Société Archéologique  du Midi de la France
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Mémoires
de la Société Archéologique
du Midi de la France

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Tome LII (1992)



BULLETIN DE L'ANNÉE ACADÉMIQUE

1991-1992

Établi par Daniel CAZES et Maurice SCELLÈS

 

    Cette édition électronique respecte la mise en page de l'édition imprimée (Bulletin de l'année académique 1991-1992, dans Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t. LII, 1992) dont nous indiquons la pagination. Les corrections nécessaires ont été apportées et quelques illustrations en noir et blanc sont remplacées par des illustrations en couleur. (Mise en page html : Maurice Scellès, août 1999.)


1ère partie
Séances du 5 novembre 1991 au 3 mars 1992
2e partie
Séances du 24 mars 1992  au 18 juin 1992

M.S.A.M.F., T. LII, page 135

 

Séance du 5 novembre 1991

Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Noé-Dufour, MM. l'abbé Baccrabère, Blaquière, Boudet, Cabau, Gérard, Gillis, Hermet, Julien, Lassure, Latour, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse.
Excusés : Mme Labrousse, MM. Laffont, Manière.

    Le Président ouvre l'année académique en annonçant que le calendrier des communications est déjà plein. Il demande néanmoins aux membres qui le souhaiteraient de s'inscrire. Le programme de cette séance de rentrée étant particulièrement chargé, le Président donne alors la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 19 juin dernier, qui est adopté.
    Puis le Secrétaire général rend compte de la correspondance manuscrite : annonces de colloques, invitations, catalogues de libraires, etc.

    Plusieurs dons de membres de notre Société sont à signaler :
    de M. Gérard, au nom de l'Association des Amis des Archives de la Haute-Garonne, l'Inventaire sommaire de la sous-série 1 L. Archives de la période révolutionnaire (1790-An VIII), t. 1 ;
    de Guy Ahlsell de Toulza, conservateur du musée du pays rabastinois, le catalogue de l'exposition que l'on peut encore voir jusqu'au 11 novembre 1991 : Le grand retable gothique de Notre-Dame du Bourg à Rabastens ;
    de Jean-Luc Laffont, plusieurs tirés à part d'articles concernant surtout le notariat ;
    de Gabriel Manière, sa publication sur Saint-Élix-le-Château.
    de Henri Hermet, le premier fascicule de sa Bibliographie de l'histoire de Toulouse, publiée par Archistra.

    En outre, la Société a acheté l'ouvrage de J.-M. Humbert : L'Égyptomanie dans l'art occidental.

    En raison du grand nombre d'ouvrages reçus pendant les vacances, on se limite aujourd'hui à la présentation des revues régionales et nationales. Parmi les nombreux articles pouvant intéresser les membres de notre Société, certains doivent être plus particulièrement signalés :

Louis Carsalade, Le prieuré fontevriste de Saint-Laurent des religieuses dans Archistra, n° 99 (printemps 1991), Toulouse, p. 46-50. Fondé en 1151 à Saint-Laurent (canton de L'Isle-en-Dodon), au bord de la Save, le prieuré était occupé en 1209 par soixante-seize moniales, deux religieux prêtres et vingt-deux frères convers : cela est caractéristique de l'Ordre de Fontevraud, mixte selon la volonté de son fondateur Robert d'Arbrissel. La Mairie, le Conseil Général et l'association « Saint-Laurent Patrimoine » ont restauré et remis en valeur le mur occidental de l'église prieurale primitive encore long de plus de 12 m, haut de 7 m, pour une largeur de 1,25 m. Ce mur, datable du XIIe siècle, est construit en briques, percé de deux baies romanes et épaulé par deux contreforts extérieurs. À l'intérieur, ce mur de façade de l'ancienne église présente encore


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des vestiges de peintures murales qui seraient proches de celles de l'église des Templiers de Montsaunès (Haute-Garonne). On connaît les dimensions de l'édifice qui avait 35 m de long sur 8,30 m de large ; une fouille serait toutefois nécessaire afin de bien préciser son plan. Quatre chapiteaux de marbre, provenant du cloître qui jouxtait l'église, évoquent les claires-voies gothiques du Midi toulousain des XIIIe et XIVe siècles (du type des Jacobins de Toulouse par exemple). Des fouilles seraient là aussi nécessaires pour mieux connaître les dispositions des bâtiments conventuels. La publication d'une plaquette de présentation de cet ensemble peu connu d'architecture monastique médiévale devrait favoriser son étude – insistons sur la nécessité d'une bonne étude archéologique – et son insertion dans le répertoire des abbayes historiques de Midi-Pyrénées.

Archistra, n° 100 (6 juillet 1991). Dans l'église du Bourg-Saint-Bernard, qui date de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle, un décor peint néo-Renaissance italienne, tout à fait exceptionnel, est dû au peintre Gaétan Ceroni qui le réalisa en 1841. Ceroni a beaucoup travaillé à Toulouse (cathédrale Saint-Étienne) et dans la région toulousaine.

Régis de La Haye, La fontaine du cloître de Moissac dans Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, t. CX (1985), p. 115-122. Dans l'angle nord-ouest du cloître roman de Moissac se trouvait une fontaine que plusieurs documents d'archives permettent d'évoquer avec une relative précision. L'eau y parvenait, à partir de deux puits situés sur le coteau surplombant l'abbaye, par des tuyaux de plomb. Cinq tuyaux faisaient jaillir l'eau dans une vasque de marbre magnifique, d'un diamètre de 3,25 m, qui était percée de douze trous pour l'écoulement. Un procès-verbal de visite de 1669 donne une précieuse description de l'architecture du pavillon de la fontaine : la vasque était entourée d'une arcature faite de colonnes de marbre et de chapiteaux « de mesme fabrique que ceux du cloistre ». La fontaine fut détruite vers la fin du XVIIIe siècle. Il n'en reste aujourd'hui que les arrachements de l'arcature (sur le pilier central de la galerie nord et au-dessus du chapiteau de l'Annonce aux Bergers de la galerie ouest) qui permettent de restituer une enceinte de 5,50 m sur 13 m, et, dans le mur-bahut de la claire-voie du cloître, deux passages aujourd'hui murés qui donnaient accès à cette fontaine.

Jean-Claude Fau, Nègrepelisse : découverte de deux bustes antiques dans Bulletin de la Société archéologique Tarn-et-Garonne, t. CVI (1981), p. 19-22. Le portrait en marbre d'Agrippine a été racheté en vente publique, à l'Hôtel Drouot, par le Musée Saint-Raymond, où il est actuellement présenté et complète heureusement la série des portraits julio-claudiens de Béziers.

Inscriptions latines d'Aquitaine, Nitiobroges, par Brieuc Fages et Louis Maurin, Supplément au t. CXVIII, n° 1 (janvier-mars 1991) de la Revue de l'Agenais. Ce volume inaugure une série de publications d'inscriptions latines entreprises par le Centre Pierre-Paris de l'Université de Bordeaux, dans le cadre du programme PETRAE (Programme d'Enregistrement, de Traitement et de Recherche Automatique en Épigraphie), et s'intégrant dans le projet plus ambitieux encore de révision des inscriptions des Gaules (Narbonnaise et Trois Gaules), sur la base du Corpus Inscriptionum Latinarum.
    Le corpus proprement dit comprend trente inscriptions avec notices complètes et photographies, divers index et tables de concordance.
    Il est précédé d'une importante introduction historique qui est une excellente synthèse sur la Cité des Nitiobroges (et non Nitiobriges selon une erreur courante : la forme Nitiobroge est attestée par l'inscription d'un torque du Ier siècle avant J.-C.), grosso modo le Lot-et-Garonne actuel, et la ville d'Agen (Aginnum) dont la superficie était considérable (70 à 80 ha) et l'organisation urbaine et monumentale tout à fait remarquable. Ce qui fait d'autant plus regretter la destruction ou la disparition récente des vestiges de son théâtre (d'un diamètre de 83 m) et de son amphithéâtre (dont le grand axe avait entre 110 et 120 m).

Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1987 :

- Noël Duval, Le site de Gamzigrad (Serbie) est-il le palais de retraite de Galère ? (p. 61-84). Une enceinte fortifiée englobe 6,5 hectares près de la ville actuelle de Zajecar, à l'arrière du limes danubien, non sans similitude avec le fameux palais de Dioclétien à Split. En 1984, la découverte d'une inscription a permis de certifier le nom du lieu : Romuliana.
    En fait, il y a deux enceintes : une de la fin du IIIe ou du début du IVe siècle, rectangulaire, à tours carrées sauf pour deux portes flanquées de petites tours de plan octogonal ; l'autre, plus imposante mais de forme irrégulière, à tours de plan circulaire à l'intérieur et polygonal à l'extérieur, et qui est une reconstruction de l'époque de Justinien (Procope signale cette restauration de Romuliana au VIe siècle par l'empereur byzantin). À l'intérieur, sans plan régulier, ont été construits plusieurs édifices : deux temples dont la dédicace est inconnue, un « Palais I », un « Palais II » plus petit et plus récent que le premier, un horreum, peut-être des thermes, un édifice public à abside lié au « Palais II », un curieux ensemble de salles isolé dans un enclos rectangulaire qui a été interprété comme un mausolée.
    Noël Duval critique la position de plusieurs archéologues yougoslaves qui voient dans cet ensemble une résidence personnelle de Galère – qui serait né à cet endroit – et plus spécialement celle de sa retraite, où il aurait été inhumé à sa mort, en 311. Le mélange, sans ordre préconçu, de bâtiments publics et résidentiels pourrait plutôt faire songer aux conciliabula, lieux où se rassemblaient des populations rurales pour leurs activités cultuelles, politiques et économiques. La


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proximité de la frontière de l'Empire expliquerait la fortification. Ce lieu, ensuite christianisé (basiliques chrétiennes successives et baptistères), vivait encore à l'époque de Justinien.
- Dom Jacques Dubois, Les bas-reliefs du portail du couronnement de Notre-Dame de Paris (p. 84-90).
- Marie-Madeleine Gauthier présente l'étude de Mme Dabrowska-Zawadzka sur une relique de la Vraie Croix ayant appartenu à l'empereur byzantin Manuel Comnène, placée dans la staurothèque dite « Croix palatine » aujourd'hui conservée à Notre-Dame de Paris.
- Georges Ferrière, À Agen, une belle occasion manquée dans Sites et monuments, n° 134 (3e trimestre 1991), p. 20-21.
    L'auteur signale le réenfouissement des vestiges de l'amphithéâtre romain retrouvé, sous les pieux d'un programme immobilier, malgré une mesure d'inscription de ces vestiges à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques.
- Charles Bonnet et Béatrice Privati, Les origines de Saint-Gervais à Genève dans Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Comptes rendus des séances de l'année 1990, juillet-octobre, Paris, 1990, p. 747-763.
Il s'agit d'une fouille tout à fait exceptionnelle par les moyens mis en œuvre et les méthodes utilisées sur un site genevois de la rive droite du Rhône, près d'un pont donnant accès à Genève mentionné en 58 avant J.-C. par Jules César. Les vestiges les plus anciens appartiennent à un habitat néolithique et une nécropole de l'Âge du Bronze (1400-800 avant J.-C.). À partir de 50 avant J.-C., l'occupation est continue jusqu'à nos jours.
    Un monument rectangulaire d'époque augustéenne est un sanctuaire celtique avec fosses cultuelles. Un vaste bâtiment du Ier siècle après J.-C., de plan inhabituel, est utilisé jusqu'au IIIe siècle. Une église funéraire du Ve siècle succède à un mausolée placé dans une aire cimetériale voisine ; une crypte à caveau funéraire était aménagée sous le sanctuaire. Aux VIe-VIIe siècles, la nef de l'église est entourée d'une galerie tandis que se multiplient les inhumations de tous types, notamment en sarcophages de pierre.
    Cette fouille se poursuit encore et un aménagement en site archéologique visitable par le public est en cours, bénéficiant du succès considérable remporté par l'aménagement muséographique, déjà réalisé par Charles Bonnet et son équipe, des fouilles exemplaires du groupe épiscopal de Genève.

