Société Archéologique  du Midi de la France
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Séance du 19 avril 2022

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Communication longue d’Hortense Rolland : Les châsses en bois peint en France méridionale (XIIe-XVe siècle)

Si l’historiographie les a souvent passées sous silence, les châsses en bois peint sont assurément dignes d’intérêt à bien des égards. Neuf reliquaires de ce type, produits dans un large Midi de la France entre le XIIe et le XVe siècle, sont actuellement conservés. D’un point de vue technique et matériel, ces châsses répondent d’une production spécifiquement méridionale, particulièrement homogène, révélant une concentration tant spatiale que chronologique que nous tenterons d’appréhender par un prisme technique, économique mais plus encore culturel. D’un point de vue artistique, la richesse des peintures en font de véritables objets d’étude pour l’historien de l’art. Nous en retracerons les évolutions stylistiques et iconographiques au fil du temps.
Châsse de Sainte Ursule d’Albi

Présents : Mme Czerniak Présidente, MM. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjointe ; Mmes Fournié, Jaoul, Watin-Grandchamp ; MM. Cazes, Garland, Peyrusse, Scellès, Sournia, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Ledru, Machabert, Rolland ; M. Dubois, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Cauacanas, Cazes et Nadal, MM. Balty, Garrigou Grandchamp, Kérambloch et Tollon.

Avant la communication du jour la Présidente demande aux membres de se constituer en assemblée générale pour élire un nouveau Directeur (notre ancienne Directrice ayant donné sa démission il y a un mois). Elle nous annonce que notre Secrétaire général, Patrice Cabau, a proposé sa candidature à ce poste. Nous procédons au vote.
Notre confrère est élu Directeur de notre Société.
Il faudra donc élire prochainement un nouveau Secrétaire général.

Michelle Fournié fait passer, pour information, la thèse de notre confrère Fernand Peloux, Les premiers évêques du Languedoc, récemment publiée aux éditions Droz (n° 115).
Par ailleurs, Maurice Scellès fait don à notre bibliothèque des trois premiers volumes de la collection Monuments sculptés en France (IVe-Xe siècles).
La parole est ensuite donnée à notre trésorier qui nous informe qu’un conseil d’administration de l’Union des Académies s’est tenu, faisant suite à une commission paritaire qui a déterminé les nouveaux horaires de l’Hôtel d’Assézat pour le temps où la fondation Bemberg est fermée pour travaux (jusqu’à la fin de l’année 2022 ou le début de 2023). Se pose à l’heure actuelle le problème de la sécurité-responsabilité car Philippe Cros, directeur des collections a démissionné (Mme Sandra Laurent assure aujourd’hui l’intérim). Le nouveau R.U.S. (responsable unique de la sécurité) sera vraisemblablement un élu. Des horaires ont donc été établis pour le temps de la durée des travaux. L’Hôtel d’Assézat sera donc ouvert du lundi au vendredi de 7h00 à 21h00, les samedi, dimanche et jours fériés, l’édifice ouvrira ses portes de 10h00 à 21h00, ceci jusqu’au 30 juin. Du 1er juillet au 30 août, l’Hôtel sera fermé tous les week-ends, ainsi que les jours fériés ; dans la semaine il sera ouvert de 7h00 à 17h00. Si une manifestation des Académies déborde de ces horaires, la sécurité est à la charge de celles-ci. Il faudra donc payer des heures supplémentaires de gardiennage.
Louis Peyrusse se demande pourquoi il n’a pas été choisi les horaires de 8h00-18h00 plutôt que 7h00-17h00 ? Guy Ahlsell de Toulza déclare avoir fait cette remarque en réunion et a également rappelé que le testament de Théodore Ozenne obligeait la Ville à loger parfaitement les Académies dans l’Hôtel, évidemment quelle que soit l’heure. Il lui a été répondu que celles-ci n’avaient pas le choix.
Daniel Cazes rappelle qu’à Toulouse les horaires d’ouverture d’un certain nombre de musées et de monuments publicsne cessent de se réduire, quand ils ne sont pas totalement fermés (c’est le cas des musées des Augustins et Paul-Dupuy depuis plusieurs années…). Les églises montrent souvent portes closes et l’Hôtel de Bernuy – parmi les plus remarquables de la Renaissance de notre ville –, n’est plus visible depuis plusieurs années (selon les dernières informations, lorsque sa restauration sera terminée, on n’en verra plus que la première cour depuis la rue et à travers une grille !). Virginie Czerniak évoque également une expérience malheureuse avec l’église de Notre-Dame-du-Taur, à l’occasion d’une visite offerte à des étudiants américains, qu’elle a trouvé fermée alors que suivant les horaires affichés, indiqués sur le site et annoncés par l’office du tourisme, elle n’aurait pas dû l’être. Ceci est d’autant plus regrettable que la ville accueille un nombre très important de touristes. Daniel Cazes impute ce changement à la disparition des concierges et veilleurs de nuit (et parfois des sacristains pour les églises), comme à l’économie de postes de gardiens, dont les sociétés de surveillance ont désormais pris la place. Ces sociétés de sécurité se font chèrement payer ; et ainsi les horaires d’ouverture des musées et monuments sont réduits, ou supprimés certains jours (le musée des Abattoirs est fermé deux jours par semaine et n’ouvre les autres jours que de 12h à 18h ; certains musées et les Jacobins, qui étaient ouverts tous les jours, toute la journée, ont désormais un jour de fermeture hebdomadaire).

