaulieu et s’achèvera par la découverte, guidée par Brigitte Quilhot-Gesseaume, des collections Brache-Bonnefoi d’art moderne et contemporain.
La Présidente nous informe ensuite qu’elle a été contactée par le délégué à la culture de la Mairie de Toulouse en charge des musées et de la culture scientifique, Éric Jean-François. L’élu a convié notre Présidente à un rendez-vous, programmé au mois de juillet. Les projets de la Société devraient y être évoqués.
Par ailleurs, notre Présidente nous apprend le décès de Jean Saboulard, qui s’occupait de nos terres de Chiragan. Une carte de condoléances a été envoyée à sa famille au nom de la Société Archéologique du Midi de la France.
Suivant l’ordre du jour, Christian Mange présente la candidature de Didier Foucault au titre de membre correspondant. À l’issue du vote des membres titulaires présents, Didier Foucault est élu membre correspondant de la Société Archéologique du Midi de la France.
Puis la parole est donnée à Christian Mange pour une communication courte : Le peintre Antoine Roucole (1848-1918), artiste modeste …
La Présidente remercie notre confrère pour la découverte de l’œuvre de ce peintre peu connu et s’amuse du titre de la communication, qui peut être perçu comme une litote au vu du caractère de l’artiste. Christian Mange précise que ce titre témoigne de la qualité de la peinture d’Antoine Roucole, du reste assez inégale. La série de tableaux exécutée pour l’église de Montbrun-Lauragais se distingue, mais l’artiste s’illustre surtout comme portraitiste. Guy Ahlsell de Toulza rappelle l’histoire du prix du Porte-Crayon qui distingue le travail du dessin. Cette récompense, initialement en or, est restée en place à l’école des Beaux-Arts de Toulouse jusque dans les années 1990. Une allocation était également offerte au lauréat.
Bernard Sournia souhaite en savoir plus sur la « règle Roucole », inventée par le peintre et développée dans un texte de 80 pages. Christian Mange indique qu’il s’agit simplement d’un objet, commercialisé, en bois et doté d’un fil à plomb. Aucun exemplaire n’est, à ce jour, conservé à l’école des Beaux-Arts. Jérôme Kerambloch signale, qu’à l’occasion de la rédaction d’un article sur Roucole il y a quelques années, il avait trouvé l’objet en vente sur Ebay. « La règle Roucole » servait à reproduire les compositions, cependant son utilisation paraît assez complexe.
Louis Peyrusse revient sur la série de portraits identifiés dans le tableau exécuté pour la salle du Conseil municipal de Toulouse (Entrée de Louis XI à Toulouse en 1463). Il rappelle que l’introduction de portraits de contemporains dans des tableaux historiques est un usage courant dans l’art depuis la Renaissance. Il ajoute que durant la IIIe République, c’est un moyen d’inscrire les grands hommes d’alors dans le présent. L’absence de Jean Rieux, maire de Toulouse entre 1906 et 1908, s’explique sans doute par sa volonté de ne pas s’imposer de manière appuyée dans ce cadre solennel. Louis Peyrusse souligne que dans l’ensemble du programme décoratif de l’Hôtel de Ville, en dehors des toiles d’Henri Martin, peu de contemporains sont figurés parmi les scènes historiques. En outre, le mélange des personnalités réunies (artistes, politiques …) est aussi fréquent, même si le choix de ce sujet pour la salle des séances du Conseil municipal peut surprendre. Louis Peyrusse évoque l’exemple, cité par Christian Mange, du vitrail de Victor Gesta intitulé l’Entrée de Louis XI à Toulouse et réalisé en 1867 : l’œuvre traduisait alors le catholicisme, la tradition locale et les arrière-plans politiques. Dans le cas de la salle du Conseil municipal, cette lecture semble perdue. Christian Mange aimerait pouvoir trouver une explication, si elle existe, au choix des personnalités politiques représentées. Cela relève probablement de connivences politiques, suggère Louis Peyrusse.
Notre ancien Président poursuit : la composition produite par Roucole est de qualité honorable et contourne l’écueil de la miniature. Le peintre ne s’est pas tourné vers les exemples de sujets similaires antérieurs car cela dictait un style néo-médiéval. D’autre part, les exemples du XVIIe siècle étaient politiquement exclus. Ainsi, Roucole a trouvé un moyen astucieux : la représentation de la porte de la ville lui permet d’articuler deux espaces, l’un très ouvert l’autre plus fermé. Dans ces deux parties il dispose assez bien ses personnages pour éviter une sorte de vignette agrandie.