    Après cette présentation, le Président donne la parole aux différents rapporteurs sur les candidatures au titre de membre correspondant de notre Société. Mlle Valérie Rousset, Mme Claire Eczet, MM. Henri Ginesty et Frédéric Veyssières sont élus membres correspondants.

    Le Président aborde ensuite la question de la Fondation Bemberg. Les choses ont bien changé depuis la séance du 18 juin dernier, dont nous venons d'entendre le procès-verbal. Il faut rappeler qu'un historique des négociations a été établi à partir des procès-verbaux de séances et qu'il a été intégré, avec de nombreuses pièces justificatives, au procès-verbal de la séance exceptionnelle du 23 avril 1991. Le projet de construction d'un immeuble « placard » en fond de cour a été abandonné au profit de l'acquisition d'un immeuble voisin. Plusieurs possibilités ont été envisagées, avant qu'en juillet dernier soit prise la décision de principe de laisser à la Fondation toute l'aile gauche, la loggia et le deuxième étage de l'aile droite sauf son extrémité.
    L'avant-dernier état du projet date du 27 octobre. Les Académies et Sociétés savantes conservent bien sûr la salle des séances publiques de l'aile droite ; les deux autres bâtiment appelés B et C doivent être acquis par la Mairie et les solutions actuelles sont donc sous cette condition. Le Président présente alors les plans.
    On en était là lorsqu'à la réunion du 30 octobre, MM. Puel et Andrès ont présenté un nouveau projet, prévoyant la démolition et la reconstruction du bâtiment à acquérir. Cela offrirait une plus grande liberté pour l'agencement et la répartition des nouveaux locaux entre les Académies. Il y aurait toutefois un inconvénient dans le fait que les places de stationnement seraient très peu nombreuses. Une difficulté subsistait également à propos de l'utilisation du grand escalier, pour lequel le texte signé le 30 septembre garantissait le respect de l'indépendance totale de fonctionnement. Or le projet de convention envoyé par les avocats et architectes de M. Bemberg prévoyait qu'une grille serait installée dans le grand escalier. Son utilisation varierait selon les périodes : périodes de vacances scolaires, période estivale, année académique, samedis et dimanches.

    M. Lassure demande quelles sont les conditions prévues jusqu'à l'achèvement des travaux. Le Président indique que pour M. Puel, il est normal que la construction et l'aménagement des nouveaux locaux précèdent le déménagement des Sociétés et Académies.
    On fait remarquer que la double utilisation des locaux risque de poser des problèmes, la sécurité du futur musée pouvant justifier la fermeture totale du bâtiment. Toutefois, la Fondation n'a pas le statut de musée et n'est donc pas soumise aux normes de la Direction des Musées de France ; on peut objecter que le label « musée » n'est pas protégé juridiquement, et une personne privée peut donc ouvrir aujourd'hui un « musée ».


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    À propos du bâtiment à construire, il est précisé que la volumétrie générale du quartier sera respectée. Plusieurs membres soulignent qu'il faudra tenir compte des éventuels, mais presque certains, problèmes archéologiques.

    Guy Ahlsell de Toulza annonce que la plaque de la gravure du XVIIIe siècle des Corps saints de Saint-Sernin a été restaurée et qu'il en a fait faire trois tirages par des étudiants de l'École des Beaux-Arts ; il serait possible d'en faire d'autres tirages au prix de 100 F l'exemplaire.

 

Séance du 19 novembre 1991

Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Noé-Dufour, Eczet, Rousset , MM. Bernet, Blaquière, Cabau, Delpoux, Fabre, Julien, Latour, Péaud-Lenoël.
Excusés : Mmes Cazes, Colin, MM. Cazes, Secrétaire général, Biget, Gillis, Laffont, Manière, l'abbé Rocacher.

    Le Président ouvre la séance en informant les membres de la Société que la Séance publique de l'Académie des Sciences aura lieu le 1er décembre à l'Hôtel d'Assézat.
    Il présente alors à la Société Mmes Claire Eczet et Valérie Rousset, nouveaux membres correspondants. Puis il donne la parole au général Delpoux qui nous présente Le Château de Caudeval :

    «  Découvertes archéologiques

    Ne disposant d'aucun texte relatif aux constructions effectuées du XIIe au XVIIe siècle, seulement une hypothèse se fondant sur l'examen des éléments bâtis, de divers indices (remblaiements, courtines), peut être formulée, selon laquelle la partie la plus ancienne est du XIIe siècle, doublée au début du XIVe siècle et flanquée au XVIe d'une tour à escalier en pierre en vis, avec une extension au XVIIe (1672).

    Découvertes de gypseries

    Des cinq niveaux, trois sont ornés de décors de gypseries, toutes blanches (treize salons et cabinets, cage du grand escalier). Ils datent de la fin du XVIIe, du milieu du XVIIIe, ceux de la salle de billard entre 1758 et 1765, enfin de 1780-1790 (guirlandes de fleurs, feuillages, chasse, nature). Trois panneaux de la salle de billard (7,50 m de h.) représentent, par l'art militaire et l'art héraldique, les armoiries ainsi que la carrière militaire et civile de François-Charles, Comte de Rochechouart, Marquis de Faudoas, Lieutenant Général des Armées, Gouverneur de l'Orléanais et autres places.
    La réalisation de ces décors a entraîné l'agrandissement des ouvertures afin de laisser davantage de lumière pour les éclairer ; des éléments de meneaux ont ainsi été retrouvés. »

    Le Président remercie le général Delpoux et le félicite pour les travaux de restauration qu'il a entrepris. À propos du corps de bâtiment daté du XIIe siècle, il demande quels sont les éléments qui permettent de fonder cette datation. Pour le général Delpoux, les pierres de grandes dimensions du mur retrouvé en creusant peuvent être mises en relation avec un document de 1132 qui mentionne le château. Les portes datables des XIIIe-XIVe siècles se trouvent sur la partie ajoutée à l'arrière. Mais le général Delpoux précise qu'il a pu se demander si ces matériaux n'avaient pas été arrachés à un château des environs. Pour Guy Ahlsell de Toulza, rien ne permet de dater du XIIe siècle le bâtiment le plus ancien ; on pourrait inverser la chronologie des différentes parties : le bâtiment le plus ancien serait celui du XIIIe ou du XIVe siècle, auquel aurait été ajoutée la partie avant comprenant la tour d'escalier du XVIe siècle. Plusieurs membres remarquent que des appareils de moellons peu réguliers succèdent au XVe siècle aux constructions en pierre de taille des XIIIe et XIVe siècles.
    M. Fouet demande si l'on est en mesure de situer les écuries. Le général Delpoux n'a pas de réponse, si ce n'est pour le XVIIe siècle où il ne s'agissait que d'un petit bâtiment. Pour le Président, les hommes de garde n'étaient peut-être pas très nombreux. Le général Delpoux indique qu'un rapide calcul à partir du nombre des ouvertures de tir permet d'estimer à une vingtaine le nombre des défenseurs. Le Président rappelle que nous avons des récits d'attaques de châteaux forts où la place défendue par deux hommes est prise par cinq. Il n'y avait que douze hommes au château de Najac. Pour le Président, il n'y avait donc pas besoin de locaux spécialisés pour une garde ; par ailleurs, il demande s'il y a des preuves que la question était pratiquée dans le château de Caudeval. Le général Delpoux répond que les anneaux conservés en témoignent et que le seigneur de Caudeval était haut, moyen et bas justicier. M. Fouet remarque que l'on voit encore sur le mur du palais de Justice de Toulouse des anneaux destinés à attacher les chevaux. Le général Delpoux indique que ceux conservés dans le sous-sol voûté de Caudeval sont placés très bas, et qu'il a retrouvé un fer de prisonnier.

    M. Péaud-Lenoël demande pourquoi les décors de gypserie ont tous été restaurés en blanc. Le général Delpoux précise que l'Inspecteur général Pierre-Marie Auzas qui l'a alors conseillé pensait qu'en France ces décors étaient blancs, tandis que l'on employait la couleur en Italie. M. Scelles se souvient qu'il a en trouvé peints au naturel dans la région de Moissac ; M. Coppolani connaît deux immeubles toulousains où les stucs sont peints et, selon Guy Ahlsell de Toulza, ceux du château de Lara


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le sont également, tandis que les gypseries, de style Louis XV, de l'hôtel Rech de Penautier, rue Vélanes à Toulouse sont bleu roi et or. En remarquant que les stucs respectent les représentations héraldiques traditionnelles, Guy Ahlsell de Toulza ajoute que les casques de marquis portent toujours un collier et qu'il ne faut donc pas nécessairement y voir un ordre précis. Répondant à M. Julien, le général Delpoux indique qu'il n'existe aucun acte notarié concernant ces décors, le seul document étant un acte de vente de 1765, qui n'apporte pas de précisions.

    Le Président aborde les questions diverses en évoquant la polémique qui s'est développée autour d'un programme immobilier concernant les abords de l'église Saint-Vincent à Carcassonne. Un îlot accolé au flanc sud de l'église a été détruit tout récemment, et le curé, l'abbé Cazeaux, a entamé une grève de la faim pour obtenir que l'on renonce au projet immobilier en créant une place dégageant l'édifice qui pourrait ainsi être vu. Le Président demande si la Société Archéologique du Midi de la France doit ou non soutenir son action. Pour en savoir plus, il a contacté différentes personnes. L'Architecte des Bâtiments de France de l'Aude a sans doute donné l'autorisation de démolir. Il faut encore préciser que l'urbanisme d'une bastide repose sur des moulons bâtis et que l'église a donc été construite pour n'être visible que de la rue et certainement pas pour être placée dans un écrin. Faut-il donc reconstruire ? Les deux positions semblent difficilement défendables. Les reportages qui ont été diffusés à la télévision montraient une population choquée par cette démolition. Le Président rappelle qu'à Pamiers on a fait disparaître le quartier du pont Neuf pour y bâtir des barres de béton qui ont détruit le cadre urbain. Le caractère insalubre de certains de ces quartiers justifie-t-il leur disparition totale ? On cite l'exemple de Cahors, où des îlots ont été entièrement détruits et reconstruits avec des résultats variables ; il faut reconnaître que dans certains cas l'état de délabrement d'immeubles qui sont des constructions très médiocres, même si elles sont anciennes, rend difficile leur conservation et surtout leur rénovation. La question qui se pose alors est celle de la qualité architecturale des nouvelles constructions. Par ailleurs, il faut rappeler que la ville de Carcassonne est dans une situation financière grave et qu'un dédit sur le projet immobilier de Saint-Vincent pourrait lui coûter dix millions de francs de dédommagement ; en outre, l'église a été conçue entourée de maisons et le beau point de vue sur le monument serait un non-sens : la place ne se justifie pas historiquement. On s'accorde sur le fait qu'il aurait fallu éviter la démolition. Certains membres pensent que la Société peut difficilement refuser de se prononcer sur un tel sujet ; pour d'autres, au contraire, il ne faut pas qu'elle prenne position sans connaître précisément le dossier. Le Président souligne que la tâche des Architectes des Bâtiments de France est difficile parce qu'ils doivent prendre leurs décisions seuls, sans être soutenus et face à des pressions de toutes sortes. Un membre explique ce qu'est un avis conforme, et qu'en l'absence de réserves exprimées par cet avis, il est impossible d'intervenir sur une réalisation en cours.