Virginie Czerniak donne ensuite la parole à Hortense Rolland pour une communication longue : Les châsses en bois peint en France méridionale (XIIe-XVe siècles)
La Présidente remercie notre consœur pour cette communication bien documentée et structurée qui révèle un travail important. Cela est d’autant plus méritoire que le sujet était un domaine peu exploré. Elle la félicite par ailleurs pour son suivi des restaurations et son « œil » à l’affut des repeints. Louis Peyrusse s’interroge sur la technique utilisée pour la châsse de sainte Ursule de Narbonne. Hortense Rolland signale que cette châsse n’a fait l’objet d’aucune étude ni d’analyse d’un point de vue technique. Seuls les contours des décors sont tracés en noir, sans grisaille, et il n’était sans doute pas prévu d’ajouter de la couleur, puisqu’aucune trace d’enduit n’est visible et que les contours sont à la fois précis et détaillés. Cette sobriété fait partie des éléments qui ont conduit à proposer une origine cistercienne. Louis Peyrusse demande encore des précisions à propos de la châsse de Saint-Lizier, du XIIe siècle pour laquelle il a été question d’une origine musulmane. Il y avait à Narbonne des châsses musulmanes et le remploi d’objets « exotiques » était chose courante. La conférencière approuve ce principe et ajoute que les premières études dont elle a fait l’objet conduisait à la dater du deuxième quart du XIIIe siècle, puisque c’est l’époque de la translation des reliques de saint Lizier dans cette châsse, date confirmée par ailleurs par l’inscription qui y a été ajoutée. Cependant le style du décor semble plutôt montrer qu’elle est antérieure et qu’elle a été importée : le répertoire de l’ornementation est très caractéristique. Pour finir, Louis Peyrusse demande si le flabellum du martyre de saint Laurent, avec cet éventail pour attiser le feu, est fréquent sous la forme représentée ? Normalement dans les représentations il doit y avoir en effet un personnage qui tient un soufflet pour aviver les braises, répond notre consœur, mais ici il y a aussi un ange qui vient éventer le saint, représentation rare, que l’on retrouve sur un chapiteau du cloître de Moissac.
Michelle Fournié propose à Hortense Rolland un exemple de châsse plus tardif que l’ensemble qu’elle a présenté. L’objet en question a disparu, mais il est mentionné par des textes : en effet, dans la comptabilité de la confrérie des Corps-Saints de Saint-Sernin, il y a mention d’une châsse en bois peint qui est réalisée en 1507 pour sainte Suzanne (dont les restes ont été trouvés en 1497 à la base d’un pilier à Saint-Sernin) puis décorée par Pèlerin Frison qui doit réaliser "VIII hystorias de personnatges". Cet artiste a également travaillé pour les capitouls et a œuvré pour la confection d’un manuscrit, un livre d’heures aujourd’hui conservé à la Bibliothèque du patrimoine. Il y a donc un lien entre l’invention de reliques, la confection d’une châsse en bois peint (alors que les autres châsses de Saint-Sernin sont en matériaux d’orfèvrerie) et le nom d’un peintre dont d’autres œuvres sont connues. Par ailleurs, Michelle Fournié se demande si ce n’était pas plutôt saint Vincent de Saragosse qui était représenté sur la châsse de Saint-Bertrand-de-Comminges, saint dont le culte est vivace dans les Pyrénées et qui, comme saint Laurent, est représenté sur le grill avec un ange qui apparaît pour accueillir son âme ? En fait, répond Hortense Rolland, les deux saints sont représentés sur les faces latérales de la châsse, et ce qui a permis de les distinguer, c’est le personnage qui jette du sel sur le corps de saint Vincent.
