Société Archéologique  du Midi de la France
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SÉANCE DU 21 NOVEMBRE 2017

Séance privée
separateur

Communication longue de Colin Debuiche :
Citations et inventions dans l’architecture toulousaine de la Renaissance.

Le XVIe siècle toulousain ayant longtemps été qualifié de « siècle d’or » par les érudits et les historiens locaux, son historiographie est particulièrement riche. L’architecture, en particulier celle des hôtels particuliers, en constitue un axe fort depuis les découvertes archivistiques des érudits de la fin du XIXe siècle.
La question de la réception des formes « à l’antique » au XVIe siècle, qui a occupé les chercheurs à partir des années 1980 dans le sillage des travaux de Jean Guillaume, a mis en exergue la nécessité de déceler des préférences formelles et de prendre en compte les habitudes constructives d’une zone de création pour comprendre la réinterprétation et l’intégration d’un nouveau répertoire ornemental dans une architecture locale. D’autres recherches effectuées au début du XXIe siècle par des historiens, des historiens de l’art et des historiens du droit ont enrichi la connaissance du contexte intellectuel toulousain au XVIe siècle et de ses spécificités, ce qui a contribué à extraire d’une appréciation simplement économique le renouveau des arts dans la capitale languedocienne.
Toutefois, si plusieurs grands chantiers et quelques personnalités artistiques ont été bien cernés, de nombreux rapprochements peuvent être faits avec les grandes créations françaises et italiennes, les traités d’architecture, les dessins, les estampes voire les antiquités locales, permettant de renouveler la lecture de la Renaissance toulousaine et de réévaluer sa vitalité et le profil de ses acteurs. Il faut ainsi replacer la production toulousaine dans un large contexte européen de transferts artistiques tout en s’interrogeant sur la signification de l’évolution stylistique dans un milieu de réception et sur son poids dans les stratégies de démonstration et évaluer les mécanismes d’une commande architecturale animée par une intense compétitivité sociale.


Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Jaoul, Nadal, Pradalier-Schlumberger, Wattin-Grandchamp ; MM. Balty, Julien, Peyrusse, Pradalier, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Friquart, Munos, Sénard, Vène ; MM. Debuiche, Suzoni, membres correspondants. Excusés : Mme Krispin, MM. Boudartchouk, Garrigou Grandchamp. Invité : M. Jacques Rives.

Le procès-verbal de la séance précédente est lu par A.-L. Napoleone et accepté. Dans le courrier de la semaine,

Louis Latour nous remercie chaleureusement pour l’hommage qui lui a été rendu. V. Czerniak remercie également la Société archéologique d’avoir accepté d’accueillir le colloque sur Toulouse au XIVe siècle dans la salle Clémence Isaure. Le Président annonce d’ores et déjà que se tiendra en septembre 2018 un colloque dans cette même salle sur les « Décors domestiques aux XIIIe et XIVe s. ». Jack Thomas, président des archives de la Haute-Garonne nous annonce qu’il va quitter ses fonctions et offre à la Société un ouvrage sous la direction de J. Le Potier, Violences religieuses à Grenade et à Toulouse. L’affaire Bernard de Vabres 1561-1562, publié par les Amis des archives de la Haute-Garonne. Le professeur Armand Puig i Tàrrech, recteur de l’Ateneu universitari Sant Pacià de Barcelone nous fait don d’un ouvrage de Mateu Riera Rullan, El monacat insular de la Mediterrània occidental. El monestir de Cabrera (Balears, Segles V-VIII), Studia archaeologiae Christianae 1, Barcelone, 2017 ; tandis que notre consoeur É. Nadal nous offre son livre tiré de sa thèse et qui vient juste de paraître, Le Pontifical de Pierre de la Jugie. Le Miroir de l’archevêque, Turnhout, Brepols, 2017.

La parole est à Colin Debuiche pour sa communication "Citations et inventions dans l’architecture toulousaine de la Renaissance".