    Le Président présente ensuite les derniers développements du projet d'installation de la Fondation Bemberg. La procédure a été accélérée du fait que M. Bemberg a annoncé qu'il proposerait son projet à la ville de Lausanne, si aucune convention n'était signée avant le 11 novembre. On prévoyait au départ une convention tripartite, ce qu'ont refusé les Sociétés et Académies. Une convention sera donc signée entre la Fondation et la Ville de Toulouse, qui sera liée à l'Union par une seconde convention. L'Union a demandé un certain nombre de modifications au projet de convention établi par Me Goguel, modifications qui ont presque toutes été acceptées. Le plus difficile a été de trouver un accord sur l'usage du grand escalier : on y est parvenu avec un usage différent pendant les périodes scolaires et les vacances, mais on n'a pu éviter qu'une fermeture soit installée entre le deuxième et le premier étages pour des questions de sécurité. Les membres de la Société pourront de toute façon toujours utiliser le grand escalier, librement en dehors des heures d'ouverture de la Fondation, sous son contrôle pendant ses heures d'ouverture.
    Le Président présente les nouveaux plans, et les commente ; une question reste en suspens : celle du sort du Musée de la Médecine, dont l'installation à l'Hôtel-Dieu serait remise en cause. La partie n'est toutefois pas perdue et on espère que ce projet se réalisera.

 

Séance du 3 décembre 1991

Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier ; Mme Noé-Dufour, MM. l'abbé Baccrabère, Bernet, général Delpoux, Fabre, Latour, Manière, Peyrusse, abbé Rocacher, Tollon, membres titulaires ; Mme Cazes, Mlle Rousset, MM. Cabau, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Veyssières, de Viviès, membres correspondants.
M. et Mme Ginesty, invités par M. Tollon, assistent à la séance.
Excusés : MM. Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint.

    M. Coppolani donne lecture du procès-verbal de la séance du 19 novembre 1991. Après quelques corrections, celui-ci est adopté. Au sujet des anneaux de fer évoqués au cours de la discussion qui a suivi la communication du général Delpoux, M. Fouet ajoute qu'il existe encore au premier étage de La Grave, dans la tour Taillefer, deux fixations avec chaînes et colliers pour fixer au mur les prisonniers ; elles avaient servi à entraver les prostituées.


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bul9201.BMP (33574 octets) PRIEURÉ SAINT-JEAN DE MALTE, TOULOUSE. Plan du rez-de-chaussée. Dessin de Jean-Philippe Garric, Société académique d'Architecture, reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 

    La communication portée à l'ordre du jour, de M. Lapart, a dû être annulée. Le Président donne la parole à M. Tollon qui présente Le vestibule de l'hôtel de Malte (1668) et sa signification :

    « L'hôtel du grand prieur de Saint-Jean de Malte transformé en 1668 par l'architecte Jean-Pierre Rivalz marque un tournant dans l'histoire de la demeure urbaine à Toulouse. L'étude du vestibule d'entrée permet d'en faire la vérification.
    Le prieur de Robin-Graveson, soucieux d'organiser une façade solennelle, a d'abord supprimé les cinq boutiques qui, dans l'état antérieur, occupaient le rez-de-chaussée de part et d'autre de l'entrée. On a remarqué depuis longtemps (R. Mesuret, Évocation du Vieux-Toulouse, 1960) que la façade de 1668 avec ses sept travées régulières reprenait les dispositions du palais Chigi-Aldobrandini, à Rome. En réalité, la ressemblance avec le palais romain va plus loin. Rivalz donne à Toulouse son premier « androne » avec un vestibule d'une ampleur inusitée. Le passage très soigneusement voûté combine berceau surbaissé

 


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HÔTEL DU GRAND PRIEURÉ DE SAINT-JEAN DE MALTE. Galerie du portique et travée serlienne du vestibule. Cliché Bruno Tollon.

et pénétrations sur les petits côtés ; son éclairage est assuré par deux fenêtres en façade et l'imposte de la porte cochère. Côté cour, trois baies l'ouvrent sur la galerie du portique : leur dessin est remarquable : avec une baie cintrée et deux portes latérales, Rivalz donne une variante de la travée serlienne, si couramment utilisée en Italie. Outre son adaptation à l'usage nouveau du carrosse, le vestibule joue un rôle dans la distribution de l'immeuble. Son large trottoir favorise la circulation, et sur ses côtés, quatre portes symétriques servent d'accès, au Nord, à des pièces de service et, au Sud, à des pièces sur le principe de la sala terrena, dont les décors peints appliqués sur les voûtes évoquent charmilles et entrelacs de jardin.
    On mesure tout l'intérêt du dispositif mis en place par Jean-Pierre Rivalz. C'est un témoignage de plus des liens privilégiés que Toulouse entretenait avec l'Italie. D'autres caractères de la demeure pourraient être passés en revue : cour à portique, localisation de l'escalier, décor des fenêtres à frontons alternativement curvilignes et triangulaires... Retenons seulement cette dilatation du vestibule et le rôle plus large joué dans le fonctionnement de l'hôtel : ce prototype a fait école. On pourra le vérifier avec l'hôtel Pauci (vers 1670), l'hôtel du Bourg (1683), l'hôtel Davizard (1686), l'hôtel Druilhet, qui donnent lieu actuellement à des enquêtes de même nature. » 

    MM. Coppolani, Fouet, Peyrusse, Pradalier, présentent quelques remarques complémentaires.

    M. Manière présente ensuite Une croix du XVe siècle conservée à Cazères-sur-Garonne (Cf. Gabriel Manière et Jean Rocacher, La Croix de l'oratoire de la Case à Cazères, dans Revue de Comminges, t. CVI, 1991, p. 477-481, ill.).

    Après les deux communications, le Président présente à ses confrères les derniers plans dressés par les architectes pour la nouvelle installation des Académies dans l'hôtel d'Assézat avec la Fondation Bemberg.

 

Séance du 17 décembre 1991

Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Noé-Dufour, Rousset, MM. Bernet, Blaquière, Boudet, Cabau, le général Delpoux, Fabre, Gilles, Gillis, Hermet, Latour, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l'abbé Rocacher.

    Le Président présente l'ouvrage que M. Prin et l'abbé Rocacher ont consacré au Château narbonnais, ouvrage qui vient de paraître et que leurs auteurs offrent à la Société. Il rappelle que la description de François Garipuy, qui n'avait pu trouver place dans ce volume, paraîtra dans le prochain volume des Mémoires (t. LI, 1991).

    On procède ensuite à l'élection de membres titulaires. Le Bureau propose cinq noms au suffrage : Mmes Cazes et Éclache, MM. Cabau, Lapart et Péaud-Lenoël. Tous les cinq sont élus membres titulaires.


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    Guy Ahlsell de Toulza fait remarquer que le tirage de la gravure des Corps Saints de Saint-Sernin, réalisée pour la Confrérie des Corps Saints en 1761-1762, est exposé dans la salle des séances.
    Le Président annonce que désormais la Société sera ouverte tous les mardis après-midi, M. Latour ayant accepté d'assurer une permanence. En outre, le Président assurera une permanence toute cette année, les lundis de 14 h à 17 h.
    Guy Ahlsell de Toulza indique ensuite qu'il a été décidé au cours de la dernière réunion du Bureau de fixer de nouveaux prix pour les volumes anciens des Mémoires. Quant aux volumes du Bulletin, qui sont des sources d'information très précieuses, leur prix n'a pas encore été défini car la question est plus difficile à régler en raison du caractère très hétérogène de cette publication.

    Après avoir mis en circulation catalogues de libraires, invitations etc., Daniel Cazes poursuit sa présentation détaillée des revues et ouvrages reçus par la Société.

Dans les deux dernières livraisons de L'Auta, on note l'article de l'abbé Rocacher, Qui se souvient de Paul Mesplé ? (novembre 1991, n° 570, p. 272-275), et celui de Jean Coppolani, Du nouveau autour de la place Saint-Pierre (décembre 1991, n° 571), ce dernier nous rappelant la disparition du rempart romain.

Procès-verbaux des séances de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l'Aveyron, t. XLV, 2e fasc. (1988) :
- Abbé Jean-Michel Fabre, Un millavois au service de la vérité et de l'histoire : Monseigneur Louis Saltet, p. 237-243. Louis Saltet (1870-1952) succède en 1898 au chanoine Douais, dans la chaire d'Histoire de l'Église de l'Institut catholique de Toulouse. Il y assure également un cours d'archéologie chrétienne. À partir de 1909, il se consacre à une étude critique des textes servant de base à l'Histoire de l'Église. Il a ainsi écrit plus de cent cinquante articles publiés dans le Bulletin de Littérature ecclésiastique de l'Institut Catholique de Toulouse. Il s'intéresse aussi à saint Privat, saint Martial, saint Saturnin, sainte Foy, pour ce qui concerne nos régions méridionales. De nombreuses conférences s'ajoutent à cette œuvre dense, encore utile à la recherche d'aujourd'hui et dont il est bon de rappeler l'existence.
- Comptes rendus bibliographiques : on y remarque (p. 260-261) celui de l'ouvrage de Gaston Alary, Guillaume Durant, évêque de Mende (1296-1330) : un combat pour la réforme de l'Église au XIVe siècle ; sa statue gisante qui avait été acquise au XIXe siècle à Montpellier par la Société Archéologique du Midi de la France, est aujourd'hui conservée au Musée des Augustins. Il serait intéressant d'acquérir cet ouvrage pour notre bibliothèque.

Procès-verbaux des séances de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l'Aveyron, t. XLV, 4e fasc. (1990) :
- Lucien Dausse, Un ex-voto à Camulus, Mars gaulois, p. 523-528. Une tabella ansata en bronze argenté, découverte en 1989 à Rodez, rue A. Briand, porte cette dédicace faite par un certain MACER, surnom latin d'un homme libre, peut-être un soldat originaire de la Cité de Reims, au Ier siècle après J.-C.
- Lucien Dausse, Réapparition d'un lot de céramiques sigillées de la Graufesenque, p. 591-607. Il s'agit d'une collection découverte fortuitement dans une décharge de Rodez.
- Pierre Lançon, Découvertes de sculptures romanes à Lassouts, p. 627-630. Les deux fragments (un ange Gabriel visitant la Vierge, et la Vierge à l'Enfant d'une Adoration des Mages) proviennent de l'église romane de Lassouts, l'édifice actuel étant plus récent.

Bulletin de la Société d'Études des Hautes-Alpes, année 1989. Ce fort volume (437 p., ill. en NB et couleur) est entièrement consacré à un ensemble d'études sur le Prieuré clunisien de Saint-André de Rosans. Tour à tour, l'histoire du prieuré et du village attenant, l'organisation architecturale de l'ensemble prieural du XIe au XIIIe siècle (G. Barruol, Y. Esquieu), l'analyse des mosaïques romanes de l'église prieurale (G. Barruol, X. Barral i Altet, C. Bassier), celle des sculptures découvertes lors des fouilles (J. Thirion), les questions liturgiques (G. Barruol, P.-Y. Playoust), les manuscrits originaires du prieuré (Denis Escudier), et enfin les perspectives de restauration et de mise en valeur (architecte en chef Alain Tillier) sont abordés. L'ordre dans lequel ces sujets sont présentés et la conception de la conservation et de la restauration de cet ensemble archéologique et monumental témoignent d'une méthode de recherche et d'une volonté de présentation pédagogique au public tout à fait exemplaires. La mise en œuvre, en un temps relativement court, d'une telle entreprise pluridisciplinaire réunissant harmonieusement des institutions et des spécialistes (historiens, archéologues, historiens de l'Art et des textes, architecte, aussi divers devrait être la règle en France : on ne la constate malheureusement qu'assez rarement, d'où l'intérêt de ce cas.


