Communication longue d’Aurélia Cohendy, Les vitraux de Simorre (Gers).
L’ancienne église abbatiale de Simorre (Gers) conserve un ensemble de vitraux hétérogène, daté des XVe et XVIe siècles. Malgré d’importants remaniements au XIXe siècle, ces verrières témoignent de la vitalité de la production des peintres-verriers du Midi toulousain entre la fin du Moyen Âge et la Renaissance. Elles illustrent également le rôle de la commande ecclésiastique, notamment sous l’impulsion de Jean Marre, ancien moine de l’abbaye devenu évêque de Condom en 1497.
Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Ledru, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Peyrusse, Pradalier, Sournia, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mme Cohendy, membre correspondant.
Excusés : MM. Balty, Garland, Cazes, Garrigou Grandchamp, Péligry, Penent ; Mmes Balty, Cazes.
Après avoir ouvert la séance, la Présidente rappelle que deux votes sont à l’ordre du jour.
Le premier concerne la désignation des lauréats du concours de la SAMF 2026. La Commission pour le concours qui s’est réunie le 17 mars, après avoir entendu les comptes rendus des différents rapporteurs, propose de décerner :
Le Prix Ourgaud à la thèse de Juliette BERTAUT, La céramique grise monochrome en Gaule méridionale. Identités, contacts et transferts entre les VIe et IVe siècles avant J.-C., soutenue à l’Université Paul-Valéry de Montpellier sous la direction d’Éric Gailledrat ;
Le Prix de Toulza à la thèse de Laure BAGNERIS, Ainsi que le veut l’usage noble. Être noble dans la région toulousaine à travers les procès de l’ordre de Malte (1500 – 1632), soutenue à l’Université Côte d’Azur de Nice sous la direction d’Anne Broginila ;
Le Prix de la Société Archéologique du Midi de la France Toulza à la thèse d’Anaïs MASQUELIER, L’architecture des tombes et leur insertion dans le paysage au sein des plaines de la celtique méditerranéenne au second âge du fer, soutenue à l’Université Paul-Valéry de Montpellier sous la direction de Réjane Roure et Valérie Bel.
La Commission du concours propose également d’attribuer une médaille de la Société :
Au mémoire de Delphine RABILLER, La colonie pénitentiaire et agricole pour mineurs du Luc dans le Gard, 1856 – 1929, Master 2 soutenu à l’Université Toulouse 2 – Jean Jaurès, sous la direction de Sylvie Vabre ;
Au mémoire de Brandon ROBIDET, La Devèze : un domaine de l’Hôpital de Toulouse à Balma. XIIe – XIVe siècle, Master 2 soutenu à l’Université Toulouse 2 – Jean Jaurès, sous la direction de Roland Viader ;
Au travail de Laurine VALIERE, Fragments de fenêtres d’hôtels particuliers. Un patrimoine oublié à restituer des collections Renaissance du Musée des Augustins à Toulouse ?, soutenu à l’École d’Architecture de Toulouse sous la direction de Sophie Fradier et Savitri Jalais.
La Présidente précise qu’un mémoire de préhistoire n’a pu être évalué faute de rapporteur. Il s’agit du travail de Louise BETZ, Comportements et trajectoires techniques au Protoaurignacien. Analyse techno-morphométrique et des stigmates d’usage de la production lamino-lamellaire du sondage 2 de la grotte d’Isturitz, mémoire de Master 2 soutenu à l’Université Toulouse 2 – Jean Jaurès, sous la direction de Nicolas Teyssandier et François Bon. La candidate a été informée que son travail sera à nouveau proposé au concours l’année prochaine.
Le procès-verbal de la Commission du concours circule parmi les membres, puis le palmarès est soumis au vote. Les résultats du Concours 2026 de la SAMF sont approuvés. Les prix seront remis lors de notre séance publique, dimanche 29 mars à 16 h dans la salle Clémence-Isaure.
La Présidente sollicite ensuite l’assemblée pour un second vote relatif aux procédures d’envois des invitations à notre séance publique. Les membres du Bureau se sont accordés pour cesser d’envoyer des cartons imprimés par voie postale. Elle expose les raisons de ce choix : depuis plusieurs années la liste des destinataires (environ 700 personnes et institutions) n’est plus à jour et une grande partie des courriers nous revient en raison d’adresses erronées. Ainsi, comme le font déjà la plupart des institutions, l’envoi par courriers électroniques a été privilégié cette année. En outre, force est de constater que peu de personnes se déplacent après avoir reçu une invitation imprimée. Des envois ciblés ont été effectués, à destination des élus et officiels (région, département, préfecture, mairie, DRAC, musées). Le Directeur des Musées et Monuments de la ville a déjà confirmé sa présence. La somme substantielle économisée pourra par exemple permettre de récompenser des jeunes chercheurs à travers un Prix spécial. Elle sera également investie dans la refonte de notre site Internet, devenu obsolète. Clémentine Souchaud, la webmestre en charge du projet, viendra en séance nous présenter le nouveau site qui sera effectif avant l’été. Le devis global pour ce chantier primordial s’élève à 6000 €. Henri Pradalier demande si, pour les officiels (Préfet et Maire), un carton ne pourrait pas être envoyé. Louis Peyrusse note que ce type de lettre ne dépasse pas les secrétariats, qui sont chargés de répondre par des courriers types. Le Trésorier rappelle que le listing, établi il y a plusieurs années avec Maurice Scèlles, s’étendait alors à toute l’Occitanie. Toutefois, ces envois ne servaient qu’à offrir une visibilité toute relative puisque les destinataires résidant en dehors de Toulouse ne se déplaçaient jamais pour la séance publique. Guy Ahlsell de Toulza indique avoir transmis l’invitation aux trois présidentes des sociétés des Amis des musées de Toulouse (Augustins, Saint-Raymond, Paul-Dupuy). Ce public d’amis des arts et curieux, est connu pour être fidèle au rendez-vous des conférences programmées tout au long de l’année.
