Société Archéologique  du Midi de la France
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Séance du 8 novembre 2022

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Communication du 8 novembre : Coralie Machabert
La restructuration des musées de la ville de Toulouse 1946-1950

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, si la ville de Toulouse est réputée pour son « magnifique patrimoine muséographique », la situation de ses institutions est jugée préoccupante. L’état du musée des Augustins, établissement principal, est significatif : délabrement des bâtiments, locaux inadaptés, administration flottante, présentation des collections surannée…
Dictée par une impulsion nationale, la rénovation des musées municipaux s’impose, d’autant que le déplacement des œuvres opéré par mesure de protection dès 1939 a rendu nécessaire un réaménagement des fonds avant toute réouverture des salles au public. Cependant, les ambitions de la Direction des Musées de France à l’égard de la province se heurtent, à Toulouse, aux réticences du milieu artistique. Le projet de restructuration globale, d’envergure, se trouve entravé par de multiples controverses, querelles individuelles et affaires juridiques.
Le « plan de réorganisation des musées de Toulouse », instauré en concertation avec les autorités locales, s’oriente vers une redistribution des fonds afin de définir une identité spécifique à chaque établissement. Leur gestion est aussi reconsidérée, les salles d’exposition modernisées et les modes de présentations adaptés selon les nouvelles méthodes muséographiques. À travers ces changements amorcés après la Libération la nouvelle configuration des musées de Toulouse se dessine.


Musée des Augustins, années 1930 © Archives Municipales de Toulouse, 7Fi37

Présents : Mme Czerniak, Présidente, M. Cabau, Directeur, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire-adjointe ; Mmes Fournié, Jaoul, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, MM. Cazes, Lassure, Penent, Peyrusse, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Ledru, Rolland-Fabre, MM. Dubois, Kérambloch, membres correspondants. Excusés : MM. Guy, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-archiviste ; Mmes Balty, Cazes, Lamazou-Duplan, MM. Balty, Garland, Garrigou Grandchamp, Macé, Scellès, Sournia, Stouffs, Testard, Tollon.
Invité : David Madec, conservateur de la chapelle de la Grave, de la basilique de Saint-Sernin, du castelet de la prison Saint-Michel, du Monument de la Résistance et de la chapelle des Carmélites.

La Présidente ouvre la séance en accueillant l’invité du jour : David Madec.
Elle fait ensuite passer aux membres deux ouvrages pour information : le premier est de nos consœurs Michelle Fournié et Sophie Brouquet (dir.), Reliques, reliquaires et culte des saints dans le sud-ouest de la France, colloque tenu en 2016 et publié récemment aux PUM, faisant suite au colloque tenu à Rocamadour. Le second est de notre confrère Jean-Michel Lassure, Potiers et poteries du groupe de Cox (Haute-Garonne). Brignemont – Cox – Lagranlet – Puysségur, 2022 (2 volumes publiés à compte d’auteur). Enfin, Virginie Czerniak fait don à la bibliothèque du catalogue de l’exposition qui se tient actuellement à Paris au Musée de Cluny : Toulouse 1300-1400. Elle fait remarquer que tous les Toulousains qui ont écrit dans ce catalogue sont membres de notre Société, à l’exception de Charlotte Riou.

Suivant l’ordre du jour, nous procédons à l’élection d’un membre correspondant. Il revient à Michelle Fournié de présenter aux membres le parcours scientifique de Damien Carraz.