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Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Comptes rendus des séances de l'année 1990, novembre-décembre, fasc. IV.
    L'allocution d'accueil (p. 841-845), prononcée par Jean Leclant, Secrétaire perpétuel, pour la rentrée solennelle de l'Académie, est consacrée à la célébration du Centenaire de l'École Biblique de Jérusalem, ouverte le 15 novembre 1890 dans la maison des Dominicains de Jérusalem. Le Révérend Père Bernard Montagnes, membre de notre Société, a étudié les débuts de cette école et fourni ainsi la matière de cette allocution. Le R.P. Montagnes a notamment montré le rôle éminent joué par le dominicain Marie-Joseph Lagrange qui donna les premiers cours et qui, prononçant à Toulouse une série de conférences publiées sous le titre : La méthode historique, surtout à propos de l'Ancien Testament, fut l'objet d'une polémique alimentée par l'Institut biblique de Rome, dirigé par les Jésuites. Les premiers travaux de l'École de Jérusalem furent marqués par le corpus épigraphique de Pétra, et la découverte de la célèbre mosaïque de Madaba représentant Jérusalem fortifiée avec ses rues romaines à colonnades. Rappelons que le P. Vesco, précédemment au couvent dominicain de Toulouse, est l'actuel directeur de l'École biblique de Jérusalem.
    Deux communications (p. 847-864) d'André Caquot, L'exégèse et l'épigraphie sémitique à l'école biblique, et d'Ernest Will, L'école biblique et la découverte archéologique complètent cette célébration.

Revue du Tarn, n° 142 (été 1991). Ce numéro contient les Actes du colloque historique organisé du 7 au 8 septembre 1990 à l'occasion du Centenaire de la fondation de Saint-Benoît d'En Calcat et de Sainte-Scholastique de Dourgne, dont trois articles importants parmi d'autres consacrés au renouveau bénédictin et cistercien dans le Midi toulousain au XIXe siècle : 
- Paul Ourliac, Les bénédictins dans le Midi toulousain vers l'an mil, p. 207-214 ;
- Jean-Louis Biget, Les premières fondations monastiques de l'Albigeois (VIe-IXe s.), p. 215-231 ; 
- Bernard Guillemain, Abbayes bénédictines d'Aquitaine (Xe-XVe s.), p. 233-247.

Antigüedad y cristianismo (Revue de l'Université de Murcie), t. VIII (1991). Dans cette excellente revue spécialisée sur l'Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, trois articles peuvent être plus particulièrement signalés :
- Jordán Montés, La survie du paganisme dans l'empire d'Honorius (395-423), p. 183-200. Les païens sont moins persécutés que les chrétiens hérétiques. Il y a réduction mais non suppression des cultes, fêtes et jeux païens, afin de ménager un temps grandissant, dans la vie sociale du premier quart du Ve siècle, pour les fêtes liturgiques chrétiennes.
- Gregorio García Herrero, Julien de Tolède et la royauté wisigothique, p. 201-256. L'étude porte sur l'idéologie et les symboles de la royauté wisigothique à la fin du VIIe siècle.
- Urbano Espinosa, Le Ve siècle dans la vallée de l'Ebre : archéologie et histoire, p. 275-288. Le site, la mansio du cursus publicus de Vareia, près de Logroño, s'avère un lieu d'observation très intéressant.
    La localité, touchée par la crise économique et par une dépression démographique, subit une dégradation très sensible de son urbanisme. La reconstruction après le passage des Vandales se fait dans la précipitation et sans moyens techniques : le remploi des matériaux antérieurs est le seul recours. Comme il n'y a presque plus de mortier en raison du manque de chaux, on utilise la terre crue, des crépis de boue. On observe de plus un repli vers des habitats en grottes.
- Guadalupe López Monteagudo, La chasse dans la mosaïque romaine, iconographie et symbolisme, p. 497 et sq.

    Le Président remercie Daniel Cazes pour cette présentation et donne la parole à M. Henri Gilles pour une communication sur l'Histoire des bâtiments de la Faculté de Droit

    « Après avoir occupé pendant trois siècles divers locaux situés rue des Lois et autour du couvent des Cordeliers, la Faculté de Droit a été bâtie aux frais des capitouls par le maître maçon Giscard del Tilh entre 1518 et 1522. Gravement endommagée lors de l'émeute du 13 avril 1540, elle fut restaurée par les maîtres maçons Louis Privat et Guillaume Castet. La totalité du mobilier fut l’œuvre des menuisiers Jacques Villegoureux et Jacques Dupuy. Ainsi, les six professeurs qui formaient le corps de la Faculté disposèrent de trois vastes auditoires qui formèrent l'édifice désigné sous le nom des Estudes de l'Université. Il passa à l'époque pour un des plus beaux monuments civils de Toulouse. Mais le temps ne tarda pas à faire son œuvre et dès la fin du XVIIe siècle son mauvais état est de plus en plus fréquemment signalé.
    En 1706, en sacrifiant une partie de l'auditoire central, on aménage un nouvel accès au centre du bâtiment, le reste de l'auditoire étant successivement affecté à une classe des Arts, puis à l'enseignement du Droit français, enfin, à partir de 1765, à celui de la philosophie. Dans la dernière partie du XVIIIe siècle, les Estudes se dégradent de plus en plus mais les efforts du corps professoral pour en obtenir la reconstruction échouent devant la mauvaise volonté de la municipalité qui se contente, quand le besoin s'en fait sentir, de réparations de fortune.


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LES BÂTIMENTS DE LA FACULTÉ DE DROIT DE TOULOUSE, du XVIe siècle au XXe.


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    Devenu bien national, transformé en magasin à fourrages, les bâtiments des Estudes seront restitués à l’École de Droit nouvellement créée par le décret impérial du 4 avril 1806. L'aile droite fut alors radicalement transformée sous la direction de l'architecte Pascal Virebent, qui y aménagea deux amphithéâtres, une Salle du Conseil, une bibliothèque. Il reconstruisit entièrement le portail d'entrée. Dans l'aile gauche, laissée provisoirement en l'état, la vieille salle des Institutes fut utilisée le 2 novembre 1807 à l'occasion de la première rentrée universitaire, mais ne tarda pas à échapper au contrôle de la Faculté, laVille de Toulouse s'en servant comme magasin de bois puis y logeant l'atelier du sculpteur Griffoul-Dorval. En 1840, une partie de cette salle fut aménagée en Salle des Actes. Le secrétariat était installé, dès 1807, dans une maison mitoyenne.
    À partir de 1874, de longues tractations entre l'État, la Ville et le Département furent nécessaires avant que ne fussent entrepris les travaux commencés en juin 1878, reçus définitivement le 23 novembre 1882, qui ont donné sa physionomie définitive à la Faculté de Droit telle que l'ont connue les générations de professeurs et d'étudiants qui s'y sont succédé pendant un siècle. La construction de la nouvelle Faculté des Lettres amena le déplacement du secrétariat qui fut relogé dans un bâtiment spécialement construit pour lui de 1888 à 1891. »

    Le Président remercie M. Gilles pour sa présentation fort complète d'un édifice que nombre de membres de la Société ont connu, et peut-être bien mal connu. Il s'avère qu'au fond les dispositions d'ensemble n'ont jamais changé.
    L'abbé Rocacher demande quelques éclaircissements sur les rapports avec l'établissement des Doctrinaires. M. Gilles précise que le rapport n'est que circonstanciel : le bâtiment des Doctrinaires, qui était proche du collège de l'Esquile, menace ruine ; ils occupent alors pendant un temps une partie de l'école de Droit.
    M. Peyrusse demande si l'on a une idée des effectifs et si le bâtiment était suffisant. M. Gilles pense qu'il y avait quelques centaines d'étudiants et que le bâtiment était sans doute suffisant pour les accueillir. Pour le XVIe siècle, nous avons le métrage précis des bancs, ce qui permet une évaluation assez sûre du nombre d'étudiants.
    M. Peyrusse rappelle que si Dieulafoy a été blâmé pour ses travaux, c'est sans doute en raison de l'hostilité d'Esquié, qui était alors conseiller municipal.
    D. Cazes indique que l'université de Salamanque conserve une chaire à deux niveaux, et des bancs à pupitre, qui ressemblent beaucoup à ceux décrits par les textes analysés par M. Gilles.

    M. Richard Boudet présente une information sur des fouilles qu'il a récemment effectuées en Lot-et-Garonne :

    « Deuxième année de recherche sur l'oppidum de l'Ermitage à Agen (Lot-et-Garonne).

    L'oppidum de l'Ermitage à Agen occupe un plateau d'une cinquantaine d'hectares dominant la ville actuelle sur la rive droite de la moyenne vallée de la Garonne. Après une première année de prospections et de sondages exploratoires en 1990 (Boudet, 1991), la campagne 1991 a été consacrée à l'étude d'une coupe effectuée sur la bordure d'une levée formant limite d'une terrasse de zone d'occupation dense, d'un puits « funéraire » et d'une zone d'habitat isolé.

    La partie centrale de l'oppidum est occupée par plusieurs terrasses artificielles d'allure géométrique à l'intérieur desquelles les zones d'occupation les plus denses et les plus anciennes ont été repérées. Le but de la coupe pratiquée sur une dizaine de mètres de longueur sur la bordure de l'une d'elles était de vérifier le caractère anthropique d'un tel dispositif, de le dater et d'en comprendre les modalités d'édification. Nos observations ont permis de montrer que le dispositif avait été mis en place sur un ressaut du substrat calcaire préalablement décapé dont la bordure a été retouchée pour obtenir une rupture plus nette. Ce travail appartient à la première moitié du Ier siècle avant notre ère. La levée elle-même ne contient aucune trace de construction. Il s'agit d'un remblai massif dont la bordure a pu être stabilisée par un système de haies.

    Un puits isolé par rapport aux zones d'occupation, dans lequel on espérait mettre en évidence les caractéristiques de fonctionnement d'un puits « funéraire » de type toulousain, avait commencé à être fouillé en 1990 (fig.). Il est de section carrée avec un peu plus d'un mètre de côté. Chaque angle s'est vu doté d'une petite encoche qui descend à travers le banc calcaire sous-jacent et s'interrompt en abordant la couche d'argile indurée sur laquelle ce dernier repose. Leur fonction n'a pas été éclaircie. Sur le fond, légèrement cupulé, reposait un ensemble d'offrandes organisé autour d'un vase indigène de type balustre écrasé volontairement au centre, comprenant deux vases complets également indigènes, trois serpettes usagées en fer très certainement enfermées dans un coffret en bois dont les poignées en fer ont été conservées, un casque en bronze de type Mannheim, la calotte reposant vers le bas (fig.), et une œnochoé en bronze de type Kelheim. Le sédiment de la zone de dépôt est archéologiquement stérile, ce qui n'est pas le cas du comblement supérieur du puits qui sur un peu  moins de quatre mètres contenait pêle-mêle des vestiges d'amphores vinaires italiques de type Dressel IA (dont plusieurs estampillés), de vaisselle à vernis noir (surtout de type Lamb. B) de même origine mais également indigène, de faune, d'objets en fer (clous, serpettes, clé, talon de lance...) ou bronze (anneau passe-guide, anneaux, plaquette décorée...), deux monnaies (un statère fourré lémovice et une division en argent probablement frappée en moyenne Garonne) et aussi de graines (plusieurs types de blé ont déjà été isolés par Ph. Marinval), charbons de bois, pollens... Ce mobilier paraît issu d'une zone d'occupation distante d'une cinquantaine de mètres. Une fosse contenant le même genre de comblement a été fouillée près du puits. Aucun élément humain n'a encore été mis en évidence (Boudet, 1992).


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AGEN, L'ERMITAGE : LE PUITS À OFFRANDE (z1).
Coupes, section et position altimétrique des principaux objets en métal (parcelle BN 193).
Relevés et interprétation A. Beyneix, R. Boudet, R. Royer et Ph. Gruat, août 1991.