Guy Ahlsell de Toulza revient ensuite sur la réception critique des deux peintures marouflées en 2025 sur les caissons restés vides du plafond de la salle. Il remarque leur absence d’esprit plafonnant et leur caractère particulièrement naïf. Virginie Czerniak demande si le coût de cette commande est connu. Les deux peintures ont coûté environ 200 000 €, répond Christian Mange. Après mise au concours, la Mairie a retenu la proposition de l’équipe formée du designer architecte Olivier Vadrot associé au duo Ida Tursic et Wilfried Mille. Des éléments étaient imposés : les personnages devaient être grandeur nature et les œuvres devaient contenir des nuées, afin de créer une continuité entre les peintures du plafond. Les membres s’étonnent de ce que l’installation de ces peintures soit restée confidentielle et qu’elle n’ait pas bénéficié d’une communication plus large auprès du grand public.
La seconde communication courte du jour est présentée par Jules Masson-Mourey : Une curieuse figurine néolithique (?) au musée du Colombier (Alès).
La Présidente remercie notre confrère et lui demande si les archives de Charles Roux ont été étudiées. Des traces de ses fouilles doivent probablement subsister (notes, carnets de croquis…). Au musée de Colombier d’Alès et parmi les sociétés savantes locales, les informations sont limitées, répond Jules Masson-Mourey. Toutefois, aucun travail exhaustif concernant les archives de l’abbé Roux n’a été réalisé. S’il est bien l’auteur de la découverte de la figurine, il en a nécessairement fait mention dans ses écrits, suggère Virginie Czerniak. L’histoire de cette figurine est troublante, relève-t-elle. Ainsi que l’a souligné notre confrère, le fait qu’aucun préhistorien n’ait jamais travaillé sur cet objet malgré son intérêt, traduit une sorte de défiance quant à son authenticité ; pour autant la figurine est exposée au Musée du Colombier depuis plusieurs décennies.
Dominique Watin-Grandchamp se souvient qu’un proche d’une de nos consœurs, qui a résidé au Château de la Fare Cendras, conserve une importante bibliothèque d’archéologie et des collections d’objets. Le contact sera transmis.
Louis Peyrusse confirme que l’hypothèse du faux produit dans les années 1930 est plausible. Toutefois il fait remarquer qu’un faux n’est réalisé que s’il y a un intérêt. Or, dans le cas présent l’objectif est peu évident. Notre confrère se dit plutôt convaincu par l’idée d’un objet qui aurait voyagé. En ce sens, la comparaison avec l’ « idole » conservée en Corse – aussi datée de 4 800 avant notre ère et mesurant également 7 cm – se révèle probante. Concernant cet objet, Virginie Czerniak souhaite savoir si des informations sur sa provenance sont connues. Jules Masson-Mourey explique que son histoire est compliquée et son contexte mal documenté. Elle est a priori authentique mais elle a disparu un temps et une copie avait été identifiée dans les collections du British Museum.
Anne-Laure Napoléone note que la figurine du Musée du Colombier dispose d’un trou de pendentif ; le potentiel faussaire aurait donc dû avoir des connaissances spécifiques. Cet élément fait partie des arguments qui font pencher Jean Guilaine du côté d’un objet authentique, explique Jules Masson-Mourey. De plus, ce trou de suspension semble usé. Des analyses tracéologiques apporteraient des précisions quant aux outils employés pour la taille.
Guy Ahlsell de Toulza poursuit : l’hypothèse d’un faux implique que le fabricant ait eu des connaissances scientifiques concernant les statuettes du même genre (à cette période, les statuettes des cyclades sont encore peu connues), ainsi qu’une bonne idée des proportions, puisque la figurine ne mesure que 7 cm. Tout ce travail effectué sans aucun écho ni retombée rend l’idée d’un faux peu vraisemblable.
La statuette corse a-t-elle également un trou de suspension ? demande Virginie Czerniak. Jules Masson-Mourey répond par la négative. Il résume les arguments plaidant en faveur d’un faux : le contexte flou et l’absence de toute publication à ce sujet jusqu’à ce jour.