Le Trésorier suggère qu’une liste de mail soit constituée auprès des présents à la séance. L’expérience avait été réalisée, mais le document a disparu, indique la Présidente. Par ailleurs, afin d’accroître notre visibilité et d’attirer un large public, notre Trésorier suggère de mettre en place une à trois conférences par an sur des thèmes porteurs, « grand public ». Il évoque à titre d’exemple l’idée d’une présentation des Annales manuscrites de la ville de Toulouse, puisque deux de nos consœurs ont étudié ces chroniques des Capitouls. Émilie Nadal a en effet rédigé le rapport pour la candidature d’inscription de ces Livres des Histoires de la ville au registre Mémoire du monde de l’UNESCO (Les portraits des capitouls dans les Annales de Toulouse de 1295 à 1787, Rapport UNESCO, 2023). Aurélia Cohendy vient, quant à elle, de faire paraître un numéro spécial de la revue Art de l’enluminure consacré aux deux premiers volumes des Annales des capitouls (n° 96, mars-mai 2026, « Les Annales des capitouls de Toulouse, une mémoire urbaine »).
Les membres échangent sur cette proposition et différentes possibilités sont évoquées (fréquence, dates, horaires…). La Présidente n’y voit pas d’objection, toutefois elle craint que l’offre dans ce registre soit déjà dense et que les conférences soient redondantes. Elle considère qu’une telle programmation n’entre pas dans les missions initiales de la SAMF. Louis Peyrusse est favorable à l’idée de ces conférences publiques qu’il avait déjà souhaité instaurer lorsqu’il était Président, sans que cela n’aboutisse. Il suggère de réaliser un essai pour un an, en organisant trois séances qui pourraient s’intercaler avec les « Mardis d’Assézat ». Dominique Watin-Grandchamp souligne que les communications en séances ordinaires sont l’occasion de confronter des recherches en cours aux opinions des autres membres. La SAMF est aussi un groupe de travail, appuie notre consœur.
Au sujet de la visibilité, la Secrétaire générale note que notre site reste à ce jour vecteur de notoriété que l’on a sans doute du mal à mesurer mais qui existe.
Après ces discussions, la Présidente soumet au vote l’abandon des envois de cartons d’invitations par voie postale. La proposition est approuvée.
La Présidente poursuit avec différentes annonces. Elle relaie le programme de la réouverture de l’église Notre-Dame du Taur, le 25 mars 2026. À partir de 16 h, Virginie Czerniak présentera une conférence sur le thème : « L’église Notre-Dame du Taur, témoignage gothique du patrimoine toulousain », puis Christian Mange communiquera sur : « Le peintre Benezet et la fresque du martyre de Saint Saturnin à Notre-Dame du Taur ».
La Présidente nous informe encore que le vernissage de la nouvelle exposition du Musée Saint-Raymond, intitulée « Gaulois mais Romains ! » aura lieu le jeudi 2 avril à 17h30.
Enfin, deux candidatures au titre de membres correspondants ont été reçues : celle de Catherine Peoc’h, bibliothécaire au fonds ancien à la Bibliothèque d’Étude et du Patrimoine et celle de Martin Joly, professeur d’archéologie romaine à l’Université Toulouse 2 – Jean Jaurès. Les rapports concernant ces deux candidatures sont attendus pour la séance du 7 avril.
Avant de passer à la communication du jour, Virginie Czerniak fait savoir que le 1er avril à 14 h 30 à Auch, dans le cadre de la séance de la Société Archéologique, Historique, Littéraire et Scientifique du Gers, elle effectuera une présentation de l’ouvrage Lieux de pouvoir en Gascogne aux XIIIe et XIVe siècles, Actes du Congrès archéologique de France, qui s’est tenu dans le Gers en 2023.
La parole est ensuite à Aurélia Cohendy pour une communication longue sur Les vitraux de Simorre (Gers).