Louis Peyrusse voudrait revenir sur la châsse de bois sculpté auvergnate du XVe siècle. Le fait que l’abbesse soit la « gardienne de la maison » renvoie à autre chose que la typologie des châsses peintes. Elle est peinte certes, mais également sculptée en haut-relief, comme sur les châsses d’orfèvrerie. Notre consœur répond qu’elle a été intégrée au corpus car le relief sculpté est une applique et que le reste portait des décors peints ; elle reconnaît cependant qu’elle est particulière par rapport à l’ensemble des châsses retenues.
Daniel Cazes remercie la conférencière pour cette très belle communication sur ce sujet très peu connu. Concernant la châsse de Saint-Lizier, on peut se demander alors si on a conçu cet objet comme un reliquaire ou si l’on a réutilisé un coffret (comme les coffrets d’ivoire que l’on trouve à foison dans la péninsule Ibérique. On en voit également un à Saint-Sernin). Donc qu’est-ce qui distingue une châsse reliquaire d’un coffret qui pouvait avoir un autre usage (conserver des objets précieux par exemple) ? Concernant la même châsse, on voit sur le couvercle une petite protubérance ; celle-ci est-elle complète ou a-t-elle été cassée ? Car on peut avoir sur ces châsses une croix, la représentation d’un personnage… Notre consœur répond que la châsse vient d’être restaurée et a un doute sur l’interprétation de cette protubérance ; elle se propose de revoir l’objet. M. Cazes constate par ailleurs le faible nombre d’objets qui constitue le corpus de l’étude dans une région vaste comme l’Occitanie et il lui semble que de grandes quantités sont conservées dans les musées d’Espagne. Est-ce que l’enquête qu’elle a pu faire a montré l’existence de châsses aujourd’hui disparues comme celle mentionnée par Michelle Fournié ? C’est effectivement un objet mobilier de petites dimensions qui se prête au vol, à la vente, et qui doit circuler chez les antiquaires et les collectionneurs privés. Dans ce cas, l’origine de création de l’objet peut être difficile à identifier. Notre consœur répond qu’elle n’a pas trouvé mention de châsses disparues pour le sud de la France mais elle veut bien croire qu’il y en a, comme l’indique l’exemple de la châsse d’Ancizan, retrouvée après de nombreuses années.
Dominique Watin Grandchamp fait remarquer que dans les procès-verbaux de visites ou dans les inventaires, au début du XVIe siècle, on trouve beaucoup de mentions. Mais à cette époque, ces objets n’ont plus d’intérêt, on n’y prête pas attention et on ne les entretient pas. Des morceaux de coffrets en bois ont été trouvés dans les sacristies ; plus rien n’y est lisible. Il est question également dans les textes de grandes châsses-reliquaires dont l’âme est en bois et qui sont recouvertes de plaques d’argent : à l’intérieur, on trouve souvent des coffrets en bois avec toit en bâtière, qui ne sont pas forcément peints.
Notre Trésorier pense également que bon nombre de ces coffrets que le temps a dégradés sont cachés ou recouverts. Il n’est donc pas étonné qu’il en reste si peu, compte tenu du désintérêt dont ils ont été l’objet. Il remercie notre consœur pour sa communication très intéressante.

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