M. Damien Carraz est actuellement Professeur d’histoire médiévale à l’Université de Toulouse 2 – Jean Jaurès. Né à Annecy en 1970, il marié et père de deux enfants.
La formation universitaire de Damien Carraz s’est déroulée dans le Sud-Est. Il a préparé le DEUG à l’Université d’Avignon, puis il a obtenu la licence d’histoire en avec option archéologie en 1992 ainsi que la Maîtrise d’Histoire médiévale à l’Université de Provence-Aix-Marseille I en 1994 : Une commanderie templière et sa chapelle à Avignon : étude historique et monumentale.
Il a présenté et obtenu le CAPES en 1995 puis l’Agrégation en 1996.
Il a soutenu en 2003 une thèse de doctorat en Histoire médiévale à l’Université Lumière-Lyon 2 : Ordres militaires, croisades et sociétés méridionales. L’ordre du Temple dans la basse vallée du Rhône (1124-1312).
En 2018, il a présenté son HDR à l’Université Jean-Monnet–Saint-Étienne. L’ensemble se composait d’un mémoire de synthèse : De la Méditerranée au Massif central, étudier et enseigner les sociétés médiévales ; d’une sélection de 35 articles et de trois ouvrages en collaboration : Une histoire désenclavée. Ordres militaires, élites et pratiques sociales en Provence, XIIe -XIVe siècle et d’un mémoire de recherche inédit : Un commandeur ordinaire ? Bérenger Monge et le gouvernement des hospitaliers provençaux au XIIIe siècle (2 vols, 461 et 77 p.).
Il s’agit donc d’un parcours professionnel sans faute, mené à bonne allure.
Le domaine de recherche Damien Carraz se déploie en histoire médiévale dans plusieurs directions :
• Ordres militaires et sociétés urbaines méridionales (XIIe -XIVe siècle)
• Paix et guerre dans le Midi méditerranéen (XIe -XIIIe siècle)
• Les écritures pragmatiques chez les Ordres militaires
• Images-objet, spiritualité et pratiques sociales autour des ordres militaires
• Biographie et approche micro-historique des sociétés méridionales du second Moyen Âge
Le deuxième centre d’intérêt de Damien Carraz est l’archéologie : il cumule 14 mois de chantiers en archéologie préventive (contractuel AFAN, Service archéologique du Département de Vaucluse). De 2006 à 2017 il a assuré l’encadrement du stage d’archéologie pour les étudiants des Licences 2 et 3.
Les publications témoignent de la vitalité des recherches : Damien Carraz est l’auteur de quatre ouvrages et de 70 articles ; il a de plus, coordonné la publication des actes de cinq colloques.
Quant à la carrière de Damien Carraz, elle a accompagné la progression de ses travaux de recherche.
De 1996 à 2006, Damien Carraz a occupé le poste de professeur agrégé d’Histoire-Géographie dans le secondaire. Pendant cette période il a été à plusieurs reprises allocataire-moniteur en Histoire médiévale à l’Université d’Avignon et chargé de cours à l’Institute for American Universities d’Avignon.
De 2006 à 2020, il a exercé les fonctions de maître de conférences en Histoire médiévale à l’Université Clermont-Auvergne. En août 2012 il a été invité comme enseignant-chercheur dans trois universités du Brésil. Il a bénéficié en 2017-2018 d’une délégation de recherche au CNRS.
Il est, depuis 2021, professeur d’histoire médiévale à l’Université de Toulouse 2 – Jean-Jaurès où il assure l’encadrement des masters ainsi que trois directions ou codirections de thèse. Il fait également face à de nombreuses responsabilités pédagogiques et administratives (coordinateur du Master MEEF 2020-2021 ; membre élu du CSQ (Collège Scientifique Qualifié) section 21 avril-mai 2021 ; membre du CoS UT2J (poste PR archéologie médiévale).
Ajoutons à cette liste impressionnante d’activités l’implication dans les recherches collectives, en particulier dans la publication des Cahiers de Fanjeaux : membre du Comité depuis de nombreuses années, il en a été le secrétaire avant d’être élu Président du Centre d’Etudes historiques en 2021.
Je ne peux qu’approuver la candidature de très grande qualité de Damien Carraz et recommander aux membres de la SAMF de l’accueillir chaleureusement.

La Présidente précise que le candidat habite Toulouse et qu’il a attendu d’avoir une charge de travail moins importante pour présenter sa candidature à la Société, ce qui laisse présager qu’il assistera de temps en temps à nos séances.
Il est procédé au vote Damien Carraz est élu à l’unanimité.