Le Président remercie l’orateur pour sa communication, qui permet d’attirer l’attention sur les sources du décor architectural de la Renaissance à Toulouse à travers la visite de plusieurs bâtiments bien connus des toulousains, et dont on ne peut que déplorer l’état actuel de conservation. Le Président s’interroge sur l’emplacement exact de l’arc de triomphe qui se trouvait dans l’enceinte du palais de justice de Toulouse, et qui servit de modèle dans la cour du Capitole. En effet lors des fouilles du palais de justice menée par J. Catalo et son équipe, aucun indice n’a été trouvé concernant le portail. Q. Cazes précise qu’il avait été conclu à l’époque des fouilles, que le décor en question devait concerner le passage latéral de la grande porte romaine. G. Ahlsell de Toulza remercie C. Debuiche pour cette présentation, qui montre enfin que Nicolas Bachelier n’était pas le seul architecte à Toulouse au XVIe siècle. En revanche, il s’étonne que le rez-de-chaussée de l’hôtel de Bernuy soit daté de 1527, à une époque où normalement l’italianisme prévaut. Pourquoi Bernuy, qui est riche et qui connaît les évolutions artistiques s’attache-t-il à des modèles traditionnels anciens ? C. Debuiche répond par la notion des "permanences honorifiques". Il s’agit d’imiter les marques de seigneurie, comme l’emploi de gargouilles dans les tours, ou les faux mâchicoulis couronnant les murailles de son hôtel. D. Watin-Grandchamp précise que les modèles ne circulaient pas nécessairement par les imprimés publiés, mais aussi sous la forme de simples feuillets, parfois antérieurs même à l’impression d’un ouvrage définitif. C. Debuiche reconnait également l’existence de tels échanges, bien que les feuillets ne soient à sa connaissance pas mentionnés dans les contrats. L. Peyrusse s’interroge aussi sur l’éventuelle confusion entre la source conceptuelle d’une forme et la source plastique. Selon lui, un simple modèle gravé ne remplace pas pour un sculpteur la confrontation avec l’œuvre dans sa matérialité, comme dans la comparaison entre les colonnes-candélabres de l’hôtel de Bernuy et celles qui existent dans les gravures de Sagredo. C. Debuiche ne pense pas non plus que la colonne de l’édition de Sagredo ait servi de modèle direct pour la colonne de l’hôtel Bernuy ; cependant il lui semble que le traité de cet auteur est bien conçu à destination des ouvriers ; et que ceux ci auraient été en mesure de reproduire ces éléments, par la force de l’expérience. P. Jullien abonde dans ce sens en citant le cas de la clôture extérieure de Saint-Bertrand de Comminges, où se trouvent deux balustres en bois, qui sont des reprises au point près de la gravure de Sagredo dans son édition espagnole. B. Tollon est heureux que le travail de C. Debuiche vienne prendre le relais de ses propres recherches. Cependant il invite lui aussi à la prudence quant aux comparaisons entre les éléments sculptés de l’hôtel de Bernuy et le traité de Sagredo. Il rejoint également D. Watin-Grandchamp sur la question de la circulation des modèles. Combien d’exemplaires de ces traités étaient-ils publiés ? À quel prix et pour quel public ? Il semble que le procédé rhétorique du traité, sous forme de dialogue, s’adresse plutôt à un public d’intellectuels espagnols qu’à des ouvriers. Louis Privat, l’architecte de l’hôtel de Bernuy, était illettré et sa formation était sans doute bien antérieure au traité de Sagredo, nourrie notamment des choses qu’il avait pu voir en pays normand. Enfin B. Tollon estime qu’on devrait nuancer le verbe "imiter" qui semble péjoratif, par celui de "rendre hommage".

Parmi les questions diverses, É. Nadal présente de nouvelles découvertes sur la provenance du bréviaire choral démembré de la cathédrale d’Agen (Baltimore, Walters Art Gallery, W. 130 ; Paris, BnF, NAL 5211 ; Londres, British Library, ms. Add. 42132).

G. Ahlsell de Toulza propose ensuite ensuite un compte rendu de la réunion "Toulouse. Savoirs et imaginaires" à laquelle il a assisté, concernant les perspectives culturelles de la ville avant la fin du mandat de 2020. Outre le fait que la présentation prévue pour 17h, n’a commencé qu’une heure plus tard, il relève le discours parfaitement abscons qui a été proposé, portant des affirmations aussi fortes que "la culture porte sur la juxtaposition et le croisement des domaines". Aucun musée n’a été mentionné en dehors du Muséum, et du musée des Augustins seulement cité pour la question de son accès handicapés. Le livret de 42 pages édité pour l’occasion illustre d’ailleurs à merveille le vide de l’ensemble. G. Ahlsell de Toulza nous signale ensuite que la Société a acquis un tableau anonyme représentant l’intérieur de Saint-Sernin, vers 1815-1820. Mis en vente à Nogent-sur-Marne, le tableau de 47 x 35 cm, a été signalé par F. Avril qui a reconnu l’intérieur de la basilique et a averti M. Vène et P. Jullien. La peinture permet de voir l’ancienne chaire, les stalles de chœur, les bancs d’œuvre et la nef avant les grandes interventions du XIXe siècle. Ce tableau appartenait à la collection d’un restaurateur de tableaux dont on a retrouvé plusieurs toiles dissimulées derrière une cloison dans sa cave. Ayant pris connaissance du coût final de l’œuvre, F. Avril a décidé de faire don à la Société archéologique pour soutenir son acquisition. Son geste est chaleureusement applaudi par l’ensemble de la Société.


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