La Présidente félicite Aurélia Cohendy pour ce travail qui complète très bien sa publication sur les vitraux de la cathédrale d’Auch, article qu’elle juge fondamental (produit pour le Congrès archéologique de France, 2023). Virginie Czerniak souligne la complexité d’étude des vitraux, en raison notamment des contraintes d’accès. Notre Présidente trouve les découvertes sur les verres à filets colorés particulièrement intéressantes et demande : comme les Amboise, Jean Marre était-il aussi originaire du Nord ? Aurélia Cohendy répond que ce n’est pas le cas, mais qu’il était en lien avec les Amboise, à Paris et dans le Sud-Ouest. Elle ajoute que ces verres à filets colorés ne se trouvent qu’en deux endroits dans le Sud-Ouest ; dès lors, malgré des dessins très différents, l’hypothèse d’un lien, en termes de matériaux ou de chantiers, semble plausible
La Présidente revient ensuite sur le visage de saint Cérase, qu’elle qualifie d’extraordinaire, et trouve convaincant son rapprochement avec la crucifixion du Livre des matricules des notaires (AMT, BB212, folio 3). Stylistiquement, le visage présente des similitudes avec un travail de gravure, poursuit Virginie Czerniak ; des sources gravées ont-elles été trouvées ? Aurélia Cohendy explique ne pas avoir pour l’instant identifié de telles références graphiques. Une certaine liberté se décèle, laissant penser au travail d’un peintre, ajoute notre consœur.
Louis Peyrusse demande si des informations sont connues au sujet de la restauration des vitraux au XIXe siècle. En effet, la composition des fenêtres côté Est l’interpelle : les scènes de crucifixion ne sont pas centrales, elles sont décalées et semblent mal montées. Le peintre-restaurateur n’aurait-il pas fait bouger les scènes ? C’est possible, répond Aurélia Cohendy. L’étude réalisée par Françoise Gatouillat indique qu’en 1869 cette verrière a été entièrement recomposée à partir de différents fragments. Louis Peyrusse remarque qu’un autre Calvaire est positionné en pendant avec une Vierge à l’Enfant. Virginie Czerniak explique que ce genre d’association est fréquente, il en existe des exemples dans des diptyques en ivoire du XIVe siècle. Louis Peyrusse revient sur le travail de restauration de XIXe siècle qu’il considère de belle facture. Il note que le jeu de grisailles est bien saisi par le peintre verrier, qui capte un peu de l’esprit du XVe siècle et parvient à harmoniser l’ensemble.
Henri Pradalier se dit surpris par l’intensité des couleurs du rouge et du bleu. En comparant ces baies, datant de 1470-1480, avec celles de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, elles se rapprochent presque de vitraux du XIIIe siècle. Toutefois, cette impression est peut-être liée à l’exposition des photographies, concède notre confrère. Aurélia Cohendy précise que ces bleus et rouges puissants sont encore présents au XVIe siècle. À Simorre, les deux teintes sont utilisées pour des éléments d’architecture ce qui les rend particulièrement visibles, habituellement elles sont plutôt employées pour des tentures.
Notre ancien Président rectifie ensuite un point de vocabulaire : il n’y a pas de « transept nord et sud », mais un seul transept avec un « bras sud », un « bras nord » et une « croisée du transept ». On parle de croisillon lorsqu’il est plus bas que le vaisseau central de la nef.
Patrice Cabau précise également que la cathédrale de Carcassonne actuelle est sous le vocable de saint Michel (c’est l’ancienne cathédrale, dans la Cité, qui était dédiée à saint Nazaire et saint Celse).
Par ailleurs, au sujet de l’écu armorié de l’évêque Roger de Labarthe sur le vitrail de saint Cérase, il corrige : les fumées sont de gueules et non d’argent.
Oliver Testard demande si le terme « cerne lumineux » ne correspond pas à une « contre-ombre », expression utilisée aux Beaux-Arts, dans l’apprentissage du dessin. Cette question peut être un axe de recherche quant à l’apparition du travail des volumes.
Guy Ahlsell de Toulza rejoint Louis Peyrusse concernant la qualité du travail des restaurateurs, au regard des grands ateliers toulousains du XIXe siècle (Gesta par exemple). À Simorre, le traitement des visages des évêques est très étudié, le dessin et les expressions sont très imprégnés du style des originaux, et témoignent d’une volonté de faire « à la manière » du XVIe siècle.
Françoise Merlet-Bagnéris, qui a travaillé sur l’architecture de la cathédrale d’Auch, rappelle que pendant que les vitraux de Simorre sont restaurés, simultanément le maître-verrier Émile Hirsch œuvre à Auch. N’existerait-il pas une porosité entre les chantiers de restauration des verrières des deux édifices ? demande-t-elle. Aurélia Cohendy confirme : le peintre Antonin Léglise intervient à Auch et à Simorre. La question de la proximité des ateliers reste à explorer. Françoise Merlet-Bagnéris signale le mémoire de DEA d’Éric Lagaeysse sur le sujet (Les vitraux d’Arnaud de Moles à la cathédrale Sainte-Marie d’Auch, sous la direction de Yves Bruand, 1986).