Notre Présidente donne ensuite la parole à Coralie Machabert pour sa communication longue, La restructuration des musées de la ville de Toulouse (1946-1950).
Virginie Czerniak remercie notre consœur pour cette communication passionnante. Jean Penent déclare avoir connu Robert Mesuret et Paul Mesplé tout en étant dans l’ignorance de l’inimitié qu’ils se portaient, alors qu’ils étaient politiquement du même bord, c’est-à-dire des hommes de « droite classique ». Daniel Cazes dit que, lorsqu’il était arrivé au Musée des Augustins en 1974, Paul Mesplé était parti depuis longtemps. Il a eu quelques contacts avec lui pour des questions précises portant sur des sculptures médiévales, mais il n’a pas eu l’occasion de bien connaître l’homme. En revanche, il a bien connu Robert Mesuret et il pense que dans le portrait qui a été fait de lui dans la communication, il manquait « la flamme » qui l’habitait. C’était en effet un personnage extrêmement enthousiaste et passionné, qui, malgré le parcours semé d’embuches qui a été décrit, a bien tenu la barre. En tant que conservateur de musée, il a bien sûr géré ses collections, mais il s’est fait fort de les connaître de façon détaillée et de maîtriser le contexte culturel. Grand voyageur, il avait fait le tour de l’Europe et en connaissait tous les musées. Avec cette culture, il avait la capacité d’apprécier la valeur relative des collections des musées toulousains. Il faut rappeler qu’il avait été chargé de faire un inventaire général des collections. Daniel Cazes a eu l’occasion de travailler avec ces inventaires et de constater le travail colossal qu’il avait fait. Robert Mesuret avait bien compris ce qu’était l’intention de l’État : calquer les musées de « province » sur la réorganisation des différents départements des Musées nationaux, à commencer par ceux du Louvre. Ainsi, l’idée du Musée des Antiques, appellation aujourd’hui abandonnée, avait été donnée par Robert Mesuret et elle relève de cette politique de l’État des années 1920-1930. S’il a bien tenu la barre, il avait cependant autour de lui un milieu confus, ce qui a été regrettable pour les musées de Toulouse. Daniel Cazes voudrait également faire une petite correction au sujet de deux photographies qui ont été présentées dans l’exposé, concernant l’aménagement muséographique de la sacristie, de la salle capitulaire et de la chapelle Notre-Dame-de-Pitié du Musée des Augustins. En effet, il ne s’agit pas pour la première de la présentation de Rachou, mais de celle d’Ernest Roschach, qui disposait de très peu de moyens, à la fin du XIXe siècle. En effet, il avait posé des tréteaux et des planches recouvertes de tissus pour présenter les sculptures. Sur la seconde photographie du même lieu, il s’agit de la présentation de Rachou. Il avait plus de moyens que Roschach puisqu’il avait fait construire des socles de brique et ciment, avec des tablettes de pierre de taille. Cette présentation avait été encensée à l’époque car pour la première fois il était possible de tourner autour des chapiteaux romans, donc d’en voir toutes les faces : c’était un grand pas dans la muséographie. Cette disposition était encore en place lorsque Daniel Cazes était étudiant à Toulouse dans les années 1970 et c’est lui-même qui l’a démontée lors de la grande rénovation du Musée des Augustins, alors qu’il était responsable des collections médiévales sous la direction de Denis Milhau. En effet, les salles étant très humides, les sculptures étaient atteintes par la maladie de la pierre ; c’est entre 1930 et 1970 que la collection a le plus souffert. Louis Peyrusse se souvient que le cloître et la salle capitulaire étaient ouverts sur le carrefour, les collections étaient donc en contact direct avec la pollution de l’air. Jean Penent rappelle qu’il y eu à la Révolution le Museum central du midi de la République, devenu ensuite « le Musée de Toulouse » installé dans le couvent des Augustins où avaient été stockées les saisies révolutionnaires. À la fin du XIXe siècle, fut créé le Musée Saint-Raymond avec une partie des collections du « musée de Toulouse » et celui-ci devint dès lors le Musée des Augustins. Plus tard, dans les années 50 du siècle suivant, sous l’autorité de la direction des musées de France, la répartition des collections se fit sur des bases scientifiques : le musée des Augustins devint le musée des peintures et des sculptures médiévales et moderne, le musée Saint-Raimond le musée des Antiques, le musée Paul-Dupuy le musée des Arts graphiques et des Arts décoratifs et le musée Georges-Labit le musée des Arts asiatiques et, faute de mieux, des collections égyptiennes. Ainsi, à travers ces « départements », chacun des nouveaux musées possédait une part du musée primitif et pouvait revendiquer la même ancienneté et la même origine. Un « détricotage » de cette organisation fut tenté dans les années 1990 : le musée des Augustins fut baptisé « musée des Beaux-Arts », une dénomination évitée jusque-là, et dès lors revendiqua avec le soutien d’une amnésique direction des musées de France le cabinet des dessins créé par Robert Mesuret et inauguré en 1951 en présence de Jean Vergnet-Ruiz inspecteur général des musées de province. Martine Jaoul fait remarquer que le Musée Paul-Dupuy, désormais appelé « Musée des Arts Précieux » conserve des objets d’Art Populaire qui n’ont rien de « précieux ». Daniel Cazes rappelle que Robert Mesuret s’était battu pour créer à Toulouse un Musée des Arts et Traditions Populaires, indépendamment du Musée Paul-Dupuy. Finalement les collections rassemblées par celui-ci, pour constituer ce Musée, sont restées pendant 40 ans au Crédit Municipal. Il y a eu également des dépôts importants faits par les ATP, reprend Jean Penent. Martine Jaoul les avait répertoriés et elle pense que les archives des ATP, notamment des échanges de courriers, qui ont normalement dû être transférées à Marseille, peuvent être intéressantes à consulter. Jean Penent confirme qu’une partie des collections est désormais à Marseille.
Louis Peyrusse voudrait revenir sur le fond même. Le concepteur du partage des collections municipales, qui a une sorte d’aura dans le monde des musées, est Georges-Henri Rivière. Le partage qu’il avait effectué est apparemment logique ; il se faisait cependant entre quatre trop petits musées, le Musée des arts asiatiques étant à part. Il a laissé des problèmes réels qui ont amené à des guerres permanentes. En effet, à quelle date doit-on couper la collection archéologique d’Antiquité et du Moyen Âge ? Un Musée des Beaux-Arts a t-il droit à une collection de dessins avec les collections de peintures ? Ce qui est également frappant, ajoute-t-il, c’est le rapt que Robert Mesuret a fait sur des collections extérieures. En effet, que deviendrait le Cabinet des Estampes si on enlevait ce qui provient de la Bibliothèque municipale et le fonds de notre Société qui est déposé au Musée ? En revanche, poursuit Louis Peyrusse, les très bonnes idées n’ont pas été réalisées ; le Musée d’Ethnologie, Arts et Traditions Populaires n’a jamais été créé. Seul le Museum a tiré son épingle du jeu puisque personne n’y a touché, peut-être parce qu’il dépendait du Ministère de l’Éducation Nationale. Il aurait pourtant pu faire l’objet d’une réorganisation puisqu’il intègre les objets de la Préhistoire.
Jérôme Kérambloch fait enfin remarquer que si le Musée d’Ethnologie n’a jamais été réalisé c’est peut-être parce que l’on pensait que celui des Toulousains de Toulouse en faisait office. Il a par ailleurs été surpris de voir ce Musée dans la liste présentée puisqu’il n’y a jamais eu d’échange d’œuvres avec les Augustins. Jean Penent fait remarquer que dans le projet effectué après la guerre, le Musée du Vieux Toulouse était inclus, alors qu’il était privé. Cependant reprend Jérôme Kerambloch, l’installation de ce musée à l’hôtel Dumay en 1948, donc à cette époque, pourrait laisser croire qu’il faisait partie de la restructuration, alors qu’il ne s’agit que d’une coïncidence liée à l’histoire propre des Toulousains de Toulouse.