    Il ne nous paraît pas déraisonnable de vouloir considérer le puits fouillé à l'Ermitage comme un probable puits à offrandes destinées à une divinité chtonienne à laquelle ont pu être dédiés des objets directement liés à quelques-uns des fondements de la société indigène : le casque symbole d'une aristocratie militaire tirant son pouvoir et sa richesse de l'agriculture (céréalière : avec les serpettes usagées) et du commerce du vin avec l'Italie (l'œnochoé appartenant au service de préparation et de consommation du précieux breuvage).
    Le casque et l'œnochoé ont été confiés pour restauration et étude au Laboratoire du Römisch-Germanisches Zentralmuseum de Mayence. L'Atelier Aquitain de Restauration et d'Étude du Patrimoine Archéologique de Villeneuve-sur-Lot s'occupe de la remise en état des mobiliers de fer.

    En 1990, des zones d'occupation du milieu du Ier siècle avant notre ère avaient été repérées (un petit fossé en particulier) dans l'angle sud-ouest de l'oppidum. Plusieurs sondages étendus ouverts dans ce secteur ont permis de suivre ce fossé sur plusieurs mètres et de localiser en bordure de pente des zones de rejet au mobilier particulièrement abondant et varié dont la datation semble débordée sur le troisième quart du siècle.
    Pendant la campagne 1991, de nombreux prélèvements à des fins d'analyse ont été effectués et serviront à alimenter le projet « la plaine d'Agen à la fin de l'âge du fer : aspects et exploitation » de l'Action Thématique Programmée « Archéologie métropolitaine, Grands travaux » engagé en collaboration avec des paléo-environnementalistes, sédimentologues et historiens.
    Avec la campagne 1991 s'est achevée l'approche globale du site. Un dernier point sera encore abordé à Pâques 1992 : la partie extérieure du rempart. La demande de fouille pluriannuelle déposée à partir de 1992 aura pour but la mise en évidence après un décapage de grande surface de zones d'occupation organisées.

- Boudet R., 1991 : Découvertes récentes sur l'oppidum d'Agen et la tombe à char celtiques de Boé (Lot-et-Garonne), dans M.S.A.M.F., t. LI (1991), p. 279-280.
- Boudet R., 1992 : Agen, découverte d'un puits à offrandes, dans Archeologia, n° 275 (Janvier 1992), p. 4-5.
»

    Pour M. Fouet, ces fouilles posent de nombreuses questions. On peut admettre la datation proposée. Mais pour la fonction de ces puits et fosses, il indique que les cendres sont quelquefois très difficiles à identifier et qu'il ne faut donc pas en conclure


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que l'on n'est pas en présence d'un dépôt funéraire.
    À propos du casque, il faut rappeler que l'on a souvent dit que la présence d'un casque identifiait un personnage fait chevalier romain.
    M. Boudet insiste sur le fait qu'un examen minutieux du contenu du puits n'a révélé aucune trace de cendres, et que son remplissage supérieur répond évidemment à une utilisation comme dépotoir. Pour M. Fouet, les cendres peuvent se trouver n'importe où dans le puits, quelquefois, même, tout à fait en haut dans la couche libatoire ; il se demande en outre si la petite fosse retrouvée à proximité ne serait pas une fosse à incinération.
    M. Boudet rappelle que sur cent puits fouillés depuis le XIXe siècle, deux ou trois seulement ont livré de l'armement ou de la vaisselle de bronze ; en revanche, les deux puits fouillés à l'Ermitage contenaient un casque, un troisième se trouvant également dans la tombe à char de Boé.
    M. Péaud-Lenoël demande si des monnaies ont été retrouvées. M. Boudet répond que des monnaies très intéressantes ont été mises au jour mais qu'elles n'apportent aucune information supplémentaire sur le puits, ayant été retrouvées dans des terres de comblement. 

AGEN, L'ERMITAGE.
Le casque du dépôt du fond du puits au moment de sa découverte.

Cliché R. Boudet.

AGEN, L'ERMITAGE.
Détail du couvre-nuque du casque du fond du puits.

Cliché R. Boudet.

 

Séance du 7 janvier 1992

Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire Général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Noé-Dufour, MM. Bernet, Cabau, le général Delpoux, Fabre, Ginesty, Julien, Latour, Manière, Péaud-Lenoël, Tollon.

    Le Secrétaire-adjoint donne lecture des procès-verbaux des séances des 3 et 17 décembre 1991, qui sont adoptés.


M.S.A.M.F., T. LII, page 148

    Puis le Président rappelle que M. Latour avait proposé l'an dernier d'envoyer à la presse des résumés des communications faites en séance ; M. Latour indique que le plus souvent, ils ne sont pas publiés ; il a encore envoyé dernièrement le résumé de la communication de M. Gilles, et les membres de la Société ont pu constater qu'il n'avait été publié nulle part. On poursuivra néanmoins ces envois à quelques journaux.

    M. Cazes présente la correspondance imprimée.

    Parmi les acquisitions faites pour la bibliothèque de la Société, il relève l'ouvrage de Henri Kraus, À prix d'or. Il est facile de remarquer que c'est effectivement un livre cher (330 F.) pour ce qu'il offre, et qui est très décevant. Il paraît pourtant chez un éditeur habituellement sérieux, et on ne peut que penser qu'il s'agit d'une erreur. Si l'ensemble semble très approximatif, le chapitre consacré à la cathédrale de Toulouse nous permet de mieux évaluer l'ouvrage : les bases bibliographiques sont très anciennes et largement dépassées, la cathédrale est presque absente de la présentation et l'on a droit à des propos très divers sur Toulouse et ses édifices, aucun des clichés les plus éculés ne nous étant épargné.

    Parmi les publications étrangères, Daniel Cazes signale plus particulièrement :

Gerión, n° 6 (1988), avec l'article de R. Gersht y S. Mucznik, Mars and Rhea Silvia, p. 115-167.

G. Fabre, M. Mayer, I. Roda, Inscriptions romaines de Catalogne, II. Lérida, Paris : 1985, 175 p., LVII ph. Il s'agit du deuxième volume de la recension entreprise par le Centre Pierre-Paris et l'Université Autonome de Barcelone, avec la collaboration du C.N.R.S. et le Département de la Culture de la Généralité de Catalogne.

Olivier Jehasse, Corsica classica. La Corse dans les textes antiques du VIIe siècle avant J.-C. au Xe siècle de notre ère, Cahors : La Marge Édition, 1987, 187 p.

    Puis le Président évoque la signature, aujourd'hui à 11 h 30, de la convention qui lie désormais la Ville et l'Union des Six Académies et Sociétés Savantes de l'Hôtel d'Assézat. Le texte en a été établi après plusieurs navettes entre les services de la Mairie et l'Union.

    On procède aux élections statutaires : M. Pradalier, Président, M. Cazes, Secrétaire Général, M. Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, sont réélus. M. Pradalier remercie au nom du Bureau les membres de la Société de la confiance qu'ils lui accordent et dont il souhaite rester digne.

    Le Président donne alors la parole au Trésorier pour le rapport financier. Il est donné quitus au Trésorier pour sa bonne gestion.
    M. Tollon demande que soit achetées pour la bibliothèque les publications régionales, comme les actes des colloques de Flaran par exemple.

 

Séance du 21 janvier 1992

Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Noé-Dufour, Rousset, MM. Bernet, Cabau, le général Delpoux, Fabre, Gilles, Hermet, Julien, Latour, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Tollon, Vayssières.
Excusés : Mme Labrousse, M. Ahlsell de Toulza, Trésorier.

    Le Président donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance précédente, qui est adopté.

    Daniel Cazes présente les ouvrages reçus ou acquis par la Société. Il faut plus particulièrement signaler :

Les Celtes (Milano : Bompiani, 1991, 796 p.), traduction française du catalogue de l'exposition I Celti ; c'est un ouvrage de référence, fondé sur une documentation très importante et accompagné d'une illustration sans faille.

Nord-ouest archéologie, n° 4, entièrement consacré aux Potiers des pays de Montreuil et de Desvres. Les plats décorés, par Jacques Hurtrelle.

Éliane Okaïs, Trois chapiteaux de marbre antérieurs à l'époque romane, dans Bulletin de la Société de Borda, n° 423 (3e trimestre 1991), p. 343-354. On y remarque un chapiteau tout à fait identique aux chapiteaux composites provenant de l'ancienne église Notre-Dame la Daurade de Toulouse ; appartient-il à la même production ou bien en provient-il ?


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    On signale que le catalogue de la librairie Guénégaud offre à la vente la plaquette éditée par la Société en 1932, à l'occasion de son centenaire, pour le prix de 600 F. ; le fascicule des statuts de la Société est vendu 180 F. : c'est un peu cher et nous devrions mettre en vente nos stocks...

   Par ailleurs, la Société a déjà reçu pour le concours l'étude que Christian Mange a consacré à l’œuvre de Bénézet (thèse sous la direction de M. Yves Bruand, Bernard Bénézet (1835-1897). Vie et œuvre, Université de Toulouse-Le Mirail, 1991).

    Le Président donne alors la parole à Mme Valérie Rousset pour sa communication sur La borie de Savanac, qui sera publiée dans le t. LII (1992) de nos Mémoires.

    Le Président remercie Mme Rousset pour sa présentation et souligne l'intérêt et le travail considérable que représentent les nombreux relevés graphiques de l'édifice. La présence d'une porte à l'étage aurait pu poser problème mais la question est écartée puisque un escalier extérieur peut être restitué. Mais comment faut-il apprécier le caractère défensif de cette demeure ? Ce sont les meurtrières et le mur d'enceinte qui permettent de considérer que l'on avait, dans une certaine mesure, un système défensif.
    Le Président demande qu'elle est en définitive la date que l'on peut assigner à l'édifice. Valérie Rousset souligne que le dessin des baies à remplage peut être rapproché de celui des fenêtres du palais de la Raymondie à Martel, et le dernier état pourrait donc être situé vers 1330-1340 ; c'est également cette période qu'indiqueraient les comparaisons qui peuvent être faites avec le palais de la famille Duèze à Cahors, probablement un peu antérieur.

    M. Gilles demande si l'édifice est documenté par des textes d'archives et si la famille de Sabanac en a la propriété ou la seigneurie. Valérie Rousset indique que plusieurs documents concernent la famille de Sabazac ou Sabanac, dont un acte de vente qui fait état de la fortalicia de Sabanac qui pourrait correspondre à la borie étudiée. M. Gilles rappelle que la famille de Sabanac est connue et que plusieurs de ses membres ont été des juristes renommés ; en outre nous connaissons les armes de Géraud et Raymond de Sabanac.
    Répondant à une question de Daniel Cazes, Valérie Rousset précise qu'aucune trace de décor peint n'a été retrouvée mais qu'elle a pu relever quelques vestiges d'enduit.

    Le Président voudrait savoir s'il est possible de connaître la fonction des pièces. Pour Valérie Rousset, outre l'aula qui peut être située sans difficulté au premier étage du corps ouest dans le dernier état de l'édifice, on peut supposer que le premier étage de la tour était une cuisine tandis que le second étage correspondait à une chambre.
    Le Président s'interroge sur la fonction de ces bories : centre d'une exploitation agricole ou édifice résidentiel ? Peut-être répondent-ils aux deux fonctions. Bruno Tollon indique que ce type d'édifice se manifeste également après la guerre de Cent Ans, et l'on trouve autour des grandes villes des constructions de type urbain établies à la campagne ; quant au caractère défensif de ces constructions, il faut encore préciser qu'il ne s'y trouvait qu'une très faible garnison.