Céline Ledru demande : la date de 1936 inscrite sur le cartel correspond-elle à la date de découverte ou à celle de l’entrée de la pièce dans les collections du musée ? Elle semble correspondre à la date de découverte, précise notre confrère. Céline Ledru indique que l’étude des inventaires des collections peuvent apporter des éclaircissements. Les listes anciennes sont parfois floues et les informations s’y entremêlent. Des éléments erronés ont ainsi pu être répétés depuis une source mal interprétée.
Virginie Czerniak invite notre confrère à explorer la piste des archives de Charles Roux. Elle demande aussi : d’autres objets en corrensite sont-ils connus ? Aucun, répond Jules Masson-Mourey.
Au titre des questions d’actualité, Virginie Czerniak nous présente une récente découverte de peintures murales dans l’église Notre-Dame d’Espis (Moissac). En mars dernier, la Présidente a été contactée par l’animateur du patrimoine de Moissac après la découverte. Elle s’est alors rendue sur place afin d’observer les peintures.
L’église Notre-Dame d’Espis d’aspect modeste n’est ni inscrite, ni classée. Situé sur les coteaux, l’édifice est entouré d’un cimetière. Il est composé d’une nef unique avec deux chapelles latérales formant transept et un chœur à chevet plat. Une association locale veille depuis plusieurs années à son entretien. Un récent décroutage du badigeon a fait apparaître des traces de couleurs, majoritairement relevées dans le sanctuaire mais également dans la nef. Dans le chœur à chevet plat ont été repérées : du côté nord, des scènes avec des encadrements de couleurs ainsi que des fausses tentures dans les parties inférieures, une adoration des bergers ; du côté sud, une adoration des mages, une présentation au temple de l’enfant Jésus suivie de la fuite en Égypte. Des fausses colonnes structurent les scènes. Les figures sont de belle facture, tout comme les détails des vêtements. Ces peintures datent de la fin du Moyen Âge (fin XVe-début XVIe siècle). Jean-Marc Stouffs a relevé des soulèvements en partie basse. Les ciments retirés ont fragilisé les couches anciennes. L’ABF et la DRAC, informés, ont effectué une visite sur place. L’association et la municipalité, sensibilisées, sont motivées à l’idée d’une restauration par un professionnel compétent. Afin de montrer aux moissagais l’intérêt de cet ensemble, Virginie Czerniak va effectuer, dans le cadre des Journées du patrimoine, une conférence qui replacera les peintures de l’église Notre-Dame d’Espis dans leur contexte local et de création. Cette découverte est d’autant plus intéressante qu’il existe un autre ensemble de la fin du Moyen Âge à Moissac dans l’église Saint-Martin. Des fonds vont être réunis dans la perspective d’un chantier de restauration qui pourrait se dérouler courant 2027.
La Société va suivre cette restauration de près et pourrait aider à mettre en lumière ce chantier, par exemple par une conférence en séance publique. La Présidente croit en effet qu’il relève du rôle de la Société de soutenir les initiatives associatives quand elles sont bien menées et encadrées (comme cela a été le cas à Vals notamment). Cette campagne pourrait constituer un exemple intéressant de sauvetage d’un patrimoine qui présente un réel intérêt artistique.
Jean-Marc Stouffs précise que la chapelle nord est peinte également. Des traces datant du XVIIe siècle, voire antérieures, sont visibles au-dessous de la porte côté nord, signalant que plusieurs campagnes se sont succédé. Notre confrère ajoute que les voûtes sont très abîmées, il est peu probable que des éléments intéressants y soient trouvés.
Des sondages ont-ils été effectués dans ce qu’il reste de plâtre ? demande Louis Peyrusse. Ce n’est pas encore le cas, répond Virginie Czerniak. Des découvertes restent donc à venir. D’un point de vue iconographique les peintures du sanctuaire semblent présenter, de manière classique, un cycle christologique. Toutefois, note Virginie Czerniak, les détails des costumes et des visages témoignent d’une grande élaboration des scènes et d’une exécution soignée.
La question de la protection de l’édifice est discutée. Pour l’heure, aucun dossier d’inscription n’est en cours. Dominique Watin-Grandchamp rappelle qu’il n’est plus possible de protéger des peintures murales au titre des objets, seule l’inscription de l’édifice peut donc être envisagée.