Virginie Czerniak donne la parole à Patrice Cabau pour une question d’actualité. Celui-ci projette de nouveau l’image du massif occidental de la basilique Saint-Sernin sous les échafaudages, puis une photographie du panneau explicatif situé sur le côté sud. Il s’agit donc de la « restauration des façades et toitures extérieures du massif occidental ». On apprend qu’il y a 4 lots : de la maçonnerie, de la charpente, couverture et menuiserie, la restauration des sculptures est assurée par le Service de restauration des Musées, et enfin un lot vitrail et ferronnerie qui concerne donc la rose. Louis Peyrusse s’était fait écho du projet d’une création de vitrail contemporain annoncé par la sixième adjointe au Maire de Toulouse en charge du Patrimoine. Ce projet est né en 1989, rappelle Daniel Cazes, quand fut montée l’exposition Saint-Sernin, trésors et métamorphoses, et il a été vigoureusement soutenu par l’organiste titulaire qui s’est toujours plaint des condensations de chaleurs, néfastes pour l’orgue, causées par le plexiglass qui garnit aujourd’hui la rose. L’instrument a donc été restauré de nombreuses fois sans que l’on revienne à l’origine du problème.
Notre Présidente propose de solliciter notre invité qui, en tant que conservateur de la basilique, est bien placé pour nous renseigner.
David Madec répond que les travaux évoqués sont menés par la Direction générale de l’Aménagement et la Direction du Patrimoine. Il a été associé à cette direction depuis la fin du mois de juin. Le lot vitrail dont il a été question concerne le traitement de l’ensemble des parties ferronnerie et verre du massif occidental, mais il y a également, en effet, un projet de vitrail pour la rose et la petite fenêtre située au-dessus. Un jury est en cours de constitution pour la création des vitraux de ces deux ouvertures ; celui-ci est de type « commande publique », comme l’État peut en former pour les cathédrales. Louis Peyrusse espère que le jury sera à la hauteur de l’intervention. David Madec assure que l’on veille à ce qu’il soit à la hauteur du bâtiment ; on pense également à la durée de vie de l’œuvre en projet. Daniel Cazes rappelle qu’en 1989 on avait débattu autour de ce problème soulevé par l’organiste et le clergé avait été associé aux discussions. Depuis longtemps celui-ci était demandeur d’un vitrail, avec la proposition de consacrer cette œuvre à Saturnin car toutes les sculptures de la façade occidentale racontant l’histoire de ce saint avaient disparu. Il s’appuyait sur l’exemple des vitraux modernes créés dans les années 1950 dans la nef de la cathédrale Saint-Étienne avec pour chacun d’eux l’évocation de personnages en lien avec l’histoire de l’édifice. Voilà donc comment le projet est né, et il était à l’époque totalement consensuel. Louis Peyrusse revient sur la nécessité d’un jury spécialisé de qualité en rappelant comment le comité mis en place par la Mairie pour surveiller les travaux engagés sur l’édifice avait omis de faire appel à des spécialistes de la peinture romane pour la restauration des enduits peints du transept nord. Daniel Cazes déclare que Saint-Sernin mérite une grande œuvre à cet endroit-là et il craint, comme il l’a vécu lors de la restauration de Saint-Pierre-des-Cuisines – où il était également question d’orner les fenêtres de vitraux contemporains –, que la Mairie n’opte pour le projet le moins coûteux. Notre Présidente propose d’attendre que le projet soit arrêté et demande à David Madec si un calendrier a été fixé. Notre invité répond que l’appel à candidature devrait être publié en février ; le reste n’est pas encore arrêté. Il nous assure qu’un gage de sécurité et de qualité est fixé avec la question technique de protection de l’orgue dont il a été question. Autrement dit, toute proposition devra tenir compte des conditions thermiques nécessaires à la conservation de l’instrument. Il faudra donc faire appel à un maître verrier reconnu qui ne travaille pas avec des artistes de moindre renom. Quant à la composition du jury, il y aura des élus, le maire assurera lui-même la présidence et il y aura enfin des personnalités qualifiées dont la liste est encore en discussion, notamment avec la DRAC, il est aussi question d’avoir des représentants d’institutions internationales de façon à avoir un regard d’envergure sur la qualité de ce qui sera proposé.