 

    Le Président donne ensuite la parole à Annie Noé-Dufour pour une présentation du programme d'inventaire des quartiers suburbains de Toulouse. Le Président remercie Mme Noé-Dufour de cette information, en s'étonnant que ni la Société Archéologique du Midi de la France, ni l'Université, ni les Conservateurs des Musées n'aient été consultés.
    Pascal Julien demande si les risques archéologiques seront pris en compte au cours de cette enquête. Ils ne le seront pas. Pour Quitterie Cazes, il s'agit d'une question très différente et l'archéologie fait l'objet de cartes spécifiques, celle de Toulouse devant déborder largement le cadre du secteur sauvegardé. Le repérage des sites archéologiques nécessite un travail aussi important que l'habitat ; or, deux personnes pour l'étude envisagée, c'est déjà peu.
    Le Président demande si les personnes qui réaliseront cet inventaire ont déjà été choisies. Annie Noé-Dufour indique que le recrutement n'a pas encore été effectué mais devrait l'être prochainement ; on cherchera plutôt à avoir des candidatures de spécialistes des XIXe et XXe siècles, mais toutes les candidatures seront examinées par une commission qui entendra les candidats. Pour le Président, il est nécessaire que ces chercheurs aient une très bonne connaissance de l'histoire de la ville. Louis Peyrusse fait remarquer que ces emplois sont contractuels et que, dans une perspective de carrière, les chercheurs perdront donc deux années. Pour Annie Noé-Dufour, ces deux années seront au contraire l'occasion d'un investissement intellectuel.

    Le Président propose que la Société Archéologique mette en place une commission, dont feraient nécessairement partie MM. Coppolani et Salies, qui pourrait, sans intervenir directement dans le travail, aider ces chercheurs.
    Louis Peyrusse voudrait savoir si les avis formulés par les enquêteurs seront opposables à d'éventuelles demandes de protection. Annie Noé-Dufour pense qu'il faut resituer les choses dans leur contexte, l'État cherchant en particulier à mener une réflexion sur la protection du patrimoine avec par exemple l'idée d'un troisième type de protection. Un projet de loi est actuellement à l'étude, pour lequel l'inventaire de Toulouse pourrait servir de modèle.

    On fait remarquer que le secteur sauvegardé correspondant aux quartiers anciens de Toulouse n'est pas concerné par cet inventaire. Ceci n'est peut-être pas très rassurant, alors que nous constatons de plus en plus de démolitions : dernier exemple,


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celui du portail de l'hôtel de Maleprade qui vient d'être détruit. Il est rappelé que c'est l'Architecte des Bâtiments de France qui est compétent dans ce domaine ; notre Société aurait sans aucun doute un rôle à jouer. Pascal Julien précise que le portail n'était pas protégé au titre des Monuments historiques. Un membre pense que la seule solution pour agir est de déposer des recours devant le tribunal administratif. Il ajoute qu'il ne faut pas vouloir se leurrer et qu'il faut savoir que les secteurs sauvegardés ne sont pas faits pour protéger le patrimoine. La loi « Malraux » permet surtout des opérations immobilières auxquelles se joint le souci d'un « embellissement » de la ville, parfois accompagnées de programmes sociaux, parfois sous-tendues par des préoccupations électorales, mais qui n'ont rien à voir avec l'étude, la conservation et la mise en valeur du patrimoine architectural. Deux exemples permettent d'illustrer le propos : les sociétés financières parisiennes qui viennent investir dans de petites villes de province n'ont certes pas pour souci la restauration des bâtiments qu'elles rénovent ; le Ministère de la Culture est un intervenant tout à fait mineur dans ces programmes. Ajoutons que le ou les deux Architectes des Bâtiments de France qui sont compétents pour faire appliquer les réglementations de secteur sauvegardé n'en ont pas les moyens : peut-on prétendre qu'une personne ou deux sont en mesure, sur l'étendue de tout un département, de veiller à l'entretien des Monuments classés, de donner un avis conforme sur tous les travaux concernant les Monuments inscrits et tous les édifices situés dans les périmètres de protection... et d'avoir un avis fondé sur tous les travaux intérieurs et extérieurs d'un, deux ou trois secteurs sauvegardés... Le « Patrimoine » est aujourd'hui un enjeu politique qui se traduit d'abord par un discours dont les secteurs sauvegardés sont une bonne illustration. Et nous pouvons tous constater l'effet pervers de la réglementation fiscale des secteurs sauvegardés qui conduit à des démolitions peut-être plus nombreuses et plus radicales qu'ailleurs. Pour que le « Patrimoine » ne soit plus seulement un discours, il serait nécessaire qu'une équipe comprenant un architecte ou un géomètre, un photographe, un historien de l'Art et un archéologue soit attachée à chaque secteur sauvegardé.

    Pour M. Péaud-Lenoël, cette initiative d'un inventaire des faubourgs de Toulouse est de toute façon positive et il convient de la soutenir. Si la Ville met en place en deux ans un embryon d'édilité, c'est déjà bien, après quarante années pendant lesquelles on a construit n'importe quoi, n'importe où. Louis Peyrusse est d'accord pour considérer qu'il s'agit là d'un point positif, mais il préférerait qu'on ne mette pas en place un nouveau projet d'édilité, car le projet antérieur a été une calamité : une réflexion au coup par coup vaut mieux qu'une doctrine. M. Péaud-Lenoël pense que cette idée demanderait à être discutée.

    Quitterie Cazes demande si l'on possède un photographie du portail de l'hôtel de Maleprade pour illustrer le Bulletin. Pascal Julien ne le croit pas.

 

Séance du 4 février 1992

Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Labrousse, Noé-Dufour, MM. Bongiu, Cabau, le général Delpoux, Ginesty, Julien, Latour, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin, Tollon.
Excusés : MM. Blaquière, Gillis, Manière.

    La lecture du procès-verbal de la dernière séance étant reportée, le Président donne la parole au Secrétaire général pour la présentation de la correspondance imprimée. Parmi les publications provenant de l'étranger, on note plus particulièrement :

Alvaro Moreira, O Pontao do arquinho, dans Santo Tirso arquelógico, n° 1, 1991 (Cámara municipal de Santo Tirso, Portugal), p. 7 et sq.

Quaderns cientifics i tècnics. Diputació de Barcelona : Simposi : Actuacions e el patrimoni edificat medieval i modern. Barcelona 5, 6 i 7 d'octobre 1989. La méthode utilisée a été évoquée au cours d'une séance de l'an dernier. Le volume reçu cette année comporte de nombreuses fiches techniques relatives à des églises romanes. L'étude archéologique du monument est toujours poussée. À titre d'exemple, nous retenons :
- Valentín Niño Casaus, Una casa fuerte en el baix Llobregat : Torre del Baró, Viladecans, p. 91-98. Cette maison forte comprenant une cour centrale et un grand escalier extérieur peut être comparée à la « borie » de Savanac que Valérie Rousset nous a présentée la semaine dernière.
- Alberto López Mullor, Antoni González Moreno-Navarro, Noticia sobre la segunda restauración de la iglesia de Sant Quirze de Pedret (Cercs, Barcelona), p. 231-252. L'étude permet de discerner l'évolution de l'édifice du IXe au XIIIe siècle.
- Mariano Pemán Gavín, Luis Franco Lahoz, Recinto monumental de la Aljafería. Zaragoza. Intervención arquitectónica para ubicar el Parlamento Autonómico, p. 345-354.

    Le Président indique que Mme Labrousse fait don à la Société de l'ouvrage consacré à l'Histoire de Brive et de sa région, auquel avait participé le professeur Michel Labrousse.


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    Puis il donne lecture d'une lettre de notre confrère Pierre Gérard, Directeur des Services d'Archives de la Haute-Garonne, dans laquelle celui-ci dresse un état des documents endommagés par l'incendie criminel récemment survenu dans le dépôt des archives départementales. Les dommages sont considérables et concernent de nombreux documents anciens.

    Le Président donne ensuite la parole à Guy Ahlsell de Toulza pour sa communication sur La chapelle d'axe du chœur de Notre-Dame du Bourg de Rabastens et son retable d'albâtre du XVe siècle.

    Le Président remercie Guy Ahlsell de Toulza en soulignant l'intérêt d'une étude qui met en évidence l'évolution d'un autel majeur du XIIIe au XIXe siècle. À propos du retable d'albâtre, il semble que la polychromie soit déterminante pour l'identification des pièces et qu'elle devait également aider à la lecture de l'iconographie. L'étage installé au XVe siècle peut également être rapproché de ceux de Saint-Antonin de Pamiers et de Saint-Volusien de Foix : comme le pense Guy Ahlsell de Toulza, il devait en exister de multiples exemples. Henri Pradalier indique qu'il a trouvé à Pamiers la mention d'un autel haut désigné sous le terme de la grabo, dont il n'a pu définir précisément l'origine et le sens. Puis il relève qu'on peut s'interroger sur la provenance des deux petits reliefs latéraux du retable de Rabastens.
    Guy Ahlsell de Toulza précise qu'ils figurent dans la liste de Du Mège, avec les autres panneaux. M. Scelles remarque qu'ils sont cependant d'un style très différent. Guy Ahlsell de Toulza pense que l'on a là des productions en grand nombre, où interviennent plusieurs mains, les artistes utilisant des poncifs ; le retable peut être commandé ou bien constitué à partir de reliefs disponibles, l'encadrement pouvant être éventuellement réalisé sur place. Pour Louis Peyrusse, le fait que l'on ait affaire à deux styles très différents permet de se demander si Du Mège n'a pas, une fois de plus, composé un ensemble avec des éléments de provenances diverses. En outre, ne peut-il manquer d'autres pièces ? Et on s'explique mal que soient représentés en pendants saint Jacques et saint Paul. Guy Ahlsell de Toulza indique que le Bordelais avait un autre système de composition de ces retables qui avaient de très grandes dimensions. Il ne semble pas que ce fût le cas à Rabastens. Du Mège possédaient bien deux autres reliefs d'albâtre, mais leurs dimensions et leur style sont très différents de ceux de cet ensemble. Il faut ajouter que si Pascale Gorguet a défriché le terrain dans le domaine de ces albâtres anglais, beaucoup reste à faire et que les datations, en particulier, ne sont peut-être pas tout à fait satisfaisantes.
    Le Président rappelle que le retable de Cornelha de Conflans n'est pas très logique non plus dans la disposition des scènes.

    Daniel Cazes situerait les albâtres de Rabastens à la fin du XIVe siècle ou au début du XVe siècle, comme le pensait d'ailleurs Du Mège. Il remarque que la forme très particulière du bassinet correspond à cette période. Une datation de la deuxième moitié du XVe siècle lui paraît gênante, à moins d'admettre que les poncifs se maintiennent très longtemps. Dans ce cas, comment dater ces reliefs ?
    Pour Guy Ahlsell de Toulza, il faut mettre en relation l'importation de ces albâtres et le commerce du vin à la fin du XIVe siècle. Mais les chercheurs anglais ne situent pas avant les années 1430 ces productions de plaques en séries. À Rabastens, une date nous est donnée par la réorganisation de l'abside et de l'autel majeur en 1486-1494, pour commémorer le deuxième centenaire de la fondation de la confrérie.

    Daniel Cazes rappelle qu'avant leur présentation au Musée des Augustins, les reliefs avaient été nettoyés et qu'une observation au binoculaire avait révélé en certains endroits plusieurs couches de peinture, dont l'analyse paraissait devoir être très complexe. On ne pouvait se dégager de l'impression que les reliefs avaient pu être retouchés par le collectionneur ou le Musée.
    Guy Ahlsell de Toulza indique que Mme Rey a fait nettoyer les reliefs et a fait enlever les compléments au plâtre, excepté la main et le pommeau de l'épée de saint Paul. Il ajoute que pour lui, il est possible que des retouches aient été faites au moment de l'installation du retable, mais pas au XVIIe siècle où, dans ce cas, l'on aurait sans doute tout repeint.

    M. Ginesty indique qu'un autel surélevé, dédié à la Vierge, se trouvait également à Notre-Dame de Meritxell, en Catalogne. Il a brûlé il y a maintenant une quinzaine d'années. Mais il serait possible de chercher si le terme de la grabo le désignait également.
    M. Latour demande quelques précisions sur l'autel du XVIIIe siècle. Guy Ahlsell de Toulza indique qu'il est documenté par des archives. L'ensemble des textes concernant l'autel et son retable sera publié dans le volume de Mélanges qui sera offert à Marcel Durliat à l'automne.
    Bruno Tollon précise que les Barratta ne sont pas des artisans, mais de puissants personnages, grands négociants de Gênes ; une thèse en cours sur ce sujet sera achevée dans quelques mois. Il demande s'il est sûr que les anges adorateurs ont été réalisés vers 1900. Guy Ahlsell de Toulza précise qu'ils ont disparu vers 1950. Bruno Tollon et Louis Peyrusse pensent qu'il pouvait également s'agir d'une réutilisation. Répondant à une question de M. Prin, Guy Ahlsell de Toulza indique que le groupe de l'Assomption, sorti des ateliers de Virebent, est effectivement dû au sculpteur Salamon.


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Séance du 18 février 1992

Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Labrousse, Merlet-Bagnéris, Noé-Dufour, Ugaglia, MM. Bernet, Cabau, Fabre, Gillis, Julien, Laffont, Latour, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin, l'abbé Rocacher, Sermet, Vézian.
Excusés : MM. Manière, Tollon.

    Le Président ouvre la séance et donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture des procès-verbaux des séances des 21 janvier et 4 février ; après quelques corrections, les deux procès-verbaux sont adoptés.
    À propos de l'hôtel de Maleprade, M. Fabre indique qu'il existe des photographies de la cour et de l'une des cheminées ; mais aucune photographie du portail n'est connue.

    La parole est alors donnée au Secrétaire général pour la présentation de la correspondance imprimée. Nous avons en particulier reçu un bulletin de souscription pour l'ouvrage de Jean-Denis Bergasse, La création des dix musées de Béziers et la Société archéologique depuis 1834 ; Daniel Cazes rappelle que la Société archéologique de Béziers a été fondée peu après la Société Archéologique du Midi de la France et indique que la parution de cet ouvrage est sans doute liée à l'ouverture du nouveau musée Saint-Jacques ; notre Société en fera l'acquisition.
    Parmi les publications reçues, il faut remarquer :

Jose Terrero, Armas y objetos de bronze extraidos en los dragados del puerto de Huelva, dans Clásicos de la arqueología de Huelva, 3/1990 ;

Thierry et Claude Vincent, Les cisterciens à Saint-Sauveur (commune de Salès). Hypothèse autour d'un système hydraulique d'avant-garde en Quercy, dans Bulletin de la Société des Études du Lot, t. CXII (1991), p. 261-287.

    Le Président annonce la prochaine inauguration du Musée languedocien à Montpellier. Daniel Cazes précise qu'il s'agit d'une partie du musée de la Société archéologique de Montpellier, installé dans l'Hôtel des Trésoriers de France. Celle-ci, en effet, ne s'est pas dessaisi de ses collections et elle mène depuis plusieurs années un programme de rénovation de son musée rendu possible par un jeu de conventions passées avec la Ville, le Département, l'État. De remarquables salles de céramique grecque ont ainsi été aménagées ; l'inauguration annoncée concerne sans doute le premier étage réservé aux collections ethnographiques ; la troisième phase sera peut-être celle des étages supérieurs où sont présentées les sculptures romanes.
    Mme Labrousse offre à la Société de nombreux volumes de mémoires et thèses soutenus sous la direction du professeur Michel Labrousse. Le Président remercie Mme Labrousse de sa générosité et souligne l'intérêt que représentent ces travaux qui, pour la plupart, n'ont pas été publiés.

    Le Président donne ensuite la parole à M. Maurice Prin, pour sa communication Le couvent des Jacobins victime du tremblement de terre de 1427, qui sera publiée dans le t. LII (1992) de nos Mémoires.

    Le Président remercie M. Prin de cette communication dont le sujet dépasse largement le seul tremblement de terre de 1427 et nous montre, une fois de plus, que nous avons encore à apprendre sur le couvent des Jacobins. Ainsi a-t-il été particulièrement intéressé par le clocheton qui se trouvait à cheval entre la salle capitulaire et la chapelle Saint-Antonin. M. Prin complète son explication de la situation et de la forme de ce clocheton. L'abbé Rocacher se demande s'il ne pouvait s'agir d'une lanterne des morts. Pour M. Prin, il s'agissait de la cloche de la communauté, qui appelait les frères au repas : il faut rappeler que la chapelle Saint-Antonin servait en quelque sorte d'atrium au réfectoire. Le Président demande si d'autres textes mentionnent cette tourelle contenant une cloche. M. Prin n'en connaît pas d'autre. Il indique encore qu'il a pu voir le clocheton octogonal, de même plan que celui qui se trouvait donc aux Jacobins, qui surmontait le chœur de l'église de Boulaur ; celui-ci est aujourd'hui détruit.
    M. l'abbé Rocacher voudrait savoir depuis quand M. Prin connaît le tremblement de terre de 1427. Celui-ci répond que c'est en 1970 qu'il en a eu connaissance. L'abbé Rocacher pense que des brèches ont dû être colmatées au cours des travaux antérieurs à cette date.
    M. Prin confirme que les marques de ce tremblement de terre se voient également à Saint-Sernin, en particulier au portail Miégeville ; il ajoute que lors des travaux intérieurs réalisés dans le déambulatoire, il a pu constater des réseaux de fêlures qui, pour lui, expliquent la disparition des peintures murales des absides.
    Le Président demande si l'on peut être sûr que toutes les fissures et les désordres observés aux Jacobins sont imputables au tremblement de terre de 1427. Daniel Cazes rappelle que des séismes ont également été ressentis à Toulouse au XVIIIe siècle ; M. Laffont en indique pour le XVIIe siècle. M. Prin rappelle que les textes donnent des informations précises sur les parties qui ont été endommagées : clocheton, l'église qui menace ruine etc.
    Guy Ahlsell de Toulza voudrait savoir si des documents équivalents existent pour les autres édifices religieux de Toulouse.


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Pour M. Prin, c'est probable puisque les autres communautés religieuses ont également dû se plaindre.
    Le Président remarque qu'il aurait été très intéressant de faire cette analyse sur place et propose qu'une visite soit prévue pour le printemps : on conviendra donc d'une date.
    Guy Ahlsell de Toulza demande si d'autres dates de tremblement de terre sont aussi précisément connues pour Toulouse. M. Prin répond que non ; la liste en est donnée dans Les tremblements de terre en France, dans Mémoires du B.R.G.N., n° 96, 1979.
    M. Fouet rappelle que les tremblements de terre sont fréquents dans les Pyrénées et qu'ils sont souvent ressentis jusqu'à Toulouse. M. Prin se rappelle qu'au moment du tremblement de terre dont l'épicentre se trouvait à Argelès, il y a de cela une vingtaine d'années, il a vu vibrer la nervure de la cinquième travée de l'église des Jacobins et que du mortier a alors été projeté sur le sol.

 

Séance du 3 mars 1992

Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Labrousse, MM. l'abbé Baccrabère, Bernet, Blaquière, Cabau, Catalo, le général Delpoux, Fabre, Julien, Latour, Manière, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin, l'abbé Rocacher, Tollon.
Excusés : Mme Ugaglia, MM. Gillis, Laffont.
Invité : M. Philippe Guignard.

    Le Président ouvre la séance et donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la dernière séance, qui est adopté.
    Puis le Président lit un texte que notre confrère M. Jean-Luc Laffont, empêché, a adressé à la Société pour faire suite à la discussion de cette dernière séance :

    « Note sur les tremblements de terre ressentis à Toulouse à l'époque moderne.

    Lors des discussions qui suivirent la communication présentée à la Société par M. Maurice Prin le 18 février dernier, le problème des répercussions des tremblements de terre à Toulouse fut posé. Sans prétendre épuiser une telle question – qui mériterait une étude plus approfondie que celle que le peu de temps dont nous disposions nous permet de présenter –, notre propos visera plus modestement à présenter quelques données sur les tremblements de terre ressentis à Toulouse à l'époque moderne.
    Avant de chercher à jeter les bases d'une approche chronologique du phénomène sismique, il n'est pas vain de souligner la précarité de la base documentaire sur laquelle l'historien peut s'appuyer. Le fait n'est certes pas propre à ce genre de catastrophe naturelle. Toutefois, on ne manque pas d'être frappé par le décalage qui existe entre l'effroi causé par les tremblements de terre d'une part, et le nombre très limité de témoignages laissés par les contemporains d'autre part. Voici qui est de nature à relativiser les faits que l'on a pu rassembler.
    Ce n'est que dans la seconde moitié du XVIIe siècle que nous trouvons la mention de secousses sismiques perçues à Toulouse. Le 21 juin 1660 se produisit un formidable tremblement de terre dans les Pyrénées (1). D'après M. Jean-François Soulet, « les premières secousses avaient commencé à quatre heures du matin. Bagnères-de-Bigorre fut la première ville atteinte et la plus touchée » (2). Ce tremblement de terre fut ressenti dans tout le Midi de la France ; Toulouse ne fit pas exception. Le notaire toulousain, Benoit Dupoix, notait sur un folio de son minutier :
   Le lundy 21e jour du mois de juin 1660, sur le lever du soleil, environ les quatre heures du matin, arriva dans ceste ville de Tholose ung grand tremblement de terre, et par les lieux circonvoisins, quy espouvanta fort le peuple quy sortoit des lictz et maisons tous deshabillés. Le temps estoit calme et serain, sans vent ni thonnerre. On remarqua seulement que le soleil se leva plus palle que d'ordinaire. Force peuple courreust aux eglises prier Dieu qu'il luy pleust nous conserver (3).
    Dans les Pyrénées, la terre continua à trembler par intermittence durant trois semaines, mais Toulouse fut épargnée par ces sautes d'humeur de la terre. Il en va de même pour les secousses enregistrées, à Tarbes notamment, en 1667, 1669 et 1670 (4).

1. Sur ce tremblement de terre, voir : Effroyable tremblement de terre arrivé aux Monts Pyrénées au mois de juillet dernier 1660. Avec la relation de tout ce qui sy est passé..., Bibliothèque Mazarine, Mss 2005. À compléter avec les mentions relevées par : Abbé Marsan, Météorologie ancienne du Midi Pyrénéen, dans Revue des Pyrénées, 1895, p. 307-310.
2. J.-F. Soulet, Traditions et réformes religieuses dans les Pyrénées Centrales au XVIIe siècle, Pau : éd. Marrimpouey jeune, 1974, p. 79.
3. J. Lestrade, Notes historiques extraites des registres des notaires de Toulouse (1659-1707), dans Revue Historique de Toulouse, 1914, n° 4, p. 498.
4. J.-F. Soulet, op. cit., p. 80.


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    Au XVIIIe siècle, deux secousses se firent sentir dans la ville rose. Dans la nuit du 24 au 25 mai 1750 la terre trembla à nouveau dans les Pyrénées, mais sans atteindre semble-t-il la même intensité qu'en 1660. Plusieurs secousses se produisirent jusqu'au matin (5), mais une seule fut perçue à Toulouse, dans le courant de la nuit. Selon Pierre Barthès le tremblement « dure dix minutes et cause beaucoup de frayeur » (6).
    Il n'est pas vain d'observer que ni Pierre Barthès, ni aucun autre auteur (ou document connu à ce jour), ne font état de secousses à Toulouse le 1er novembre 1755 alors même que Lisbonne était partiellement détruite par un tremblement de terre qui se fit ressentir dans bien d'autres régions.
    Le dimanche 19 mai 1765, Pierre Barthès toujours notait qu'à 11 h 1/4 du matin, on sentit à Toulouse une secousse de tremblement de terre qui dura l'espace d'une minute, et qu'on remarqua avoir été plus sensible du côté oriental de la ville. Les murailles, les vitres et les chaises furent émues fortement, et ne causèrent aucun dommage à personne. Barthès ajoute que la secousse fut beaucoup plus violente dans le Couserans, où l'émotion populaire fut grande (7). Jusqu'à la période révolutionnaire nous n'avons pas trouvé d'autre mention de secousses sismiques perçues à Toulouse.