La dernière question d’actualité proposée par notre Présidente concerne un dessin ancien à la mine de plomb représentant l’intérieur d’une église. Une reproduction de ce dessin a été envoyée par Béatrice de Chancel Bardelot conservateur en chef du Musée national du Moyen Âge, Musée de Cluny, à Paris. Il a été trouvé sur le site Gallica et la légende indique qu’il s’agit d’un édifice toulousain. Celle-ci est cependant erronée puisqu’on ne peut y reconnaître aucune église de la ville. Virginie Czerniak propose d’envoyer le dessin à tous les membres pour solliciter leur connaissance des édifices de la région. Elle demande à Jacques Dubois de donner son avis sur cette représentation. Celui-ci montre la mention « Haute-Garonne » inscrite à la partie supérieure et nous indique que l’on peut également lire « Toulouse » près du bord supérieur gauche et « tombeaux » en partie inférieure. Le sol est en effet constitué de plates-tombes. Jacques Dubois confirme que cet intérieur ne correspond à aucune église toulousaine. Il s’agit d’un édifice à nef unique avec un transept d’une travée par croisillon, qui montre des caractéristiques architecturales que l’on pourrait dater de la fin du XIIe ou du XIIIe siècle. Quitterie Cazes suggérait d’y voir un édifice cistercien de la région. Louis Peyrusse demande s’il ne pourrait s’agir d’une scène d’exposition dans le style néo-médiéval de Charles-Caïus Renoux (qui n’a produit que des inventions d’architectures de fantaisie). Il pensait à la copie par les frères Virebent du jubé d’Albi réalisé en terre cuite qui est disposé dans le chœur de la cathédrale de Condom ; le fait qu’il y ait un tombeau un peu inattendu au premier plan peut donner l’impression qu’il s’agit d’une exposition disposée à l’intérieur d’une nef désaffectée. Daniel Cazes pense également que les deux fenêtres en façade peuvent évoquer un édifice cistercien. La clôture placée de manière illogique, selon Louis Peyrusse, évoque une exposition. Michelle Fournié demande si ce dessin ne pourrait pas être entièrement imaginé. Jacques Dubois avoue y avoir pensé car, de façon surprenante, le jubé montre des éléments que l’on trouve en terre d’Empire, comme ce type de remplage avec des éléments segmentés. La Présidente remercie l’assemblée pour toutes ces suggestions.

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