    En conclusion, il apparaît que les secousses sismiques ressenties à Toulouse durant l'époque moderne coïncident avec les seuls tremblements de terre majeurs qui affectèrent les Pyrénées. Passé le moment de terreur qui jeta la population dans les églises pour implorer le pardon et le secours divin, la ville ne semble pas avoir subi de destructions directement liées à la colère de la terre, et aucun édifice n'a gardé les stigmates de ces événements. Rien de comparable donc avec les conséquences du tremblement de terre du XVe siècle telles que les a mises brillamment en évidence M. Prin.

5. Abbé Marsan, op. cit., p. 316-317.
6. E. Lamouzèle, Toulouse au XVIIIe siècle, d'après les « Heures perdues » de Pierre Barthès, Toulouse : J. Marqueste, 1914, p. 124.
7. Ibid., p. 257.
»

    Le Président donne ensuite la parole au Secrétaire Général pour la présentation de la correspondance imprimée.

    M. Jean-Luc Laffont a fait don à la Société de l'ouvrage, publié sous sa direction, Problèmes et méthodes d'analyse historique de l'activité notariale (XVe-XIXe siècles), Toulouse : Presses Universitaires du Mirail, 1991, 326 p.
    À la suite d'un courrier demandant la reprise des échanges, notre Société a reçu de l'Institut d'archéologie de la Faculté des Lettres de Coïmbre (Portugal) les volumes des années 1985 à 1988 de la revue Conimbriga, accompagnés des Ficheiro epigráfico (suplemento de « Conimbriga ») nos 10 (1984) à 31 (1989).

    Parmi les publications étrangères, il faut plus particulièrement signaler :

    Celles du Musée de Saragosse, avec, tout d'abord, un volume consacré au programme muséographique de l'établissement : non seulement, on sait ne pas lésiner, mais il faut également souligner que le projet respecte les recommandations de l'ICOM.

Excavaciones en el teatro romano de Zaragoza, dans Museo de Zaragoza. Boletín n° 8 (1989), p. 171-174 : l'article montre que l'édifice était encore utilisé comme théâtre au Ve siècle après J.-C. ; il est définitivement abandonné au XIe siècle ; les fouilles ont mis au jour des habitats hispano-musulmans qui ont livré un matériel très important.

    Parmi les publications françaises :

Bulletin monumental, t. 149-IV (1991) :
- le compte rendu (p. 435-436) par Marcel Durliat de l'article de Dominique Watin-Grandchamp et Pascal Julien, Travaux à Saint-Sernin de Toulouse dans la première moitié du XVIe siècle, publié dans le t. L (1990) de nos Mémoires ;
-
le compte rendu (p. 440 et sq.) par Noël Duval de Pulchra imago. Fragments d'archéologie chrétienne. Catalogue d'une exposition à Saint-Bertrand-de-Comminges, 1991, 109 p. : c'est une critique point par point ; l'analyse et la datation de la basilique paléochrétienne demanderaient une grande prudence...

Bulletin de la Société Archéologique et Historique du Limousin, t. CXVIII (1990) :
- Jean-Pierre Loustaud, Le théâtre gallo-romain de Limoges. Premiers éléments archéologiques, p. 17-30. L'article rend compte d'une série d'observations ponctuelles qui ont en particulier permis de situer précisément une trame urbaine ; le théâtre avait un diamètre de 82 m ; 


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- compte rendu (p. 182-188) par Marie-Madeleine Gauthier de l'étude de Julian Gardner, A Princess among Prelates : a Fourteenth Century tomb and some Northern Relations, 1988 ;
- compte rendu (p. 188-192) par Jean Perrier du tome VI de la Topographie chrétienne des cités de la Gaule, des origines au milieu du VIIIe siècle (Paris : De Boccard, 1989), de Françoise Perrot et Xavier Barral i Altet. Il serait souhaitable que la Société achète l'ensemble des fascicules de la Topographie chrétienne des cités de la Gaule et que l'on y joigne les comptes rendus critiques qui en sont faits.

Bulletin de littérature ecclésiastique, t. XCIII (Janvier-Mars 1992, publié par l'Institut catholique de Toulouse) : Saint Bernard « et la recherche de Dieu ». Actes du colloque organisé par l'Institut catholique de Toulouse et l'Abbaye Sainte-Marie du Désert (25-27 janvier 1991) :
- Georges Passerat, La venue de saint Bernard à Toulouse et les débuts de l'abbaye de Grandselve, p. 27-37 ;
- André Louf, Saint Bernard, fut-il un iconoclaste ?, p. 49-64. À travers une analyse très fine des textes, l'auteur nuance une opinion trop facilement admise et montre que « Bernard ne fut nullement iconoclaste, au sens technique où les historiens de la théologie entendent cette expression » ;
- Jean Rocacher, Existe-t-il un art cistercien ?, p. 65-69.

    M. l'abbé Rocacher souligne toute l'importance de l'article d'André Louf. Le Président rappelle qu'effectivement l'Apologie ne contient rien qui concerne l'architecture, et Daniel Cazes que les portails des églises cisterciennes ne portent pas de grands programmes sculptés parce qu'ils n'étaient pas accessibles au public.

    Le Président donne alors la parole à Pascal Julien pour sa communication sur Les stalles de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, qui sera publiée dans ce volume des Mémoires (T LII, 1992).

    Le Président remercie Pascal Julien pour cette analyse technique, iconographique et stylistique des stalles de Saint-Étienne, et remarque que celle-ci s'achève malheureusement sur un constat consternant de leur état ; il se demande si ces stalles sont bien une illustration de l'art de la Contre-Réforme puisqu'il semble qu'elles ne présentent pas une iconographie religieuse à proprement parler. Pascal Julien précise qu'effectivement l'iconographie religieuse est réservée aux seuls dossiers et jouées, mais que le décor bannit totalement les représentations profanes. Le Président remarque qu'il s'agit néanmoins de représentations mythologiques. Pour Pascal Julien, c'est ainsi que l'on a tourné les prescriptions. M. l'abbé Rocacher rappelle qu'en fait le Concile de Trente n'a pas donné beaucoup de précisions ; Pascal Julien précise que le synode diocésain de 1590 demande que l'ornementation soit honnête, qu'elle ne choque pas, mais il est vrai qu'il ne donne aucune prescription en matière d'iconographie. Pour l'abbé Rocacher, c'est là une constante dans l'histoire de l'Église, le décor devant se conformer à des normes de décence ; mais il n'est pas sûr que l'on doive craindre « les foudres de l'interdit »... Pour Pascal Julien, on constate néanmoins une rupture très nette dans les thèmes même si aucune liste d'interdits n'est publiée, et des miséricordes sont arrachées et brûlées en Italie. Louis Peyrusse note que les auteurs du livre consacré aux faces cachées des miséricordes se sont complètement trompés ; André Chastel a bien montré en étudiant la grotesque la permanence constante qui, de la Domus aurea, mène à l'Art nouveau, et les références maniéristes des parcloses se placent dans une continuité sur laquelle glissent les recommandations. Pascal Julien constate néanmoins qu'il y a un renouvellement dans les décors du mobilier de chœur.

    Le Président demande s'il ne serait pas opportun d'adresser une lettre au Service des Monuments historiques pour l'alerter sur l'état déplorable des stalles de Saint-Étienne. Daniel Cazes évoque l'enquête effectuée par les Toulousains de Toulouse sur nos monuments. Parmi les problèmes les plus importants, il faut constater que les services des Monuments historiques n'assurent ni la conservation des objets, ni leur surveillance. La liste des disparitions depuis vingt ans est impressionnante ; la plupart du temps, ils n'ont fait l'objet d'aucune fiche d'inventaire un peu sérieuse. Qui, d'ailleurs, établirait ces fiches ? Et qui s'occupe de faire régulièrement le récolement et le constat de l'état des œuvres ? Il y a un véritable problème de conservation et de surveillance. L'une des conséquences est que l'on voit de moins en moins ce patrimoine, et nombreuses sont les églises mentionnées par les guides et toujours fermées. Jean Catalo indique que la cathédrale de Rodez a subi de multiples actes de vandalisme entre 1990 et 1992.
    La question doit être abordée dans son ensemble, en prenant en compte les édifices et les objets qu'ils contiennent : il faut bien constater que le service des Monuments historiques est un service de restauration et nullement un service de conservation. Les édifices ne sont pas étudiés, ou si peu, avant restauration : ce ne sont pas nécessairement les personnes qui sont en cause, mais bien les structures et la conception qui préside aux interventions ; les objets protégés au titre des Monuments historiques peuvent être restaurés, sans doute, mais ne bénéficient ni d'un entretien régulier ni d'une surveillance adaptée. La réponse qui


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nous paraît s'imposer serait de placer édifices et objets sous la responsabilité de conservateurs (on entendra par là des historiens de l'Art) chargés de leur étude, de leur conservation au sens large, de leur mise à la disposition du public, assurant donc la même tâche que les conservateurs de musée. Jusqu'à présent, ces édifices étaient des édifices de culte, fréquentés, où la question de la surveillance se posait donc différemment ; le clergé avait la possibilité de les entretenir. Il est rappelé qu'il y a vingt ans, l'Église n'était pas hostile au fait de dire la messe dans des hangars, car elle avait conscience de ne plus être capable d'entretenir ces édifices et leur mobilier. Mais d'autres villes, en particulier à l'étranger, ont su trouver des réponses plus adaptées et une organisation plus intéressante que celle que nous connaissons. On remarque encore que chaque année, les disparitions se multiplient au moment du salon des antiquaires. Louis Latour fait remarquer qu'il ne faut pas idéaliser le passé qui a vu des disparitions très nombreuses, moins nombreuses néanmoins qu'aujourd'hui. Il cite l'exemple de l'association dont il s'occupe et qui, avant de s'attacher à la restauration d'une l'église, a affecté les premières sommes dont elle a disposé au renforcement de la sécurité.
    Mais à la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, comme ailleurs, la surveillance est quasi inexistante.

   M. Péaud-Lenoël demande ce que l'on connaît des stalles de Saint-Étienne qui ont brûlé. Pascal Julien indique qu'elles dataient de 1475, mais que l'on n'en sait pas plus ; elles étaient considérées comme l'un des plus beaux chœurs de France.

    Le Président a été frappé par le fait que nombre de ces artistes sont des artistes locaux, originaires d'une région qui irait du Gers à Narbonne. Pour Pascal Julien, c'est en effet un phénomène intéressant que celui de ces artistes locaux et de ces artistes étrangers qui arrivent à Toulouse au début du XVIIe siècle ; Toulouse est alors un foyer artistique qui rayonne jusqu'en 1630 environ. Dans l'exécution de ces décors maniéristes, Bruno Tollon relève des différences entre l'art d'un Morisot et celui d'un Legoust qui, lui, travaille aussi la pierre et le marbre. L'art maniériste est un art international ; il n'y a jamais de texte normatif en Occident et le XVIIe siècle maintient la vision humaniste du corps et de l'esprit. Louis Peyrusse ajoute que l'art maniériste est le grand art occidental qui succède à l'art gothique.


2e partie
Séances du 24 mars 1992  au 18 juin 1992


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